Lorsque j’écoutais le duo allemand Milky Chance sur l’une des grandes scènes du festival Osheaga en 2015, j’étais frappé par l’air fatigué que portait le chanteur et guitariste Clemens Rehbein, principal auteur des morceaux du groupe, il semblait lui-même écoeuré d’interpréter ses propres chansons!

Aussi bonnes et accrocheuses qu’étaient les Stolen Dance, Down By The River, Fairytale, Sweet Sun ou Flashed Junk Mind, il faut admettre qu’elles se ressemblent toutes beaucoup! À chaque fois qu’on entend le début d’un morceau, on se dit “Ah ouais, celle-là est bonne!” mais on serait incapable de distinguer l’une de l’autre tellement le genre de mélodies et le type d’arrangements étaient semblables. On dira que l’album “Sadnecessary” était cohérent.

Souvenirs de 2013-2014:

 

Je me suis souvenu avoir pensé “ce band-là risque d’être un one-album-wonder, et on ne les entendra plus jamais”. En effet, vu leur immense succès en 2014, il leur fallait soit trouver d’autres compos aussi fortes (comme les Black Keys ont fait) ou changer la donne complètement, et jouer un quitte ou double avec leur public…

Le voici enfin, ce second opus qui confirmera leur succès ou leur disparition.

“Blossom” a été lancé le 17 mars dernier et se démarque par une instrumentation beaucoup plus riche que ce à quoi on a été habitués. Des claviers, de la basse, et même un solo de guitare sur Firebird. Un ajout important : le duo est dorénavant un trio, avec l’arrivée du guitariste Antonio Greger, qui joue aussi de la basse et de l’harmonica.

La question à 100$… Est-ce que c’est bon?

Honnêtement, ce n’est pas mauvais, mais le nombre de mélodies mémorables et de moments où l’on se sent transportés par la musique sont vraiment rares. Un morceau comme Doing Good est prévisible et… ordinaire. Pas de magie là, c’est certain.

C’est quand même rafraîchissant d’entendre des arrangements beaucoup plus riches autour de la voix nasillarde de Rehbein. Sur Clouds, les touches de claviers et les loops de phrasés de guitares distortionnées, ainsi qu’effets en arrière-plan ajoutent au côté plus festif de Milky Chance. Idem sur Cold Blue Rain où l’intro à l’harmonica réverbéré combinée aux accords d’orgue met la table pour la voix de Rehbein, reconnaissable entre mille. Lorsqu’il chante Stay, seul avec quelques accords de guitare sèche, on entend bien le grain de sa voix, même si visiblement enregistrée sans effets, probablement chez lui.

Voici quelques extraits.

 

Au final, “Blossom” est un disque duquel il se dégage une ambiance positive et légère (Cocoon ou Bad Things avec Izzy Bizu), ce qui contraste avec le tristounet “Sadnecessary” de 2013. Rehbein avait sans doute besoin de se secouer de cette vibe redondante. Est-ce un album transcendant? Non. Est-ce que les fans de Milky Chance vont apprécier? Certainement. Vont-ils en adopter de nouveaux? Probablement pas. Ça s’écoute quand même bien.

Pour la petite histoire, Rehbein et son comparse Philipp Daush (qui s’occupe des rythmes et tables tournantes), ont joué chacun de leur côté dans un groupe jazz et en tant que DJ alors qu’ils terminaient leurs études secondaires, à Kassel, en Allemagne, d’où ils sont originaires. « Sadnecessary » a atteint le top 3 des palmarès au Canada et aux États-Unis, et le top 10 en France et en Autriche, tout en se faisant remarquer en Belgique, Allemagne, Nouvelle-Zélande, Norvège et Suisse parmi les 15 meilleurs albums de 2013 ou 2014.

milky chance blossom

MILKY CHANCE
Blossom
(Lichtdicht, 2017)

-Genre: folk alternatif

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About The Author

Nicolas Pelletier

Mélomane invétéré et rédacteur agréé, Nicolas pratique la critique en mode olympique: il parle de tout, tout le temps, depuis 1991. Il a publié 6 000 critiques de disques et concerts dont 1100 chez emoragei magazine et 600 sur enMusique.ca, dont il a également été le rédacteur-en-chef de 2009 à 2014. Il publie “Les perles rares et grands crus de la musique” en 2013, et devient stratège numérique des radios de Bell Média en 2015, participant au lancement de la marque iHeartRadio au Canada en 2016.