Les années ont marqué Chan Marshall depuis 10 ou 15 ans, mais elle est peut-être plus attachante aujourd’hui. Visiblement touchée par l’accueil des festivaliers au Metropolis ce soir, l’artiste d’Atlanta a enfilé chanson après chanson presque sans arrêt, passant de la guitare électrique au piano à queue.

La femme de 44 ans chante bien mieux que celle qu’elle était à 34 ans, alcoolique et dépressive, qui s’était aussi présentée sur cette même scène en 2012 dans un concert bien moins intimiste pour la tournée suivant la parution de “Sun”. Le mince filet de voix et sa désorganisation étaient assez évidents alors que ses musiciens amorçaient les chansons alors qu’elle n’avait pas fini de chercher ses mots entre deux morceaux. C’était un brin pathétique.

Cette fois, affrontant le public seul, Cat Power pouvait se laisser guider par ses chansons sans se soucier du reste. La qualité de son chant a beaucoup augmenté! Elle n’est plus obligée de murmurer pour s’en sortir. Cat Power tient la note, avec un panache insoupçonné, presque surprenant.

cat power live 2016

(photo: Nico Pelletier, RREVERB)

Chan Marshall décochait de beaux sourires lorsque le public réagissait à ses chansons. “We love you, Chan!” lança un homme, “I love you, whoever you are” rétorqua-t-elle du tac au tac, appréciant l’amour bien senti de son public, fidèle, sincèrement ravi de la retrouver. Montrant sa vulnérabilité, et ne cachant pas sa nervosité, Cat Power laissait transparaître un manque de confiance alors qu’elle devait effectuer les quelques pas qui séparaient le piano de la guitare qu’elle allait retrouver, mais pourtant, elle attaquait ses chansons avec aplomb, la voix la plus solide que jamais. Elle a jadis avoué avoir un immense trac de la scène, qui n’est probablement pas entièrement réglé.

Elle s’est excusée trop souvent pour des riens. Une petite toux, une fin de chanson un brin maladroite, et elle s’excusait comme si elle craignait nous décevoir. Personne ne lui en a voulu, bien au contraire. Chan Marshall a été courageuse, bien meilleure qu’elle le pense. Le public du Metropolis aurait voulu lui faire un câlin, pour la réconforter et lui glisser dans l’oreille tout doucement qu’on l’aime telle qu’elle est.

 

CAT POWER jouait au Metropolis en ce 29 juin 2016, dans le cadre du Festival international de Jazz de Montréal

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Photos exclusives par Nico Pelletier, RREVERB, tous droits réservés, 2016

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Nicolas Pelletier
Fondateur et rédacteur en chef
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Mélomane invétéré et rédacteur agréé, Nicolas pratique la critique en mode olympique: il parle de tout, tout le temps, depuis 1991. Il a publié 4 500 critiques de disques et concerts dont 1100 chez emoragei magazine et 600 sur enMusique.ca, dont il a également été le rédacteur en chef de 2009 à 2014. Nicolas a publié "Les perles rares et les grands crus de la musique" en janvier 2013, un ouvrage de 1250 pages en deux tomes.