Sur la pochette de l’album, une jeune femme vêtue de noir, qui semble porter un voile. Elle sourit, mais sa peau blanche trahit l’émotion. Le premier long-jeu de Julie Blanche est un album qui exprime le deuil. De sa jolie voix lumineuse, l’auteure navigue à travers des émotions plutôt sombres.

On ne dansera pas avec ce disque. Il est très introspectif. Très réfléchi, très brut. Elle lance des phrases lourdes de sens comme « Je laisserai les autres parler de toi, ils ont tellement à dire, il est beaucoup plus grand que moi, le goût du souvenir » (Le manège) qui tendent à démontrer que Julie Blanche (ou leur auteur) a traversé une période difficile. Ses chansons, signées par son complice Antoine Corriveau, semblent tourner autour de la perte d’un être important, autour du thème de la vie et de la mort.

 

Plusieurs réflexions énigmatiques laissent place à l’imagination et à l’interprétation. Sur Le fleuve au complet, probablement la plus accrocheuse du lot, Julie Blanche exprime plusieurs contradictions. Parle-t-elle d’elle-même? Elle pourrait également s’être mise en scène. À vous d’y voir votre propre scénario.

Enregistré à l’automne 2014 au Studio Breakglass, Julie Blanche s’est entourée d’artistes et artisans émérites sur ce premier opus : Mathieu Charbonneau à la réalisation et aux claviers (Timber Timbre, Avec pas d’casque), Mark Lawson au mixage (Arcade Fire), Pietro Amato au cor français (Bell Orchestre, Torngat), Cédric Dind-Lavoie à la contrebasse et à la basse (Jorane, Alejandra Ribera), Stefan Schneider à la batterie (Thus Owls) et Antoine Corriveau aux guitares et à la voix. Julie compte également sur la présence de Stéphane Lafleur (Avec pas d’casque) qui l’accompagne La vie facile. Précédemment, elle s’était mérité la seconde place des Francouvertes 2014 et fait paraître un EP en 2013, dont nous vous parlions ici.

 

Musicalement Julie Blanche suit peut-être d’un peu trop près le sillon creusé par Salomé Leclerc. Plusieurs phrases (sur Presque), plusieurs tons de voix (Le désert) « sonnent Salomé ». Jusque dans les arrangements: guitare électrique, batterie déjantée, claviers ambiants, et surtout cette mise en avant-plan du spleen dans la voix. Par moments, on sent aussi l’influence d’une Marie-Pierre Arthur. C’est un très beau chemin que de suivre ces deux talents qui misent sur l’intimité, la poésie et le spleen, mais Julie Blanche devra trouver ce qui la distingue de ses prédécesseurs, tout en demeurant elle-même. Lorsque La Maison d’hier débute, lorsqu’on entend Julie chanter, on jurerait Salomé, c’est troublant comme elle est proche.

Si on fait abstraction de cet aspect, les 10 chansons de Julie Blanche sont vraiment intéressantes, bien écrites, bien arrangées et bien livrées. On n’aura jamais assez de ce genre de chansons intimes, poignantes et renversantes.

JULIE BLANCHE
Julie Blanche
(Coyote Records, 2015)

-Genre : franco spleen
-Dans le même genre que Salomé Leclerc, Feist, Marie-Pierre Arthur

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Nicolas Pelletier
Fondateur et rédacteur en chef
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Mélomane invétéré et rédacteur agréé, Nicolas pratique la critique en mode olympique: il parle de tout, tout le temps, depuis 1991. Il a publié 4 500 critiques de disques et concerts dont 1100 chez emoragei magazine et 600 sur enMusique.ca, dont il a également été le rédacteur en chef de 2009 à 2014. Nicolas a publié "Les perles rares et les grands crus de la musique" en janvier 2013, un ouvrage de 1250 pages en deux tomes.