Sortie de nulle part et un peu oubliée depuis, Sam Phillips est une chanteuse à la voix hantée, nasillarde, mais tellement captivante qu’on ne peut qu’y porter attention. Elle a eu la chance de croiser l’excellent réalisateur qu’est T-Bone Burnett (qui a aussi été son époux jusqu’en 2001) qui lui a rendu le grand service de l’aider à pondre ce remarquable opus qui tient encore bien la route 20 ans après sa publication.

On sent que la dame a passé à travers son lot de souffrances. On ne peut pas chanter avec une telle intensité sans vraiment ressentir ce qu’on transmet. Sur Lying, elle avoue à contrecœur qu’elle a beau tenter de se convaincre que tout va bien, qu’elle n’est pas attirée vers cet homme, elle se ment. Les arrangements de cette chanson sont extraordinaires. Un passage au beau milieu de la pièce devient soudainement élégant, subtilement, avant de replonger dans cette psychose.

 

Go Down, la suivante, est plus légère, mais loin d’être inintéressante pour autant. Balade folk efficace et authentique comme on les aime. Suit la pièce titre du 2e album de la Californienne qui sonne comme si elle avait été enregistrée dix ans plus tard, tellement la production est différente pour ce qu’on entend à l’époque. À bien des égards, Sam Phillips annonce les Aimee Mann, Tori Amos et autres Salomé Leclerc : elle a une solide voix, mais encore plus, un solide ton, une personnalité. Comme elles, Phillips produit d’excellentes chansons et exprime son caractère. Ici, chaque titre est solide et perdure.

« Cruel Inventions » est en fait le 6e album de l’auteure-compositrice-interprète puisqu’elle en avait publié quatre sous son véritable prénom Leslie, entre 1983 et 87. À l’époque, son label l’avait présenté comme une « Cyndi Lauper chrétienne », parce qu’elle a un timbre de voix comparable et écrivait des chansons orientées par sa foi. De moins en moins à l’aise avec cet angle, elle profita d’un changement de label pour se débarrasser de cette image, d’où l’adoption du surnom « Sam ».

sam phillips gilmour girls

At the Gilmore Girls premier on Friday night (Nov 20, 2016) with my husband, Eric Gorfain, who was on the show in 2003, (before we met!)

Phillips a continué à produire de la bonne muisque au fil des ans, même si elle s’est faite plus discrète. Des collaborations intéressantes avec R.E.M., Elvis Costello, Van Dyke Parks (ces deux derniers figurent sur “Cruel Inventions”, tout comme Marc Ribot à la guitare) au milieu des années 90 puis la composition de la musique de la série Gilmour Girls marquent son parcours. Ayant cessé de travailler avec T-Bone Burnett assez récemment, elle s’est tournée vers une musique folk plus dépouillée, au tournant de ses 50 ans, qu’elle atteindra en 2012.

samphillips

SAM PHILLIPS
Cruel Inventions
(Virgin, 1991)

-Genre: folk pop
-Dans le même style que Aimee Mann, Angela Desveaux, Elvis Costello, Suzanne Vega

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Nicolas Pelletier

Mélomane invétéré et rédacteur agréé, Nicolas pratique la critique en mode olympique: il parle de tout, tout le temps, depuis 1991. Il a publié 6 000 critiques de disques et concerts dont 1100 chez emoragei magazine et 600 sur enMusique.ca, dont il a également été le rédacteur-en-chef de 2009 à 2014. Il publie “Les perles rares et grands crus de la musique” en 2013, et devient stratège numérique des radios de Bell Média en 2015, participant au lancement de la marque iHeartRadio au Canada en 2016.