Maintenant entré dans la légende, le groupe de punk-rock français Bérurier noir s’est formé à la fin des années 70, héritier de la culture underground alternative des squats parisiens. Plusieurs membres ont gravité autour du groupe, avant que le duo composé de Loran à la guitare et Fanfan au chant ne s’établisse comme le cœur de la formation. Leur musique était plutôt simple, avec une guitare pleine de distorsion et une boîte à rythmes. Ce minimalisme est frappant sur leur premier album, le sombre, nihiliste et étouffant « Macadam massacre », paru en 1984. L’année suivante, le groupe étoffe un peu ses sonorités, ajoutant Masto au saxophone et un chœur sur plusieurs des chansons de son magnum opus, le follement éclaté « Concerto pour détraqués ».

 

On doit dire que cet album porte plutôt bien son nom. Les 11 chansons de l’album original sont drôlement déjantées, portant une révolte et une colère qui se veulent bien légitimes. Les Bérus sont les dignes petits frères de la première vague punk : ils n’hésitent pas à tirer sur les puissants de ce monde. L’extrême-droite est dans leur mire sur Porcherie, un de leurs classiques. La finale avec l’hymne « la jeunesse emmerde le Front national » galvanise les foules à tous leurs spectacles, dénonçant au passage le régime de Pinochet, l’apartheid sud-africain et la corruption généralisée. Les Bérus affichent aussi une autre de leurs filiations, cette fois avec les « droogies » du monde ultra-violent d’Orange mécanique (le film de 1971 de Stanley Kubrick, adapté du roman d’Anthony Burgess).

00:00 – Nada ’84 / 03:45 – Petit Agité / 06:22 – Vivre Libre ou Mourir / 10:17 – Conte Cruel de la Jeunesse / 15:00 – Le Renard / 17:51 – Les Rebelles / 20:02 – Porcherie (Live) / 23:43 – Commando Pernod / 26:58 – Les Éléphants / 28:50 – Fils de / 31:47 – Hélène et le Sang / 34:58 – Il tua son petit frère / 38:05 – La Mère Noël / 41:19 – J’aime pas la soupe / 43:36 – Vive le Feu / 47:56 – Salut à Toi

 

La rébellion contre toute forme de pouvoir et d’oppression est un thème marquant des Bérus. Petit agité est traversée par une haine de la brutalité policière et une dénonciation de la situation désespérée des jeunes des banlieues, dont les émeutes font malheureusement les unes des journaux.  Vivre libre ou mourir est un autre des hymnes très populaires du groupe, qui aborde une fois de plus la délinquance et la folie (avec une autre références aux droogies), dans un monde dans lequel les jeunes sont incompris par leurs aînés : « Et quel futur? / Pour les petits durs / Et quel futur? / Entre quatre murs / Et quelle société? / Pour les enragés ».

 

Conte cruel de la jeunesse dresse un portrait bien sombre de la société française de l’époque, alors que des jeunes ont maille à partir avec un prolétaire, puis ce dernier sort son arme et abat un de ces délinquants qui répand l’insécurité et la peur dans les cités! La haine et la rage de toute une frange de la société sont illustrées de manière brutale et frontale sur la déchaînée Le Renard. Avec le sifflet qui se fait furieusement aller et le dynamisme de la pièce, on entre dans une joyeuse frénésie à l’écoute de ce brûlot. Le rythme est tribal sur l’envoûtante Les Rebelles, interpellant cette fois les insoumis de tout acabit : « La jungle nous appelle / Pour une vie nouvelle / Nous rejetons le système / Et les prisons nous attendent / Nous sommes les rebelles / Nous ne nous laisserons pas prendre ».

 

La haine qu’éprouvent les marginaux est abordée sous un autre angle sur Hélène et le sang. La protagoniste a été violée par quatre salopards, et le narrateur lui promet de l’aider si elle veut se venger, Hélène n’ayant plus rien à perdre… La folie et l’internement psychiatrique sont évoqués clairement sur l’inquiétante Les éléphants. Le narrateur laisse peu de choix au pauvre interné : « Il faudra qu’t’on angoisse / Disparaisse ou se passe / Voilà l’intraveineuse / Ta solution aqueuse / Si c’est ça la médecine / Je préfère la guillotine ». La terrifiante Fils de parle du futur dans le monde détraqué qui est le nôtre : sommes-nous porteurs de la folie de nos aînés, et sommes-nous condamnés à répéter leurs erreurs ad vitam aeternam? L’anarchisme des Bérus s’exprime clairement dans ces vers : « Je suis l’enfant violent / Dans c’putain d’Occident / Je suis l’enfant rebelle / Apatride sans emblème / Je suis l’enfant de l’État / Et je me bats contre ça ». La réédition CD de 2002 comprend aussi deux autres hymnes du groupe, avec les excellentes Vive le feu et Salut à toi.

Les Bérus ont roulé leur bosse tout au long des années 80. Ils attiraient des milliers de spectateurs lors de leurs concerts et ont eu un grand retentissement dans toute la francophonie. Ils ont tiré leur révérence en novembre 1989 avec une série de trois concerts au mythique Olympia de Paris, alors même que s’écroulait le Mur de Berlin. Bérurier noir a fait un retour plus ou moins réussi au début des années 2000. Mais beaucoup au Québec se souviennent de leur concert mémorable au Festival d’été de Québec, le 11 juillet 2004. Plus de 40 000 personnes ont assisté au retour des clowns anarchistes, avec pluie, bouette, et tout ce qui vient avec!

 

L’intérêt et l’originalité de Bérurier noir se trouvent plus dans leurs textes et leur énergie débridée, que dans leur musique, plutôt simple au premier abord et qui a plus ou moins bien vieilli. Les textes de Fanfan (François Guillemot de son vrai nom) sont très bien ficelés, exprimant une colère réelle et captant un ras-le-bol vécu par une partie considérable de la jeunesse. Après les Bérus, Guillemot a formé Molodoï, un autre groupe punk-rock engagé. Il est aujourd’hui docteur en sciences historiques et philologiques, et spécialiste de l’histoire politique et sociale du Viêtnam contemporain. Il travaille comme ingénieur de recherche au Centre national de la recherche scientifique. Pas mal pour un enragé!

 

BÉRURIER NOIR

Concerto pour détraqués

(Bondage, 1985)

 

-Genre : punk-rock engagé

-Dans le même genre que Ludwig von 88 et Molodoï

 

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Lien vers la page Facebook de l’artiste

 

BÉRURIER NOIR : La colère et la rébellion
ORIGINALITÉ 85%
AUTHENTICITÉ 95%
ACCESSIBILITÉ 80%
DIRECTION ARTISTIQUE 85%
QUALITÉ MUSICALE 75%
TEXTES 90%
85%Overall Score
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Benoit Bergeron
Blogueur - RREVERB
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d'heures d'écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.