Je suis un amoureux de la guitare. J’adore écouter cet instrument lorsqu’il est bien joué. Lors de mon passage chez les disquaires spécialisés de Seattle, je me suis surpris à craquer pour des albums de musique classique et de jazz plus souvent que d’indie rock. Il faut dire que je suis déjà bien greyé à ce niveau. Ainsi Julian Bream, John Abercrombie & Ralph Towner sont revenus dans mes bagages sous forme de vinyles usagés.

Pour tout amateur de guitare, chaque nouvel album de Mark Knopfler est une occasion remarquée. L’orfèvre de la six cordes est bien loin du rock des années Dire Straits. Il a depuis exploré différents horizons musicaux, du country (avec les excellents Nothing Hillbillies, notamment, en 1988) au folk, en passant par la musique conçue pour accompagner des films. Parmi eux, Local Hero (1983), Cal (1984), The Princess Bride (1987), Wag the Dog (1997) et celui dont je vous parle aujourd’hui, Altamira (2016). À chaque fois, on y reconnaît la touche magique de Knopfler.

Ce nouvel album, partagé avec la percussionniste écossaise virtuose Evelyn Glennie, se dévoile tout en douceur. Les deux musiciens amorcent souvent les morceaux en solo, avant que le second ne se joigne. Malheureusement, les arrangements qui s’y ajoutent sont plutôt soporifiques (By The Grave), ce qui nuit à l’intérêt de l’auditeur. La guitare de Knopfler sonne toujours aussi bien, ronde et profonde (Onward), alors que le violoncelle de Caroline Dale est tout aussi somptueux (notamment sur Marcelino’s Dispair).

Knopfler explique le processus de création de la musique dans ce clip, qui contient quelques extraits.

 

Il y a aussi quelques moments complètement différents du reste sur cet album, comme Dream of the Bison et Farewell to the Bison, qui semblent illustrer des scènes cinématographiques bien précises, davantage avec des bruits concrets (et un vibraphone bourré de réverbération) que de réels instruments. On peut sentir un contraste un peu maladroit entre les deux états, qui fait probablement plus de sens avec le support visuel, dont je ne dispose pas.

La percussionniste qui n’entend pas avec ses oreilles!

Glennie est une virtuose des percussions, maintenant âgée de 50 ans. On l’a entendu sur le « Telegram » de Björk, ainsi qu’au concert d’ouverture des Jeux olympiques de Londres, en 2012, aux côtés d’Underworld. Une particularité chez cette musicienne: elle est sourde depuis l’âge de 12 ans! Elle joue les pieds nus pour mieux sentir la musique, et explique qu’elle peut “entendre” la musique avec d’autres parties de son corps. Cette conférence qu’elle a donnée dans le cadre des TED Talks est intéressante si vous désirez explorer davantage le travail et la perspective de cette artiste unique.

Voici un très bref aperçu du travail d’Evelyn Glennie.

Seule, la bande sonore d’ “Altamira” n’est pas un album inoubliable. Même que certains moments, comme This is Science avec sa touche de flûte, tombe assez vite dans la catégorie musicale “reposante pour le spa”. Et ce n’est pas un compliment.

Les autres musiciens impliqués dans le projet sont Michael McGoldrick à la flûte, Christine Pendrill au cor et Guy Fletcher à l’harmonium, et aux claviers.

Un album inégal, mais qui comporte quand même de très beaux moments. L’album a été coréalisé par Knopfler et Fletcher, l’un de ses anciens complices des Nothing Hillbilles.

altamira

MARK KNOPFLER & EVELYN GLENNIE
« Altamira » Soundtrack
(Universal, 2016)

-Genre: musique de film

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Nicolas Pelletier
Fondateur et rédacteur en chef
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Mélomane invétéré et rédacteur agréé, Nicolas pratique la critique en mode olympique: il parle de tout, tout le temps, depuis 1991. Il a publié 4 500 critiques de disques et concerts dont 1100 chez emoragei magazine et 600 sur enMusique.ca, dont il a également été le rédacteur en chef de 2009 à 2014. Nicolas a publié "Les perles rares et les grands crus de la musique" en janvier 2013, un ouvrage de 1250 pages en deux tomes.