C’est toujours difficile de savoir comment sonnera la combinaison nouvelle de musiciens jazz. Et c’est d’ailleurs — je crois — quelque chose qui leur plaît, à ces musiciens hautement compétents : voir ce qui résultera du mélange des genres, des approches, des styles, des personnalités, sans parler des instruments. Le jazz est un style musical qui se prête très bien, même qui privilégie le métissage musical. Très rarement, les formations demeurent étanches longtemps.

Le trio américain The Bad Plus avait jusqu’ici essentiellement joué à trois. Leur succès est remarquable : on les appelle les jazzmen les plus rock de la planète jazz, tellement leur musique est rythmée, accessible et pourtant si riche et enlevante! Ils font également beaucoup de reprises de chansons rock, de Radiohead à Tears For Fears en passant par The Police…

Joshua Redman, de son côté, est le saxophoniste new-yorkais tel qu’on l’idéalise : beau bonhomme, vivant probablement dans un loft écœurant, jouant du jazz en boîte, d’interminables nuits, récoltant les éloges de tous les connaisseurs… Sans blague, sa carrière n’est qu’une suite de succès d’estime et populaire (dans la planète jazz). Il a créé toutes sortes de combos, dont son Elastic Band, beaucoup plus expérimental et, disons-le, “free”. Que des musiciens de grande qualité l’entourent. Lors de son passage au FIJM en 2009, je l’avais vu en format “double trio”, soit avec deux contrebassistes et deux batteurs, dont le merveilleux et polyvalent Brian Blade.

Et voilà que les 3 Bad Plus (piano, batterie, contrebasse) s’unissent au saxophoniste Redman pour créer un disque paru cette semaine. Ils seront au Festival International de Jazz de Montréal le dimanche 28 juin dans la très belle salle du Théâtre Maisonneuve de la Place-des-Arts (billets ici).

Comment sonne cette union? Assez classique, finalement. Plusieurs morceaux sont étonnamment calmes, comme Lack the Faith but Not The Wine, qui est un véritable jazz de fin de soirée. La musique produite à quatre est moins rythmée que celle des Bad Plus. Redman les a emmenés dans un univers un peu plus fou sur Faith Through Error, mais il ne s’agit que d’un morceau sur les neuf que contient cet album. Je dirais que le trio joue davantage du jazz classique qu’à son habitude, et c’est particulièrement notable dans le jeu du batteur David King.

On verra si les quatre virtuoses s’en tiendront au matériel de cet album lors du concert au festival ou s’ils s’élanceront vers d’autres morceaux de l’un ou l’autre, voire même s’ils voudront attaquer une reprise de morceau rock, comme The Bad Plus le réussit si bien…

Fait cocasse, en 2003, The Bad Plus assurait la première partie du concert de Joshua Redman et son « Elastic Project » au Festival de Jazz dans ce même Théâtre Maisonneuve! La toute première visite du saxophoniste au FIJM remonte à 1991, et il revenait l’année suivante, dans la 5e salle de la PDA dans un concept intitulé « Future Now! » qui regroupait les meilleures découvertes jazz de ’91. Son père Dewey y joua aussi en solo (1991) et au sein du Liberation Orchestra de Charlie Haden en 1985. Quand on a la piqûre tôt…

THE BAD PLUS JOSHUA REDMAN
The Bad Plus Joshua redman
(Nonesuch, 2015)

-Genre: jazz

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Nicolas Pelletier

Mélomane invétéré et rédacteur agréé, Nicolas pratique la critique en mode olympique: il parle de tout, tout le temps, depuis 1991. Il a publié 6 000 critiques de disques et concerts dont 1100 chez emoragei magazine et 600 sur enMusique.ca, dont il a également été le rédacteur-en-chef de 2009 à 2014. Il publie “Les perles rares et grands crus de la musique” en 2013, et devient stratège numérique des radios de Bell Média en 2015, participant au lancement de la marque iHeartRadio au Canada en 2016.