L’une des artistes les plus fascinantes de la planète folk est Suisse et s’appelle Sophie Hunger*. Un peu imprévisible, elle peut se lancer dans un album/concert entièrement folk — comme son hommage à Dylan, présenté à Montréal il y a quelques années — ou enrichir sa musique d’éléments plus pop comme Feist le ferait (Mad Miles) ou plus atmosphériques à la Salomé Leclerc (Supermoon). La grande force de Hunger réside dans la qualité de son interprétation; cette musicienne habite ses chansons de façon très intense. Ça s’entend, ça se sent.

sophie hunger you

Sur son nouvel album, son 5e en solo en carrière débutée il y a déjà 13 ans, il y a même des morceaux plus pop rock presque à la Metric (Love is Not the Answer). Cette fois, Sophie Hunger a décidé de nous surprendre à chaque chanson, en variant ses arrangements. Elle passe d’un extrême à l’autre: Superman Woman est un morceau assez pop et dynamique, entraînant, avec cuivres et finale explosive, alors que la suivante, Die Ganze Welt, est un vaporeux jazz rock plus typique de son répertoire.

Sans vouloir lui envoyer le message de cesser les explorations, très saines pour tout artiste, je crois qu’elle maîtrise bien mieux les ambiances plus sombres et mystérieuses, un peu comme une Salomé Leclerc ou un Alexandre Désilets. Elle a tellement de talent qu’elle pourrait facilement faire du jazz, ce qu’elle effleure sur Fathr, pas loin de ce que fait Feist.

Née à Bern, en Suisse en 1983, elle suit son père diplomate à Bern, Londres, Bonn et Zurich, maitrisant ainsi parfaitement l’anglais et l’allemand. Elle étudie le piano et est exposée à beaucoup de jazz, que son père écoute à la maison. Elle fera ensuite ses propres découvertes, adolescente, en plongeant dans le hip-hop, le r’n’b, le rock, puis, jeune adulte, le country, le bluegrass et le folk.

Dès 2002 (à 19 ans), elle chante en tant qu’invitée chez Superterz, puis mène le groupe indie Fisher, à partir de 2004, jusqu’à leur séparation en 2007. Elle lance un premier album autoproduit et entièrement composé chez elle, « Sketches on Sea » en 2006, qui marque le début de sa collaboration avec Michael Flury, tromboniste. Ses albums suivants, « Monday’s Ghost » (2008) et « 1983 » (2010) se rendront au sommet des palmarès suisses alors que « The Danger of Light » (2012) terminera sa progression au 2e échelon. « Supermoon », plus accessible atteindra le top 10 en Allemagne et le top 20 en Autriche, en plus du 1er rang – bien sûr – en Suisse.

Chez nous, on la remarquera en 2011 avec sa version du classique de Noir Désir, Le Vent nous portera, que le cinéaste Jean-Marc Vallée a habilement utilisée dans son magnifique film « Café de Flore ».

Un album, masterisé à Abbey Road s’il vous plait!, qui montre bien tout l’arsenal que cette chanteuse extraordinaire et inspirée peut faire, et la belle carrière qu’elle a devant elle.

SOPHIE HUNGER
Supermoon
(Two Gentlemen, 2015)

-Genre: Folk rock atmosphérique
-Dans le même esprit que Salomé Leclerc, Feist, Daniel Lanois, Eleni Mandell

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*En fait, elle s’appelle Émilie Jeanne-Sophie Welti.

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Nicolas Pelletier

Mélomane invétéré et rédacteur agréé, Nicolas pratique la critique en mode olympique: il parle de tout, tout le temps, depuis 1991. Il a publié 6 000 critiques de disques et concerts dont 1100 chez emoragei magazine et 600 sur enMusique.ca, dont il a également été le rédacteur-en-chef de 2009 à 2014. Il publie “Les perles rares et grands crus de la musique” en 2013, et devient stratège numérique des radios de Bell Média en 2015, participant au lancement de la marque iHeartRadio au Canada en 2016.