Vénérée par les Doors, la formation californienne Love n’a malheureusement jamais connu le même niveau de succès que le groupe de Jim Morrison. Le manque de volonté pour amener leur musique sur scène a certainement nui au groupe. N’empêche que Love a produit un des meilleurs albums du « Summer of Love », avec le désormais classique « Forever Changes ». S’il est passé relativement inaperçu lors de sa sortie, en novembre 1967, il est aujourd’hui de plus en plus reconnu à sa juste valeur. « Forever Changes » est un chef-d’œuvre folk-rock psychédélique, avec des touches de blues, de hard rock, de flamenco, en plus de brillantes orchestrations. Les meneurs du groupe, Arthur Lee et Bryan MacLean, ont réussi à laisser leur marque avant de sombrer dans l’oubli.

Le trio de chansons qui ouvre « Forever Changes » est saisissant. Tout d’abord, Alone Again Or se démarque par ses sonorités flamenco et mexicaines, en plus de superbes arrangements de cordes. La magnifique voix d’Arthur Lee survole la composition de Bryan MacLean, qui annonce des thèmes récurrents de l’album : l’isolement et la solitude. Belle et planante, A House Is Not A Motel vogue entre un hard-rock franc, un envoûtant folk-rock et un rock psychédélique tranchant. Avec un phrasé qui coule, le texte imagé de Lee s’inscrit bien dans son époque : « You are just a thought that someone somewhere somehow feels you should be here. And it’s so for real to touch, to smell, to feel, to know where you are here ». Andmoreagain conclue ce formidable triptyque d’ouverture, sûrement l’un des meilleurs de toute l’histoire du rock. Cette collaboration entre Lee et MacLean est l’une des plus belles du disque.

1. Alone again or 00:00; 2. A house is not a motel 03:16; 3. Andmoreagain 06:48; 4. The daily planet 10:06; 5. Old man 13:38; 6. The red telephone 16:40; 7. Maybe the people would be the times or between Clark and Hilldale 21:31; 8. Live and let live 25:05; 9. The good humor man he sees everything like this 30:32; 10. Bummer in the summer 33:40; 11. You set the scene 36:04

The Daily Planet repose sur une mélodie efficace et un rythme entraînant, de même que sur des paroles indéchiffrables, du moins surréalistes. Deuxième et dernière composition de MacLean sur le disque, Old Man est l’une des plus belles chansons du groupe. Ses arrangements se rapprochent plus de la musique classique que de la musique populaire, et c’est tout à l’avantage de Love. Hypnotique et franchement bien construite, The Red Telephone se démarque par ses paroles mêlant liberté, paranoïa, folie et mort : « They’re locking them up today. They’re throwing away the key. I wonder who it’ll be tomorrow, you or me? ». Au titre pour le moins énigmatique, Maybe The People Would Be The Times Or Between Clark And Hilldale déploie une dynamique section de cuivres.

Alternant entre folk-rock et hard-rock psychédélique, Live And Let Live se termine avec un explosif solo de guitare. Élégante et raffinée, The Good Humor Man He Sees Everything Like This a l’apparence d’une gentille chanson hippie (même s’il en est sûrement tout autre en réalité). Chantée presque comme un rap furieux et agité, la courte mais très bonne Bummer In The Summer détonne quelque peu du reste de l’album. Dernière et plus longue chanson de l’opus, You Set The Scene est une suite qui aurait pu se décomposer en trois ou quatre chansons. Lee poursuit ses questionnements existentiels : « This is the time and life that I am living, and I’ll face each day with a smile ». Et plus loin : « And for everyone who thinks that life is just a game, do you like the part you’re playing? ».

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À sa sortie en novembre 1967, « Forever Changes » n’a pas connu le succès commercial escompté, et cela a contribué à faire éclater le groupe. La personnalité pour le moins difficile d’Arthur Lee  y a aussi été pour beaucoup. Lee était convaincu qu’il allait mourir après la production de « Forever Changes ». Ça n’est pas arrivé, et Lee a décidé de congédier les autres membres du groupe qu’il avait fondé en 1965. MacLean souffrait d’une dépendance à l’héroïne et a finalement quitté le groupe. Les tensions se faisaient déjà sentir avant l’enregistrement de « Forever Changes ». Lee et MacLean avaient fait appel à certains musiciens du « Wrecking Crew », dont le batteur Hal Blaine et la bassiste Carol Kaye, à la place des autres membres du groupe.

Arthur Lee n’a jamais retrouvé la touche magique de ses jeunes années. Il a toutefois bien profité de la redécouverte de Love au début des années 2000. Une série de concerts l’a ramené sur le devant de la scène, mais il est décédé de la leucémie en 2006, à l’âge de 61 ans. Après la débâcle qui a suivi la parution de « Forever Changes », Lee a continué l’aventure de Love durant quelques années, mais sans obtenir la même réussite artistique (même si « Four Sails », sorti en 1969, est intéressant). Il faut plutôt regarder du côté des deux premiers albums de Love pour voir les racines du génie d’un des premiers groupes racialement mixtes. « Love » et « Da Capo », tous deux de 1966, montrent le folk-rock psychédélique de Love en plein essor. Le talent de Lee et de MacLean éclot de manière spectaculaire sur « Forever Changes », chef-d’œuvre qui demeure injustement méconnu. Maintenant vous le savez!

Love_-_forever_changes
LOVE
Forever Changes
(Elektra Records, 1967)

-Genre : Folk-rock psychédélique
-Dans le même genre que Buffalo Springfield, The Byrds et The Beatles

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Le chef-d'œuvre méconnu de LOVE
ORIGINALITÉ 95%
AUTHENTICITÉ 95%
ACCESSIBILITÉ 90%
DIRECTION ARTISTIQUE100%
QUALITÉ MUSICALE100%
textes90%
95%Overall Score
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Benoit Bergeron
Blogueur - RREVERB
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d’heures d’écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.