J’adore Lisa LeBlanc. Cette fille est sympathique et rayonnante, et pourtant, lorsqu’on écoute ses chansons, sa vie est souvent d’la marde. Elle se fait trahir, larguer, oublier, mais se sert de ses mésaventures amoureuses pour créer de solides chansons dans lesquelles on se reconnaît (un peu ou beaucoup).

J’adore le fait qu’après avoir braqué tous les projecteurs sur elle avec un album en français (éponyme en 2012) dont le célèbre Aujourd’hui, ma vie c’est d’la marde est devenu un hymne des “carrés rouges”, elle a fait à sa tête et publié coup sur coup un EP, “Highways, Heartaches and Time Well Wasted” en 2014 puis ce long-jeu, en anglais! Une belle preuve que la dynamique musicienne originaire du Nouveau-Brunswick donne priorité à son art au lieu d’une stratégie mercantile. À long terme, gageons que ça va payer, car ses fans vont l’apprécier pour qui elle est vraiment, et non pour un tube ou deux.

lisa-leblanc-banjo-2016

photo John Londono

Lisa LeBlanc démarre “Why You Wanna Leave, Runaway Queen?” avec une chanson mordante et rythmée qui serait presque drôle si le sujet n’était pas si dramatique: Could You Wait ‘Til I Have My Coffee? raconte ses déboires avec un amant qui la quitte avant l’aurore… Les guitares électriques sont plus présentes que jamais: ça gronde sur I Love You, I Don’t Love You, I Don’t Know même si on devine que le morceau a été composé à la guitare acoustique, dans un moment de doute. La réalisation de cet opus, signée Joseph Donovan (Sam Roberts, The Dears) donne beaucoup de panache à Lisa LeBlanc. Elle sonne de moins en moins comme un “produit local” sans pour autant avoir été aseptisée par le son mainstream. Le banjo est toujours là, la grosse voix de la jeune auteure-compositrice-interprète toujours bien en avant-plan (Why Does It Feel So Lonely (When You Are Around)). Elle est entourée de Mico Roy à la guitare, Benoit Morier à la guitare et à la basse ainsi que Maxime Gosselin à la batterie.

 

Il y a quand même quelques chansons en français sur ce troisième opus. Ti-gars sonne le bayou a plein nez, avec un lourd riff de guitare fuzz qui donne un fort accent garage rock au folk de la brune Lisa. Elle reviendra aux sources sur 5748 km, une pièce folk enregistrée de façon très simple, qui parle d’un amour compliqué par la distance.

Chose certaine, je ne voudrais pas être la personne à laquelle Lisa LeBlanc pensait lorsqu’elle a composé ces 12 chansons. Ça sent l’amertume, les complications sentimentales, l’ennui, l’incompréhension… On sent qu’elle a dû broyer du noir dans sa vie amoureuse pour pondre de telles chansons (comme (Self-Proclamed) Voodoo Woman). On ne lui en souhaite pas davantage, mais on la félicite certainement pour avoir réussi à créer de la lumière avec du noir.

L’album se termine avec une mordante reprise du classique Ace of Spades de feu Lemmy! Seuls une poignée d’artistes peuvent s’attaquer à ce genre de chansons sans créer de malaise, et Lisa LeBlanc peut se vanter d’être de la bande des braves qui se la sont appropriée avec panache!

Tout semble réussir à Lisa LeBlanc: ceux et celles qui la découvrent sur scène ou sur disque, tombent sous son charme et son talent, peu importe le continent ou la langue parlée. Voilà qui annonce une belle et longue carrière.

lisa-leblanc-why-you-wanna

LISA LEBLANC
Why You Wanna Leave, Runaway Queen?
(Bonsound, 2016)

-Genre: rock folk garage
-Dans la même veine que Chocolat, Ani DiFranco, Courtney Barnett, Kimya Dawson

Écoute et achat sur la page BandCamp de l’artiste
Lien vers la page Facebook de l’artiste
Lien vers la chaîne YouTube de l’artiste

Réagissez à cet article / Comment this article

commentaires / comments

About The Author

Nicolas Pelletier
Fondateur et rédacteur en chef
Google+

Mélomane invétéré et rédacteur agréé, Nicolas pratique la critique en mode olympique: il parle de tout, tout le temps, depuis 1991. Il a publié 4 500 critiques de disques et concerts dont 1100 chez emoragei magazine et 600 sur enMusique.ca, dont il a également été le rédacteur en chef de 2009 à 2014. Nicolas a publié "Les perles rares et les grands crus de la musique" en janvier 2013, un ouvrage de 1250 pages en deux tomes.