La ville de Seattle est reconnue pour bien des choses, de lieu de naissance du grunge à siège social de nombreuses entreprises incontournables en passant par ses loyers aux prix toujours plus élevés. L’idée de créer Upstream Music Fest + Summit, un nouveau festival à la SXSW alliant conférences sur l’industrie de la musique et les technologies à plus de 300 spectacles de groupes pour la plupart originaires de l’État de Washington, initiative du célèbre Paul Allen, prend donc tout son sens pour insuffler un peu d’énergie autant aux locaux qu’aux touristes musicaux.

Votre humble serviteur abusant de l’inspirant quartier Pioneer Square. Crédit photo: Charles Doyon.

C’est donc en plein coeur du magnifique et enfin relativement revitalisé quartier Pioneer Square que Upstream s’est installé et a pris d’assaut à peu près toutes les salles possibles, des bars aux galeries d’art en passant par les sous sols de commerces. Qui plus est, on se retrouve tout juste à côté de l’excellent et réputé Elm Coffee Roasters, qui collabore gentiment à me maintenir en vie artificiellement tout au long de l’événement.

Bref, je me suis lancé dans l’avion et retrouvé sous une (habituelle) pluie et un (beaucoup moins habituel) froid de mai pour attaquer le concept de show hopping et de l’usure des pieds.

 

Si j’ai malheureusement du manquer les conférences du jeudi pour cause d’horaire trop chargé, le ton était donné pour les shows dès celui extérieur (parce que oui, il y a en plus de tout ça une scène gratuite et accessible au beau milieu du square) de Midnight Faces, première belle découverte (un peu en retard, je l’admets), de nombreuses à venir.

Sur la panoplie de shows attrapés dans cette première lancée, Fauna Shade ont aussi retenu l’attention avec leur énergie alternative qui, si elle n’avait rien de révolutionnaire, était tout simplement contagieuse, constat que semblait partager pleinement la foule. Petit détour par un DJ set qui change un peu l’atmosphère avant de me retrouver dans un sous-sol débordant de barres Kind, de bagels (!) et de sacs de M&M pour faire quelques rencontres avec l’industrie avant de me retrouver à un énième bar à whisky, parce que bon tant qu’à passer devant, aussi bien s’y arrêter… J’oubliais, faut aussi dormir.

 

Ce qui nous mène au jour 2. Le vendredi était dangereusement plus rempli, les foules plus denses et les salles encore plus nombreuses. Première belle découverte: FKL, duo Seattle/Londres avec pour mentor rien de moins que le célèbre Tim Goldsworthy. Le son est au point, mais c’est surtout la voix perçante et planante qui retient l’attention. Une bière locale plus tard, place à I Will Keep Your Ghost, nom de groupe si parfait que je m’en veux de ne pas l’avoir inventé. Cette fois la fusion alternatif-électro est au point et j’hoche la tête en tapant du pied, ce qui pour moi revient à danser. Le pauvre groupe n’ayant pas encore les moyens d’imprimer un vinyle, je me résous à acheter un cd (!) pour la première fois cette année. Si au moins j’avais encore une voiture pour l’écouter dedans. Deux bières locales supplémentaires plus tard, c’est l’heure de se rendre à la tête d’affiche de la soirée (et toute une): Flying Lotus.

Flying Lotus au Upstream Music Fest, Seattle en arrière-plan. Crédit photo: Karl-Philip M. G.

Flying Lotus

FlyLo (pour les intimes), artiste aussi élusif que mythique, est surtout impossible à attraper. Ses trois derniers passages à Montréal ont été à guichet fermé, alors à ce point-ci ça aura valu la peine de traverser l’Amérique pour enfin parvenir à vivre l’expérience en personne. Car s’il nous a fait patienter une quinzaine de minutes supplémentaires sous la pluie devant la scène principale située dans le stationnement du Century Link Field, domicile des Seahawks, avec vue imprenable sur la ville, le ton fut rapidement donné avec une explosion be basses fréquences et des visuels évolutifs et colorés. Très jasant et visiblement heureux de l’ambiance malgré le contexte difficile, il a pris le temps d’introduire chaque segment tout en demandant gentiment la permission pour y aller toujours plus fort, pas qu’il en avait besoin. Meilleure stratégie pour faire exploser la foule en mi-parcours? Intégrer le thème de Twin Peaks, puis une profusion de samplings de Kendrick Lamar en passant aux teintes de blanc.
Sans contredit le plus beau moment du festival jusqu’à maintenant, mais surtout un artiste au sommet de son art dont il faudra continuer de tenter d’attraper tous les passages.

Ça se termine avec les héros locaux The Thermals dans le sous-sol du Comedy Underground question de se réchauffer, pari réussi avec en prime un abus d’humidité. C’est l’heure de se coucher, mais il reste encore une autre journée à arpenter avant de clore avec rien de moins que Dinosaur Jr. et Metz, de quoi remettre la carte alternative bien en selle et faire honneur à Sub Pop Records.

Bonus: on a pu mettre la main sur Sean Spicer caché dans un buisson. Crédit photo: Karl-Philip M. G.

 

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Karl-Philip Marchand Giguère

Obsessif compulsif qui classe ses albums d’abord en ordre alphabétique d’artistes, puis de parutions (avec les simples sous les albums, question de confondre encore davantage les gens qui le visitent), Karl-Philip oeuvre dans l’industrie depuis plus d’une décennie. Il a touché à tout: maisons de disques, gestion de salles de spectacle et rédaction professionnelle pour de nombreux artistes. Il assiste à de nombreux shows lorsqu'il n'est pas désespérément en train d'essayer de faire de la place dans sa bibliothèque musicale.