En cette première journée du foisonnant festival Pop Montréal, le Malien Vieux Farka Touré se produisait à la Fédération ukrainienne, en compagnie de l’artiste américaine Julia Easterlin. L’improbable duo débutait une tournée nord-américaine à Montréal, et en profitait donc pour présenter les pièces de « Touristes », son album à paraître vendredi. Ne craignant pas le mélange des genres, Touré et Easterlin ont montré toutes les beautés de leur projet – mais aussi les limites.

Tout d’abord, aussi bien le préciser : Vieux Farka Touré est un fabuleux guitariste. Il joue en fingerpicking, dans le style de son père, le légendaire guitariste de blues malien Ali Farka Touré, décédé en 2006. Peu avant de mourir d’un cancer, Ali avait béni le choix de son fils d’être musicien. Ali venait d’une lignée de soldats, et avait dû se battre pour pouvoir être musicien. Il ne voulait pas que son fils ait les mêmes embûches que lui, mais il a dû se rendre à l’évidence : son fils était un guitariste hors pair. C’est ce qu’on a pu voir hier.

Vieux Farka Touré joue donc avec ses doigts, et a une technique proche de la kora, utilisant presque seulement son index et son pouce. C’est particulièrement frappant lorsqu’il joue de la guitare acoustique. Le son produit par les rafales de notes qu’il enchaîne de manière impressionnante rappellent franchement la kora. Sur la guitare électrique, le déchaînement est tout aussi spectaculaire, et on comprend alors l’origine de son surnom : « Hendrix du Sahara ». Il fait preuve d’une facilité déconcertante lorsqu’il joue. Son jeu est fluide et précis. Même des ennuis techniques avec les amplificateurs ne réussissent pas à le déconcentrer.

Touré a quatre albums solo à son actif, mais il est toujours à la recherche de nouveaux défis pour se renouveler. Le duo qu’il fait avec Julia Easterlin lui offre justement cette opportunité. Ils ont joué presque toutes les pièces de l’album « Touristes » lors du spectacle. Certaines sont très bien ficelées, entraînantes au possible, dans un style de blues malien explosif. On a beaucoup aimé un duo entre Touré et Easterlin, où les deux se sont échangés le chant principal, avec un superbe jeu, tout en finesse, à la guitare acoustique.

On a peu entendu Touré chanter (et le son de son micro était ajusté trop bas; décidément, la Fédération ukrainienne n’est pas un endroit idéal pour un spectacle…), alors que Julia Easterlin s’en chargeait la plupart du temps. Mais c’est là que ça se gâchait parfois. Sur certaines pièces, son apport est très bien, mais sur d’autres, le timbre de sa voix ne se marie pas très bien à l’instrumentation déployée sur scène, avec Touré à la guitare, un bassiste, un trompettiste et un percussionniste. Sa voix est un peu traînante (et elle fausse à plusieurs reprises), avec des influences jazz et des inflexions vocales qui ne sont pas sans rappeler Björk. Malgré tout, ça n’a pas entamé notre plaisir de découvrir ce projet somme toute intéressant, avec des artistes ingénieux et ouverts d’esprit.

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Benoit Bergeron
Blogueur - RREVERB
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d'heures d'écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.