Radiohead, le band que l’histoire va retenir comme ayant été le plus influent des années 1995 à 2016 (et probablement plus!) au même titre que les Beatles des années 60, de Pink Floyd durant les années 70, R.E.M. la décennie suivante puis Nirvana et Björk juste avant eux, signe un 9e album tout en subtilité.

Assez électronique, assez épuré, “A Moon Shaped Pool” fait beaucoup de place à la très belle et délicate voix de Thom Yorke (Decks Dark) que ses quatre complices supportent avec doigté. Les styles varient d’un morceau à l’autre, bien qu’on sente un fil conducteur tout au long des onze pièces – comme sur chacun de leurs albums, par ailleurs (sauf peut-être les deux premiers, davantage des recueils de chansons rock alternatives). Le minimalisme électronique de Daydreaming contraste avec l’énergie en crescendo de Burn The Witch.

Le délice avec Radiohead est qu’ils composent leur musique de façon méticuleuse. Écouter sous casque d’écoute (haut de gamme, il va sans dire) tout ce qui se passe derrière la voix et la guitare sèche de Yorke durant les deux premières minutes de Desert Island Disk est un régal pour le mélomane attentif. Une touche de violons, une touche d’éléments électroniques rythmiques, une basse discrète, mais juste à point… Ce sont des “grands chefs” du rock. Leurs saveurs sont habilement dosées.

 

Les comparaisons avec d’autres grands innovateurs du rock, comme Pink Floyd, sont pour moi évidentes, depuis plusieurs années. Un titre comme Ful Stop a des airs de Echoes par endroits! Et comme Floyd durant leurs belles années (disons de “Meddle” à “The Wall”), il y a un bel équilibre au sein du groupe. Ce n’est pas un “one-man-show” comme l’était Bowie, ou un fort duo “chant-guitare” comme bien des formations rock comme les Stones à Aerosmith. Les cinq musiciens ont leur place, connaissent leur rôle, poussent leur instrument dans différentes directions. La marque d’un grand groupe.

Thom Yorke et Jonny Greenwood (2016)

Thom Yorke et Jonny Greenwood (2016)

« A Moon Shaped Pool » a été réalisé par leur complice de toujours, le réputé Nigel Godrich, et enregistré à la Fabrique, à St-Rémi de Provence, en France et au studio RAK à Londres. Le guitariste Jonny Greenwood dit que l’album a été enregistré en deux semaines, sur bandes analogues de 8 et 16 pistes : à l’ancienne!

Petit détail comique (voulu?), les onze titres sont placés en ordre alphabétique. La toute dernière, True Love Waits, ayant été écrite il y a 20 ans et maintes fois enregistrée, avant de trouver sur « A Moon Shaped Pool » sa forme définitive.

Attendez-vous à devoir écouter cet album quelques fois, attentivement, avant de vraiment l’aimer. Mais une fois une stade passé, vous adorerez.

radiohead A_Moon_Shaped_Pool

RADIOHEAD
A Moon Shaped Pool
(XL, 2016)

-Genre: art rock
-Dans le même esprit que Björk, PJ Harvey, Sigur Rós

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About The Author

Nicolas Pelletier

Mélomane invétéré et rédacteur agréé, Nicolas pratique la critique en mode olympique: il parle de tout, tout le temps, depuis 1991. Il a publié 6 000 critiques de disques et concerts dont 1100 chez emoragei magazine et 600 sur enMusique.ca, dont il a également été le rédacteur-en-chef de 2009 à 2014. Il publie “Les perles rares et grands crus de la musique” en 2013, et devient stratège numérique des radios de Bell Média en 2015, participant au lancement de la marque iHeartRadio au Canada en 2016.