Dieu sait que ce n’est pas facile de jouer du jazz. Ça prend des années d’études, de pratique et une exceptionnelle compréhension de la musique. Et pourtant, à entendre le pianiste Chick Corea, le contrebassiste Christian McBride et le batteur Brian Blade jouer, ça semble si doux, si fluide. Si facile. C’est la marque des virtuoses. Peu importe la discipline, ils atteignent des sommets sans forcer (en apparence).

Le trio nous a servi du Miles Davis, du Duke Ellington, et même du Bud Powell (un des préférés de Corea), ce compositeur plus extravagant qui exige de ses interprètes qu’ils ouvrent le couvercle et jouent un peu avec les cordes du piano.

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Photo: Victor Diaz Lamich FIJM

Chick Corea, que je voyais sur scène pour la première fois, respire la gentillesse. Le sourire presque constant aux lèvres, il était vêtu d’une veste couleur crème, t-shirt et pantalons noirs… et running shoes Nike roses et noirs (!). Ce n’est pas important, mais c’est marrant. Corea est un musicien qui regarde beaucoup ses complices. Il leur sourit constamment et semble apprécier jouer avec eux. Entre les morceaux, il n’a pas cessé de lancer des éloges (avec raison!) à McBride et Blade, définitivement brillants.

D’où j’étais assis, dans une loge surplombant le côté jardin de la scène, je ne pouvais pas voir les mains du pianiste. J’étais par contre parfaitement placé pour apprécier le jeu du génie qu’est Brian Blade. Quel hallucinant batteur! Quelle merveille de l’entendre et aussi de l’observer jouer de la batterie! Chaque touche, chaque frappe est parfaitement dosée entre subtilité et coups d’éclat. Sa rythmique est particulière, ultrarapide et complexe, mais pourtant facile à suivre.

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Photo: Victor Diaz Lamich, FIJM

Ce n’est pas le genre de batteur qui lance sa virtuosité à tout vent pour épater la galerie. Il va plutôt s’amuser avec les rythmes syncopés, les détours et les retours sur le beat. Voir son corps s’élancer d’un bord à l’autre de son instrument, jusqu’à faire des bonds son siège lorsqu’il s’emporte et crinque l’intensité au maximum est un délice. Il danse avec sa batterie! Instrument magnifique, soit dit en passant. On pouvait voir la vibration des belles grandes cymbales dorées et brillantes lorsqu’il les effleurait ou les frappait avec force.

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Photo: Victor Diaz Lamich, FIJM

Les trois grands musiciens ont pris une pause puis sont revenus après l’entracte jouer une autre bonne heure de jazz de qualité. Cette fois ce sont des morceaux des années 30 ou 40, Corea n’en était plus certain, une compo de sa propre plume, et des classiques de Thelonious Monk qu’ils se sont amusés à déconstruire et reconstruire, heureux comme des gamins. Brian Blade a carrément explosé de rire à un moment, entraînant ses complices Corea et McBride dans ce moment cocasse. Ces trois gars-là ont tout simplement eu du fun à jouer de la musique ensemble. On dit JOUER de la musique. Ce n’est pas par hasard!

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Photo: Nico Pelletier, RREVERB

CHICK COREA jouait en trio avec CHRISTIAN McBRIDE et BRIAN BLADE à la Maison symphonique le vendredi 1er juillet 2016 dans le cadre du Festival international de Jazz de Montréal.

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Nicolas Pelletier
Fondateur et rédacteur en chef
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Mélomane invétéré et rédacteur agréé, Nicolas pratique la critique en mode olympique: il parle de tout, tout le temps, depuis 1991. Il a publié 4 500 critiques de disques et concerts dont 1100 chez emoragei magazine et 600 sur enMusique.ca, dont il a également été le rédacteur en chef de 2009 à 2014. Nicolas a publié "Les perles rares et les grands crus de la musique" en janvier 2013, un ouvrage de 1250 pages en deux tomes.