Laura Marling a dû improviser, et improviser rapidement. Lors de son spectacle de lundi soir au Café Campus, elle nous a dit que son guitariste avait été retenu aux douanes, ce qui a forcément amené des changements dans les arrangements des chansons. Le plus récent opus de l’Anglaise de 25 ans, l’excellent « Short Movie », est l’album le plus rock de sa discographie déjà imposante. On s’attendait donc à quelque chose de très mordant, peut-être même plus que sur l’album. Entourée d’un contrebassiste et d’un discret batteur, Marling a plutôt fait dans le folk. Mais on ne s’en plaindra pas, loin de là.

Laura Marling était vêtue plutôt simplement, mais son charisme naturel n’a besoin de rien pour opérer. Dès son entrée en scène, on est envoûté par la jolie blonde aux cheveux courts. Marling bouge peu, elle se tient droite avec les jambes légèrement croisées, mais sa présence scénique est telle que le silence de la foule est absolu. Sa voix est superbe, avec un registre très large. Son jeu de guitare, plus souvent qu’autrement en fingerpicking, est sensationnel : elle ne se contente pas de jouer les six ou sept mêmes accords, comme beaucoup de musiciens. Elle va ainsi chercher une très large palette de sons et de couleurs musicales.

Les deux musiciens ont très bien accompagné Marling dans les moments plus rock, mais aussi lorsque le jeu était plus restreint. Les excellentes I Feel Your Love, Rambling Man, I Was An Eagle et Master Hunter ont été jouées avec beaucoup de passion et d’énergie. La batterie était toutefois très mal sonorisée : on aurait dit parfois une batterie synthétique tellement le son était mauvais. Alors finalement, c’était peut-être une bonne chose que le spectacle soit davantage acoustique…

Un long segment du spectacle a d’ailleurs été acoustique, avec Laura seule à la guitare sur la scène. Ce ne sont pas tous les musiciens qui peuvent livrer la marchandise dans de telles conditions, mais Marling dégage une assurance et un contrôle impressionnants. Elle s’est toutefois trompé à quelques reprises, même si ce n’est rien de majeur. Elle a fait une superbe performance de la très belle Goodbye England. Elle a un peu surpris la foule en jouant la jolie chanson-titre de son premier album, « Alas I Cannot Swim ». Une autre surprise est survenue lorsqu’elle a fait une belle reprise de Do I Ever Cross Your Mind, de Dolly Parton.

Laura Marling a donc offert un spectacle très varié qui a montré toute l’étendue de son talent. On a pu constater toute la richesse de son répertoire lors de ce spectacle de 90 minutes. Elle a été généreuse et a pigé dans chacun de ses cinq très bons albums. Son statut d’artiste majeure et incontournable a été confirmé avec cette superbe prestation. Elle aurait pu être désemparée de devoir déployer son plan B, en l’absence de son guitariste. Mais ce ne fut pas le cas, et quelqu’un qui ne l’aurait pas su aurait tout autant apprécié ce moment.

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Benoit Bergeron
Blogueur - RREVERB
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d'heures d'écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.