Généreux ensorceleur, de Pop Rock et de mots, Daniel Bélanger nous conviait samedi soir, à la Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts, à toute une performance, aérienne et intime, mais fracassante! Quelle splendide façon de clore une suite de concerts en salle, aux Francofolies, qu’en présence d’un si respectable et savant monument de la chanson québécoise. Grand sage oui, mais loin, à des années-lumière encore, d’être désuet! C’est donc en format « riffs costauds », le Monsieur en grande forme, que nous retrouvions l’introspectif « bohème » et sa troupe, pour notre plus exquis divertissement.

 

« Les semaines sont dures… » Daniel Belanger s’est ainsi proposé de nous extirper, ce avec brio, pour près de deux heures, des affres et des assauts du quotidien. Accueilli, en effet, par la séquence vidéo d’un visage d’homme, en gros plan, ayant peine à conserver le sourire, déstabilisé constamment par l’ubiquité d’une voix froide féminine, l’invitant, de manière répétée et sans fin, à toujours rester souriant, heureux. Difficile de ne pas se sentir apostrophé par cette allégorie juste et cinglante de notre monde bruyant, forcé, surexposé. Terrain où l’apparence règne, où tous se mettent souvent en scène, en mode lustré! Le filtre éclatant sur la photo, mais où les êtres souffrent parfois en silence, seuls avec le spleen!

 

Photo: Victor Diaz Lamich

 

On peut difficilement quérir plus sensée manière de s’échapper, de flâner, de rêver un peu mieux qu’avec les introspectives et jubilatoires pièces de Daniel Bélanger. 25 ans déjà (et 8 albums studio) se sont écoulés depuis la parution de “Les insomniaques s’amusent” (le premier disque). 25 ans c’est autant de longues années d’affection et de respect sans cesse grandissant pour l’artiste, de la part du public. Ainsi, les 2500 quelques admirateurs présents, en transe totale, ne se sont pas beaucoup laissés prier pour attaquer, avec lui, les airs des succès, tels que Rêver mieux, Le parapluie, etc., tout au long de la douce soirée.

 

Tel un boomerang, la trajectoire artistique convoitait le plus récent matériel puis, changeait de cap, complètement, loin vers les premiers disques et, vice-versa. Ainsi, l’emphase était spécialement mise sur le récent “Paloma” avec rembobinage vers “Rêver Mieux” et aussi les deux incontournables premiers opus, ceux de la consécration, dont “Quatre saisons dans le désordre“. Plusieurs albums, des dernières années, quasi complètement manquants de la « setlist », mais, avec un tout aussi énergique et efficace, comment s’en plaindre.

 

Sans jamais rater de nous faire planer de l’art et des résonnances folk de sa guitare acoustique, le concert avait définitivement un leitmotiv TRÈS rock. À ce titre, notons-la très achevée, « grunge-issime » et remarquée performance du guitariste Guillaume Doiron. Également présents pour l’événement, les non moins bienfaisants: Alain Quirion (claviers, percussions, etc.), Jean-François Lemieux (basse) ainsi qu’Alex McMahon (batterie).

 

Photo: Victor Diaz Lamich

 

Belanger offre une musique importante et profonde, jamais monolithique ou trop cérébrale; des commentaires aussi, livrés d’un amusement réservé, oh combien charismatique! S’il résonne tant et qu’il nous fait vibrer de manière aussi fine, c’est qu’il pose, à l’aide de ses admirables compositions, l’homme contemporain et son espace. L’homme, seul, avec ses doutes, face à sa finalité, mais avec ses penchants aussi, toujours à la recherche de l’autre. Le vide intérieur soufrant besoin d’être comblé, mais à la fois avide aussi d’un désir de libération de trop-pleins. L’habile poésie de l’artiste demeure, selon moi, l’une des plus accomplies, au Québec, des 30 dernières années.

 

À percevoir l’émoi dans la salle, à recenser aussi l’éclectique public, cette poésie traverse naturellement les décennies et les générations, faisant résonner des boomers aux milléniaux. La Tournée Paloma est bien loin d’être terminée et l’auguste mage et troubadour offrira nombreuses autres dates, au Québec, au cours des prochains mois. Difficile de trouver offre plus sure avec plus puissant art de la scène, prenant habile envol. Pour ma part, je demeure médusé, conquis, loin de me sentir encore robotisé après si vibrant hommage à l’existence et à la musique!

 

Photo: Victor Diaz Lamich

 

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Martin Curadeau
Blogueur - RREVERB

L'écoute d'un disque est un instant privilégié de rencontre avec l'essence même d'un créateur. Maelstrom de sons, myriades d'émotions et petits morceaux d'âmes à l'état brut. Bien que la musique dite émergente (tel le rock indé.) est au centre de ses intérêts, sa curiosité n'a pas de bornes et il ne résiste, pour ainsi dire, à aucun style. Être transporté, chaviré, surpris et envouté par des albums est un rendez-vous quotidien.