L’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) présentait ce jeudi soir la deuxième et dernière représentation d’un concert qui mettait en vedette Vilde Frang, violoniste norvégienne de 29 ans, dans le rare Concerto pour violon d’Erich Wolfgang Korngold. L’OSM était dirigé par le chef français de 68 ans Yan-Pascal Tortelier, en remplacement d’Emmanuel Krivine. L’ouverture Le Corsaire d’Hector Berlioz et la Symphonie en ré mineur de César Franck étaient aussi au programme de ce superbe concert.

Achevée sous sa forme définitive en 1855, l’ouverture Le Corsaire était jouée en début de concert. Cette courte œuvre de moins de 10 minutes se déploie en deux parties contrastées, avec un Adagio sostenuto et un Allegro assai. Charmante et irrésistible, l’œuvre a mis en valeur la section de cuivres de l’OSM, toujours brillante. Gesticulant beaucoup, le chef avait cependant une direction un peu carrée, qui manquait de subtilité et de finesse.

Rarement joué, le Concerto de Korngold a été composé en 1945, alors que ce Tchèque d’origine vivait depuis 11 ans aux États-Unis. Compositeur prolifique et polyvalent, cet enfant-prodige s’est fait une renommée (et une fortune) en composant de la musique de film. Il a donc tenté d’intégrer la composante « populaire » et cinématique à sa musique dite « sérieuse ». Le Concerto est tombé dans l’oubli, en raison notamment de son caractère résolument romantique, à une époque moderniste. Il est finalement redécouvert aujourd’hui.

Les puristes n’apprécieront peut-être pas; l’œuvre est relativement facile d’approche, belle aux oreilles et aurait pu en effet se retrouver sur une trame sonore d’un film hollywoodien (plusieurs mélodies du Concerto sont d’ailleurs extraites de musiques de film de Korngold). Mais ça n’enlève rien aux qualités de l’œuvre, qui est très mélodique, évocatrice et lyrique. La soliste est omniprésente et constamment sollicitée. Sa partition est très exigeante, demandant souvent beaucoup de virtuosité. Vilde Frang a une très bonne technique et son jeu est précis, surtout dans l’aigu. Bien que son jeu manque parfois de puissance, Frang en fait une belle interprétation, bien appuyée par l’Orchestre.

La monumentale Symphonie en ré mineur de Franck concluait le spectacle. Franck l’a terminée en 1888, soit deux ans avant sa mort. Plus ou moins bien reçue à la fin du 19e siècle, la Symphonie est aujourd’hui un pilier du répertoire symphonique et est presque vénérée par certains. Ses qualités sont indéniables, alors qu’on y retrouve une force symphonique digne de Beethoven, Bruckner ou Wagner, mêlées à une sensibilité et une grâce françaises (bien que Franck soit belge, il est identifié à l’école française).

L’œuvre se décline trois mouvements, au lieu des quatre habituels, et est construite de manière cyclique : c’est donc dire que plusieurs thèmes reviennent régulièrement. La Symphonie a une grande unité, un seul même élan. On n’entend pas toujours très bien cet élan dans l’interprétation proposée par Tortelier, mais les musiciens extrêmement talentueux de l’OSM arrivent tout de même à rendre justice à ce grand chef-d’œuvre. L’urgence et la gravité du premier mouvement est très bien traduite par les cordes, qui font également preuve d’un magnifique lyrisme. Grave et profond, le solo de cor anglais au deuxième mouvement est joué avec brio. Le Finale tonitruant donne la part belle aux cuivres, qui se déchaînent dans un beau vacarme.

Les deux artistes invités de l’OSM, Frang et Tortelier, n’ont peut-être pas brillé de tous leurs feux, mais les musiciens de l’Orchestre ont su garder un haut niveau d’excellence tout au long du concert. Le talent de cet Orchestre est toujours épatant, même si on peut avoir tendance à le prendre pour acquis. Et peut-être le prennent-ils eux-mêmes parfois pour acquis, manquant d’intensité à l’occasion. Mais ce n’était pas le cas jeudi soir, malgré une Maison symphonique plutôt dégarnie.

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Benoit Bergeron
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d'heures d'écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.