L’année 2015 est presque terminée (même si l’hiver n’est étrangement toujours pas arrivé) et voici donc le temps d’être un peu nostalgique en faisant la revue 2015 avant de se tourner vers l’avenir. Premier arrêt: ce top 10 des albums. Et parce que l’année fut suffisamment ponctuée de suspense comme ça, j’y vais en ordre chronologique et commence directement par le numéro 1 plutôt que de vous faire patienter.

1- ALGIERS: Algiers 

Trois ans, c’est ce que ça aura pris aux membres du groupe d’Atlanta (répartis à travers le monde au cours de cette période), pour venir à bout de ce premier album éponyme. Le premier EP avait rapidement mené à une signature sur Matador Records, et pour cause. Algiers arrive avec un album tellement complet, défini et assumé que l’on ne peut même pas imaginer comment la suite des choses pourrait être une évolution. C’est parfois beau, parfois lourd, souvent ambiant et toujours viscéral. Tout y est, y compris nos oreilles qui ne peuvent désormais plus se détourner.

Comme me l’a dit un ami qui m’accompagnait au show dans un Ritz PDB à peine rempli au tiers: “Mais là, ce groupe là va être beaucoup plus gros que ça, hein?!”. Oui, promis.

 

2- LES JUPES: Some Kind Of Family  

Autre groupe qui aura mis des années pour mener son projet d’album à terme, Les Jupes n’aura pas vaincu le froid de Winnipeg sans conséquences: les membres ont annoncés leur séparation la semaine même de la parution. Le “hype” avait néanmoins déjà fait son travail et non seulement la scène canadienne les attendait, mais en aurait bien eu besoin. Ce métissage de ce que le “indie rock” a de mieux à offrir fonctionne sur fond de guitares mélodiques, synthétiseurs, batterie lourde et carrée, mais par dessus tout une voix capable de s’adapter à tout. Une promesse qui demeurera un beau cadeau que l’on aimera revisiter longtemps.

 

3- RYAN ADAMS: 1989

Un Ryan Adams (je me dois de le spécifier: à ne pas confondre avec Bryan) avec le coeur brisé résulte toujours en une une solide dose d’inspiration (voir le très littéral Heartbreaker et le chef d’oeuvre Love Is Hell), mais cette fois son divorce de l’actrice Mandy Moore l’a mené vers une autre muse au large public: Taylor Swift. Adams s’est d’abord senti interpellé par les textes, au point de les enregistrer dans le confort de sa chambre sur un “8 track” afin de les exorciser. L’ironie aura voulu qu’il en perde toute trace, mais ça n’aura finalement servi que de prétexte pour refaire le tout en studio avec ses acolytes.

Le résultat tourne les pièces complètement sur elle-mêmes, passant de la marque de défiance power-pop des versions originales à une mélancolie complètement assumée. Cette réingénierie donne donc à ce miroir de 1989 sa raison d’être, tout en agissant comme la somme de la dernière décennie d’évolution musicale de Ryan, qui se réapproprie les pièces au point de faire oublier les originales, aussi imbriquées soient-elles dans la culture populaire. Une magnifique bête à apprivoiser, soleil levant ou tempête de neige.

 

4- KENDRICK LAMAR: To Pimp A Butterfly

Il n’existe tout simplement aucun mot pour décrire la pression qui attendait Kendrick Lamar à la sortie de ce nouvel album. Si le précédent le positionnait déjà comme le futur du hip hop, cette suite le place maintenant au centre des meilleurs innovateurs, tous genres confondus. Les arrangements (menés de main de maître par notamment Kamasi Washington), les paroles sans censure, les déclarations générationnelles à l’emporte pièce et même la (très) longue durée auraient pu faire dérailler l’opus ou créer un tout qui ne tient pas la route, mais on se retrouve au contraire avec une oeuvre tellement cohérente que c’en est presque déconcertant. Et l’engouement unanime permet de constater que le positionnement est aussi incontournable que permanent.

 

5- BEACH HO– USE: Thank Your Lucky Stars

Le groupe n’est pas réputé pour sa vitesse d’exécution (y compris musicalement), alors l’arrivée de deux albums complets en moins de deux mois est si rapide que l’on se prend à exiger une raison pour cet excès de productivité soudain. Après un Depression Cherry satisfaisant mais sans grande surprise, ce Thank Your Lucky Stars gardé dans le secret absolu jusqu’à une semaine de sa sortie est donc d’autant plus intéressant.

