Mon Osheaga 2015 a débuté samedi. Vendredi, j’étais encore en vacances avec ma petite famille. Sur le chemin du retour du sud des États-Unis, après deux semaines passées à relaxer dans les magnifiques Smokey Mountains. L’accent des gens du Sud, fort prononcé en milieu rural, est dépaysant. Pendant que je franchis les 1800 kms qui me ramènent vers Montréal, les Shakey Graves, Marina & The Diamonds, Chet Faker, Thurston Moore et Viet Cong jouent sur les scènes d’Osheaga.

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OSHEAGA a 10 ans… ces filles peut-être le double (photo Nico Pelletier)

Samedi matin, donc, un peu fatigué par ces 16 heures de voiture en 2 jours, je prends ça relaxe. Défaire les valises, quelques lessives, couper le gazon, hallucinament long. Vers 14 heures, je pars, même si ça signifie le sacrifice des Rural Alberta Advantage, Bernhari et Seoul que j’ai tous déjà vus sur scène, certains plus d’une fois. Arriver à temps pour St. Vincent à 15 h 40 fera mon affaire. Je pense in extremis à me mettre de la crème solaire (mauvais souvenir de la F1…), et j’avale une Advil, sentant le mal de tête se pointer.

J’embarque dans le métro qui ne fait qu’une seule station avant de s’arrêter pendant 20 minutes, victime d’une « panne d’équipement ». Plusieurs passagers, visiblement des festivaliers vu leur allure et leur bracelet du festival, décident de sauter dans un taxi. Je patiente. Deux hommes – un itinérant et un vacancier dans la cinquantaine s’engueulent solide. La tension monte. Vont-ils se battre? Mon samedi de festival au soleil prend une bizarre de tournure. L’itinérant s’en va… pour s’en prendre à un autre homme qui lui recommande de se la fermer avant qu’il lui en colle une. Il le dit avec un beau sourire, mais avec la ferme intention de passer aux actes si l’itinérant ne se calme pas le pompon. Ce dernier revient dans le wagon, toujours immobilisé, et reprend son engueulade avec le vacancier. Bon…

Le métro finit par repartir. Plus les stations avancent plus les festivaliers s’accumulent dans le métro. Ils sont TOUS anglophones. Je n’entends pas un mot de français hormis chez quelques personnes qui ne s’en vont pas à Osheaga (petites familles, etc.), très minoritaires sur la ligne jaune qui mène à l’unique arrêt sur l’île Ste-Hélène. Certaines filles ont des fleurs dans les cheveux, d’autres de jolis dessins sur la peau. Les camisoles en broderies sont « in ». Les gars crient dès leur arrivée sur l’île. Le party va commencer! Mon sourire est revenu.

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La foule arrive sur le site. Moi aussi (photo Nico Pelletier)

Dès mon arrivée, je sens une douleur au doigt… J’ai une écharde au bout de l’index droit! Celui qui pèse sur le bouton de l’appareil photo… Je passe deux semaines dans la forêt sans incident, et voilà qu’en cinq minutes EN VILLE, j’attrape une écharde. Caro me passe son canif et je règle ça… Le set up changé, il ne reste plus de programmes pour les médias (on avait une badge l’an passé, fort pratique), on me conseille l’app, que je n’ai pas downloadée… Câline… Je finis par trouver que les punk rockers The OBMGs jouent aux Arbres, j’y cours!

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THE OBMGs (photo Pierre Bourgault)

Et les gars f***in’ rockent! En plein ce dont j’avais besoin pour me sentir bien DANS le festival! Des décibels dans la gueule (maintenant! comme dirait ma consœur Nadine). Ma crème solaire coule dans mon oeil et ça brûle, mais c’est pas grave. Pas question que ne bouge de là! Ça saute partout sur et devant la scène, les gars des OBMGs s’y mettent et plongent dans le mushpit, rock’n’f**’n’roll!

Après avoir retrouvé les copains dans la zone VIP (ou personne ne connait personne), et un berf débat sur l’utilisation des écrans verticaux qu’on trouve tous super sauf Nadine, on s’en va vite vers la grande scène. St. Vincent y faisait un solo de la mort! