Avec l’arrivée de l’automne, c’est toujours un peu plus difficile de se convaincre de sortir chez soi. Heureusement, le Pop Montréal est là pour nous sortir de notre torpeur et donner une bonne raison d’aller dehors. Bilan des trois premiers jours de course (non, pas le marathon, je préfère m’en tenir à la musique).

MERCREDI

The Kills 

Qui de mieux que The Kills pour donner le coup d’envoi? C’est dans un Metropolis presque complet que Alison Mosshart et James Hince renouaient avec le public montréalais. La pause de 5 ans depuis l’album Blood Pressure semble avoir été bénéfique et le groupe a retrouvé toute son énergie des beaux jours, batteur en prime (enfin!). Les pièces de l’excellent Ash & Ice côtoyaient parfaitement le répertoire passé et leur présence scénique n’avait d’égale que… bref, que leurs performances passées, se faisant la cour autant entre eux qu’envers la foule. Charisme et talent, mais surtout rock pur.

Godspeed You! Black Emperor 

J’ai du quitter ma place le nez collé à la scène pour me rendre à la performance des légendes locales Godspeed You! Black Emperor, pour cause de billet acheté depuis des mois. S’il ne faisait pas partie du Pop, il importe néanmoins d’en glisser un mot. Car s’il a fallu encore une fois se motiver pour traverser la ville, quelle belle surprise ce fut. La semaine de spectacles au Théâtre Paradoxe aura permise de mettre en valeur cette magnifique salle à l’acoustique parfaitement adaptée pour ce groupe dont le son en spectacle peut rapidement devenir cacophonique dans les mauvaises conditions. Arrivé juste à temps pour “Piss Crowns Are Trebled”, ce fut une succession des meilleurs côtés du groupe, du planant aux montées épiques aux projections. La foule, captive des oreilles, a été bien récompensée par l’incontournable “BBF3” en finale, probablement la version la plus majestueuse et en contrôle. Si vous avez manqué leur résidence de cette semaine, mordez-vous les doigts au sang.

JEUDI

John Cale 

Il n’y a presque pas de façon de décrire l’immensité de la légende qu’est John Cale, mais surtout spécifions qu’il a toujours su au fil du temps s’entourer de musiciens d’exception. Cette plus récente apparition était donc parfaitement en phase avec sa démarche. S’il enchainait les pièces au piano (paroles bien visibles sur le lutrin devant lui) dans un son qui flirtait parfois un peu trop avec le nouvel âge ambiant, le duo guitare basse ramenait vite les choses en territoire expérimental. Le public semblait plus que comblé à en juger par le silence pendant les performances, mais surtout les nombreuses déclarations d’amour qui ponctuait les entre-deux. Voulant attraper autre chose au cours de cette faste soirée, j’ai choisi de quitter après l’excellente version plutôt bluesy de “I’m Waiting for the Man” me disant que c’était plus difficile de mieux conclure une telle rencontre qu’en voyant un membre original de Velvet Underground performer un tel classique. Mission accomplie.

Un peu de nostalgie bien placée:

Jean-Michel Blais 

Le pianiste québécois avait droit à la Fédération ukrainienne, donc difficile de faire plus adapté comme salle pour du piano à grand déploiement. Et ce fut parfaitement à la hauteur, enchainant ses compositions originales, parfois courtes, parfois épiques, les invités pour les pièces à “trois mains”, ainsi qu’un adorable hommage au matériel original de Chilly Gonzales. Une excellente oeuvre de synthèse pour un artiste qui sort enfin de l’ombre et dont le nouvel album est attendu en début 2017. D’ici là je vous suggère de profiter pleinement de Il, que je me suis fait un plaisir de ramasser en vinyle à la sortie.

Ça s’est terminé par un début de mal de gorge automédicamenté avec une limonade bourbon et un old fashioned. Et un peu de sommeil.

VENDREDI 

KROY 

Vous êtes un peu exaspéré vous aussi de l’over exposure de Milk & Bone dans la dernière année, mais vous n’avez rien contre Camille personnellement? Ça tombe bien, elle a un autre projet qu’elle a enfin trouvé le temps de mener à terme. C’était donc le lancement de KROY, projet aux textures électros encore plus prononcées et qui malgré son minimalisme trouvait la place pour quelques musiciens sur scène. Tendez l’oreille, ça fait du bien d’avoir une réussite québécoise dans le genre.

Angel Olsen

Salle pleine oblige, on ne laissait plus entrer de médias. Parait que c’était bien bon et qu’il faisait chaud.

The Famines 

Le duo montréalais (via Edmonton) a tendance à apparaitre sur scène au maximum une fois par saison, et comme la chance de porter un manteau approprié lorsque l’automne se pointe, je manque systématiquement mon coup. Pas cette année! Je suis arrivé juste à temps pour attraper l’excellent set de 18 (!) minutes. Ce fut tout ce qu’il fallait pour mettre le feu à la salle avec cette fusion garage/rock/blues/punk (j’essaye fort, mais la réalité est que c’est aussi bon que relativement indescriptible). Alors, prenez part à la fête la prochaine fois. Pour vous convaincre d’ici là:

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Karl-Philip Marchand Giguère

Obsessif compulsif qui classe ses albums d’abord en ordre alphabétique d’artistes, puis de parutions (avec les simples sous les albums, question de confondre encore davantage les gens qui le visitent), Karl-Philip oeuvre dans l’industrie depuis plus d’une décennie. Il a touché à tout: maisons de disques, gestion de salles de spectacle et rédaction professionnelle pour de nombreux artistes. Il assiste à de nombreux shows lorsqu'il n'est pas désespérément en train d'essayer de faire de la place dans sa bibliothèque musicale.