Cet article est le deuxième d’une série de deux sur les deux grands albums de Van Morrison. Cliquez ici pour lire le premier.

Abstraites et relativement complexes, les chansons du chef-d’œuvre « Astral Weeks » n’ont malheureusement pas rencontré un grand succès commercial à sa sortie, en novembre 1968. Désireux de faire un album plus accessible pour le grand public, Van Morrison s’est lancé dans l’écriture de nouvelles chansons à l’été 1969, alors qu’il vivait près de Woodstock, où résidaient notamment Dylan et The Band. Enregistré à l’automne 1969, « Moondance » a permis à Van Morrison d’obtenir un succès populaire, mais sans toutefois compromettre la qualité du matériel. Morrison est allé ailleurs, et cette nouvelle direction était toujours aussi sensationnelle.

Le son de ce nouvel album est différent du précédent, notamment parce que ses artisans ne sont pas les mêmes Le réalisateur Lewis Merenstein a ramené les mêmes musiciens qui avaient collaboré à « Astral Weeks », mais Van voulait d’autres camarades. Il a réussi à engager d’autres musiciens, puis à donner un rôle de second plan à Merenstein. Pour la première fois, Van Morrison a été crédité comme réalisateur. Il a fait appel, entre autres, au guitariste John Platania, au batteur Gary Mallaber, au pianiste Jeff Labes, au saxophoniste Jack Schroer et au bassiste John Klinberg.

La face A du vinyle original est pratiquement parfaite. Elle s’ouvre avec la splendide And It Stoned Me, où la voix de Van a une chaleur et une vigueur qu’on avait peu entendue jusqu’alors. Joyeuse et revigorante, l’ambiance générale de la chanson, proche du rhythm and blues, opère une cassure immédiate avec le précédent album. L’irrésistible chanson-titre expose ensuite le style hybride entre smooth jazz et soft rock qui a assuré un grand succès à ce morceau; Schroer y va d’un excellent solo de saxophone alto. La délicate ballade Crazy Love montre une autre facette de Morrison, soit celle de l’amoureux vulnérable et dévoué : « She’s got a fine sense of humor when I’m feeling low down. Yeah when I come to her when the sun goes down, Take away my trouble, take away my grief ».

0:07 And It Stoned Me; 4:38 Moondance; 9:12 Crazy Love; 11:47 Caravan; 16:46 Into the Mystic; 20:10 Come Running; 22:40 These Dreams of You; 26:30 Brand New Day; 31:38 Everyone; 35:09 Glad Tidings

Entraînante et envoûtante, Caravan est une ode au pouvoir de la radio. Les arrangements de cuivres sont judicieux, et le groove de la chanson est génial. Van livrera une interprétation mémorable de cette pièce lors du concert d’adieu de The Band, en 1976, connu sous le nom de « The Last Waltz ». Into The Mystic est un vrai chef-d’œuvre, l’une des meilleures chansons de Morrison. Ce morceau a une ambiance apaisante, voire transcendante. Le chant de Van The Man y est pour beaucoup : on a presque l’impression que notre âme s’élève. Il revient aux origines du rhythm and blues, avec une bonne dose de gospel. Les paroles sont également magnifiques : « I don’t have to fear it and I want to rock your gypsy soul, Just like way back in the days of old. And together we will flow into the mystic. Come on, girl. Too late to stop now ». (Un sondage aurait par ailleurs révélé que les qualités apaisantes de la chanson en faisaient la favorite des chirurgiens lors d’opérations.)

La face B est forcément moins bonne, mais demeure tout de même d’une grande qualité. Come Running est bondissante, avec un très bon motif au piano. Mêlant rhythm and blues avec des touches de country-rock, l’excellente These Dreams Of You a cette même force tranquille que possède Into The Mystic, mais avec des paroles un peu moins gaies : « My back was up against the wall, And you slowly just walked away. You never really heard my call When I cried out that way ».

Avec un trio de vocalistes à l’appui, Van y va d’une superbe performance sur la magnifique Brand New Day. Le propos évoque la rédemption et l’amour : « When all the dark clouds roll away, And the sun begins to shine, I see my freedom from across the way, And it comes right in on time ». La jolie Everyone se démarque avec ses passages au clavinet (piano électrique), tandis que Glad Tidings clôt l’album de belle manière, avec de bonnes contributions des choristes, de l’organiste, du bassiste et des cuivres.

van morrisson 1970

« Moondance » a montré une autre facette du talent de Van Morrison, donnant une remarquable suite aux compositions sophistiquées, complexes et abstraites qu’on retrouvait sur « Astral Weeks ». Morrison a su rendre sa musique plus accessible, sans aucunement sacrifier la qualité, comme ont pu le faire certains avant ou après lui. Complémentaires, ces deux albums sont essentiels chacun à leur manière. Si « Astral Weeks » s’éloigne du rock, « Moondance » y revient, mais selon les termes de Van The Man. Sa musique incorpore de manière transcendante toutes ses influences, du gospel au jazz, en passant par le rhythm and blues et le folk.

La formidable lancée de Van Morrison durera jusqu’en 1974, alors qu’il fera paraître successivement cinq excellents albums studio (« His Band And The Street Choir », « Tupelo Honey », « Saint Dominic’s Preview », « Hard Nose The Highway », « Veedon Fleece ») et un génial album live (« It’s Too Late To Stop Now »). À 28 ans, Van Morrison avait déjà laissé un héritage musical colossal. Il n’a jamais été capable d’égaler ces réussites, mais il continue toujours, à maintenant 70 ans, à parcourir le monde pour partager sa superbe musique.

Van Morrison moondance

VAN MORRISON
Moondance
(Warner Bros., 1970)

-Genre : rhythm and blues, avec des influences de jazz, soul et pop
-Dans le même genre que Bob Dylan, The Band et The Beatles

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La force tranquille de VAN MORRISON
originalité90%
AUTHENTICITÉ 95%
ACCESSIBILITÉ 95%
DIRECTION ARTISTIQUE100%
QUALITÉ MUSICALE100%
textes90%
95%Overall Score
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98%

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Benoit Bergeron
Blogueur - RREVERB
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d’heures d’écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.