Quelques semaines avant la fin de la saison 2015-2016, l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) se produisait à la Maison symphonique hier soir. Kent Nagano cédait sa place de chef au Russe Vasily Petrenko. Ce dernier dirigeait l’OSM dans des œuvres de Hector Berlioz, Franz Liszt et Gustav Mahler. Ce jeune chef a fait un excellent travail, exploitant toutes les facettes du talent de cet Orchestre qu’il dirigeait pour la deuxième fois.

Le concert débutait avec l’ouverture Le Corsaire de Berlioz, terminée dans sa version finale en 1855. Le Français Berlioz est considéré comme l’un des premiers romantiques en musique, augmentant les possibilités sonores et expressives d’un orchestre symphonique. Cette pièce nous montre comment il traite un matériau sonore avec une force et une séduction irrésistibles. Tour à tour énergique, violente et mélancolique, cette pièce de moins de dix minutes a été jouée avec brio par l’OSM, dirigé de main de maître par maestro Petrenko.

L’OSM s’attaquait ensuite au Concerto pour piano no. 2 de Liszt, avec le pianiste français Jean-Yves Thibaudet comme soliste. Composée en 1849, cette œuvre de cet immense pianiste hongrois est d’une réelle beauté, pleine d’expressivité propre au romantisme allemand. Le dialogue entre l’Orchestre et le soliste est constant dans cette œuvre, et le chef a bien dirigé ces échanges. Bien que l’Orchestre fasse preuve d’une grande virtuosité, il n’y a pas à s’y méprendre : c’est le soliste qui est à l’avant-plan. Thibaudet livre d’ailleurs une remarquable performance, d’une grande fluidité, où il exécute les courtes cadences avec nuance et dextérité.

Terminée en 1888, la monumentale Symphonie no. 1 de Mahler, dite « Titan », occupait la deuxième partie du concert. Mahler approchait la fin de la vingtaine lorsqu’il a composé l’œuvre qui allait exposer son talent symphonique hors pair. Longue d’une cinquantaine de minutes, la pièce est fortement contrastée, allant chercher plusieurs couleurs et timbres orchestraux. Le premier mouvement s’ouvre de manière mystérieuse, au son des cordes et des vents. Le deuxième mouvement est une danse populaire autrichienne, alors que le troisième est une mélancolique marche funèbre (où on y retrouve par ailleurs une mélodie empruntée à « Frère Jacques »!). Flamboyant, tourmenté et agité, le Finale se distingue du reste de la pièce. L’OSM rend justice à ce chef-d’œuvre avec une maîtrise parfaite des nuances et de l’équilibre du morceau. Le chef y est pour beaucoup dans ce succès, donnant des indications précises et dirigeant avec énergie et passion.

On a ainsi pu découvrir un fabuleux pianiste en la personne de Jean-Yves Thibaudet et un formidable chef en Vasily Petrenko. Mais la réelle curiosité a été cette réaction triomphale de la foule à la fin de la Symphonie de Mahler. Il y a déjà des commentateurs montréalais qui voient en Vasily Petrenko le successeur de Kent Nagano à la tête de l’OSM, alors que le contrat de ce dernier expire en 2020. Président du conseil d’administration, Lucien Bouchard était sur place pour assister à l’excellente prestation du chef de 39 ans. Parions qu’il n’a pas été déçu par ce qu’il a vu et entendu. Et parions aussi que ce n’est pas la dernière fois qu’on revoit ce Vasily Petrenko à Montréal…

 

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Benoit Bergeron
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d'heures d'écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.