La voix éraillée et fatiguée, Brian Wilson n’est plus le jeune premier des belles années des Beach Boys. Maintenant âgé de 74 ans, il présentait cette semaine sur scène les hits du groupe ainsi que le fameux album « Pet Sounds », que plusieurs considèrent comme l’un des grands albums de l’histoire du rock.

Cette œuvre importante et avant-gardiste (et trop complexe au goût de certains membres du groupe) n’obtint pas le succès populaire espéré, comparativement aux albums précédents, et cela marqua le déclin du groupe qui ne sut pas s’adapter aux changements de la deuxième moitié des années 60, contrairement aux Beatles, Stones et Who. Combiné aux problèmes de santé mentale de Wilson, les Beach Boys ne furent plus jamais le groupe dominant qu’ils furent dans les années surf du rock, avant « Pet Sounds ».

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Session d’enregistrement de Pet Sounds en 1966

Aujourd’hui, « Pet Sounds » sonne un peu daté, contrairement au « Sgt Pepper » des Beatles auquel il est souvent comparé et paru un an plus tard. Sur scène 50 ans plus tard, la magie n’y est plus. D’abord Brian Wilson n’est tristement plus l’ombre du chanteur qu’il a jadis été. On doit souligner le courage qu’il a dû trouver pour remonter sur scène alors qu’il a été jadis terrorisé par les tournées et les concerts. C’est une belle victoire de l’homme. Mais l’étoile a pâli.

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Brian Wilson au piano, Al Jardine à la guitare

Wilson était entouré par le fidèle Al Jardine – le seul autre Beach Boy sur scène – trois guitaristes, trois claviéristes, un batteur, un percussionniste, un joueur de cuivres multiples et un bassiste donc au total 11 musiciens qui chantent tous, et jouaient tous en même temps ce qui créait un mur de son assez opaque la plupart du temps, fidèle au son qu’il a développé dans les années 60. Il était presque impossible de distinguer lequel des pianistes jouait quoi, ni quelle partie de guitare jouait Jardine, par exemple. Aujourd’hui, la tendance s’est inversée.

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(Photo Denis Alix, FIJM)

Au niveau des voix, on finit par remarquer que c’était l’un des grands gaillards à l’arrière qui semblait chanter la voix de tête – donc la ligne mélodique remarquable dans la plupart des hits des Beach Boys, comme California Girls ou I Get Around.

C’est lorsqu’Al Jardine l’a interpellé pour qu’il vienne prendre le micro principal en avant pour interpréter le vieux hit Dont worry baby de 1964, qu’on a pu réellement apprécier son talent et sa magnifique voix. Il a reçu une ovation debout. Il s’appelle Matt Jardine, a 50 ans, et est le fils d’Al. La pomme n’est pas tombée loin du pommier.

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Brian Wilson

La performance de ce groupe autour de Brian Wilson était quand même beaucoup plus intéressante que le concert des Beach Boys originaux, lorsqu’ils avaient célébré leur 50e anniversaire, en 2012, en s’arrêtant au Centre Bell. Les ballons et néons donnaient l’impression que le légendaire groupe jouait dans un restaurant Nickels… Pathétique.

Blondie Chaplin est venu mettre un peu de chaos là-dedans durant quelques chansons, avec une énergie plus rock’n’roll que tout ce qu’on avait entendu là. Le chanteur et guitariste sud-africain a lancé quelques solos plus dissonants, mais s’en est vite en allé. Il avait fait partie des Beach Boys au début des années 70, puis de l’équipe entourant les Rolling Stones sur scène et sur disque à la fin des années 90.

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Blondie Chaplin

C’est quand même particulier de constater que l’une des vedettes du rock les plus anciennes soit de nouveau sur scène, à l’heure où la plupart de ses collègues du même âge pensent à la retraite, si elle n’est pas déjà prise (s’ils sont encore vivants). Avec Paul McCartney, Brian Wilson semble être celui qui ne veut plus s’arrêter. (Bon, Paul n’a jamais vraiment pris de pause depuis 1958, lui).

J’ai choisi de quitter après 45 minutes de concert pour aller attraper le concert de jazz latin baptisé “Volcan Trio” avec Gonzalo Rubalcaba, Horacio “el Negro” Hernandez et Armando Gola, dans la salle voisine.

BRIAN WILSON WITH AL JARDIN AND BLONDIE CHAPLIN jouaient à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place-des-Arts, jeudi le 7 juillet 2016 dans le cadre du Festival international de Jazz de Montréal.

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Photos: Denis Alix, FIJM

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Nicolas Pelletier
Fondateur et rédacteur en chef
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Mélomane invétéré et rédacteur agréé, Nicolas pratique la critique en mode olympique: il parle de tout, tout le temps, depuis 1991. Il a publié 4 500 critiques de disques et concerts dont 1100 chez emoragei magazine et 600 sur enMusique.ca, dont il a également été le rédacteur en chef de 2009 à 2014. Nicolas a publié "Les perles rares et les grands crus de la musique" en janvier 2013, un ouvrage de 1250 pages en deux tomes.