Si le précédent utilisait la même formule en la rendant même encore plus planante par moment, celui-ci accélère au contraire les choses et ajoute une petite couche de distorsion “shoegaze” à la MBV. Tout porte à croire que libérés de la pression de ceux qui les attendait au même endroit, ils se sont enfin permis un détour pour voir ce qui se trouvait de l’autre côté. Ce léger renouvellement justifie donc pleinement de réécouter. Et nous donne effectivement envie de dire merci.

 

6- KURT VILE: B’lieve I’m Goin (Deep) Down

Il ne fait plus aucun doute à ce point-ci que le rocker de Philadelphie est le plus consistant de sa catégorie. Pas un seul album dénué d’intérêt en une décennie et toujours une légère évolution pertinente de la formule, à commencer par des claviers plus apparents dans ce cas-ci. Le précédent Wakin On A Pretty Daze était fait pour ouvrir les rideaux et laisser passer un peu de soleil le matin, celui-ci nous invite à pour prendre la route et se laisser porter une fois réveillés. À noter que l’édition vinyle triple comprend 6 (!) pièces supplémentaires si en harmonie avec le reste qu’il est difficile d’imaginer l’album sans.

 

7- SWANS: The Gate

Le légendaire groupe de Michael Gira l’a annoncé d’emblée: l’album qu’il enregistrera en 2016 sera le dernier de l’incarnation actuelle. Et pour faire les choses comme il se doit, il a décidé de recourir une fois de plus à l’auto-financement en lançant un enregistrement limité de la tournée précédente, constituée majoritairement de pièces seront sur l’album à venir (non, il ne fait rien comme les autres). Les versions en concert sont néanmoins pleinement formées, passant pour la plupart le cap de la demie-heure. Le deuxième disque y va complètement pour l’inverse et comprend cette fois les démos maison de ces mêmes pièces.

Alors pour tous ceux qui ont assistés aux deux concerts incontournables du groupe en début d’année et ne peuvent plus attendre pour réécouter ce nouveau matériel, il s’agissait d’une occasion parfait d’entendre un groupe de musiciens au sommet de leur compatibilité et en plein contrôle de leur son. C’est surtout une occasion unique de faire le plein tout en supportant la cause. Et quel travail… Le son est impeccable et le groupe y est si lourd qu’on se prend à espérer exactement la même chose de l’oeuvre studio épique à venir.

 

8- VIET CONG: Viet Cong

La séparation de Women a mené à la formation de Viet Cong… qui devront maintenant à leur tour changer de nom, voulant éviter une autre année de justification politique. Mais peu importe le nom, la force de frappe reste la même et il y a longtemps qu’un groupe canadien n’avait pas trouvé un tel équilibre entre un rock brutal assumé et une pop qui ne sort plus de la tête. La tournée incessante qui a suivi leur a permis de devenir d’autant plus forts sur scène et répandre la bonne nouvelle avec succès. Bref, peu importe le nom, on a pas fini d’en entendre parler.

 

9- CHELSEA WOLFE: The Abyss

Une découverte un peu en retard, mais oh combien efficace pour s’envelopper dans une ambiance (et potentiellement jeter un mur par terre avec la collaborations d’un bon subwoofer). Ce cinquième album est totalement accompli, formé dans un moule unique qui ne pouvait se développer qu’au fil de sa trajectoire bien à elle. Il n’y a rien de plus à dire, sinon: écoutez.

 

10- BADBADNOTGOOD & GHOSTFACE KILLAH: Sour Soul

Ghostface Killah n’a plus à prouver son côté aventurier, mais cette fois cet assemblage se veut d’un naturel désarmant. Si la suite à l’excellent 12 Reasons To Die parue cette année laissait sur sa faim, cette collaboration arrive donc à point et conclue au passage une période de visibilité faste pour les torontois de Badbabnotgood. Une fusion des genres intemporelle sur laquelle il presque impossible de s’étendre tellement il s’agit de l’exact somme de ses membres.

 

Et…

…Terminons par une mention à Beck pour Dreams, son unique nouvelle pièce cette année. Si la tangente demeure la même pour l’album à venir, il y a de quoi saliver et rêver de retrouver le Beck enjoué des beaux jours.

Les top de mes collègues sont ici!

 

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Karl-Philip Marchand Giguère

Obsessif compulsif qui classe ses albums d’abord en ordre alphabétique d’artistes, puis de parutions (avec les simples sous les albums, question de confondre encore davantage les gens qui le visitent), Karl-Philip oeuvre dans l’industrie depuis plus d’une décennie. Il a touché à tout: maisons de disques, gestion de salles de spectacle et rédaction professionnelle pour de nombreux artistes. Il assiste à de nombreux shows lorsqu'il n'est pas désespérément en train d'essayer de faire de la place dans sa bibliothèque musicale.