Sur papier au moment de l’annonce, le duo Banks & Steelz, formé de Paul Banks (Interpol) et RZA (Wu-Tang Clan) avait de quoi nous laisser totalement perplexes. Toute confusion a tout de même rapidement fait place à une certaine excitation à l’écoute du premier extrait « Giant », qui sonne exactement comme… bien comme la somme des deux artistes. C’est tout de même entrainant, aussi alternatif que hip-hop, avec une petite sauce électro pour la forme. Surtout, on est surpris par un abus de claviers auquel on ne s’attendait pas, tandis que la voix de RZA qui n’a pas été aussi en contrôle depuis des années.

Prenant la collaboration très au sérieux, les deux musiciens ont passé trois ans à composer et peaufiner en studio dès que leurs horaires respectifs le permettaient. S’ils ont tout misé sur la production et la qualité pour prouver le sérieux de sa démarche, on sent tout de même que le tout aurait pu bénéficier d’un peu moins de polissage pour faire place à une spontanéité trop souvent absente.

 

Bref, après la très forte intro que constitue « Giants », l’album Anything But Words se transforme peu à peu en formule, mais comme la parution de celui-ci a tout de même fait place à une courte tournée et que je me trouvais à Toronto au même moment, l’occasion était trop belle pour la laisser passer. Et la formule elle prend tout son sens sur scène, là où l’énergie est décuplée, mais surtout soutenue et plus impulsive. Quelle surprise par contre de trouver un Mod Club même pas complet, mais avec une foule très clairement divisée entre les fans de Interpol et ceux de Wu-Tang. Reste que que le tout cohabitait parfaitement, à l’image du son du groupe.

 

Ça a débuté avec le groove absolument parfait de « Point of View », (dont la version studio fait aussi place à Method Man et Masta Killa). C’était encore plus lancinant et atmosphérique sur scène, et ça donnait le ton pour la suite. Parce que oui, après les trois longues années en studio, on sent une hargne à partager le résultat et prouver qu’il s’agit là de bien plus qu’un « vanity project ». L’intro de « Wild Season » nous permet d’apprendre qu’il s’agit en fait du nom que Paul Banks donne à cette période où « on a besoin de se perdre et expérimenter avec en faisant fi des erreurs et conséquences possibles ».

 

RZA quitte son clavier pour tout donner, avant de revenir asperger la foule de champagne (le restant fera le tour de la foule avec des  verres fournis par l’artiste, rien de moins). Quelques pièces plus tard, ce sera au tour d’une excellente bouteille de vodka de se rendre à nous. Après cette fameuse formule qui finit par nous hypnotiser un peu, ça se termine en très grande force avec cette même « Giant », guitare, batterie et basse particulièrement brutale à l’appui. Une profondeur inattendue pour une si courte tournée qui fait des salles particulièrement intimistes.

Banks & Steelz au Mod Club de Toronto. Crédit photo: Karl-Philip M. G.

Banks & Steelz au Mod Club de Toronto. Crédit photo: Karl-Philip M. G.

Ce fut donc une heure bien balancée, remplie de solos, d’interventions fort divertissantes, de drum, de clavier, de flow, d’un peu d’auto-congratulation et presque de party. Surtout, le show a permis de réaliser que des pièces dont les premières notes laissent de glace (“Wild Season” vient particulièrement en tête, justement), avaient beaucoup à offrir une en deuxième moitié (captivité oblige).

Mon ami Ben qui m’accompagnait a parfaitement résumé la chose : « They do Massive Attack better than Massive Attack does Massive Attack at this point ». Tout pour soudainement nous donner envie que ça continue, ce que je fais depuis après avoir ramassé le vinyle. Je vous suggère d’en faire autant, parce que dans le fond, pourquoi bouder son plaisir? (Je n’aurais jamais cru utiliser un jour une telle expression positive en chute de texte, je ramollis vraiment en vieillissant…).

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BANKS & STEELZ
Anything But Words
(Warner Bros, 2016)

-Genre: hip hop / alternatif
-Dans le même genre que Massive Attack, Interpol (kind of), Run The Jewels.

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Karl-Philip Marchand Giguère

Obsessif compulsif qui classe ses albums d’abord en ordre alphabétique d’artistes, puis de parutions (avec les simples sous les albums, question de confondre encore davantage les gens qui le visitent), Karl-Philip oeuvre dans l’industrie depuis plus d’une décennie. Il a touché à tout: maisons de disques, gestion de salles de spectacle et rédaction professionnelle pour de nombreux artistes. Il assiste à de nombreux shows lorsqu'il n'est pas désespérément en train d'essayer de faire de la place dans sa bibliothèque musicale.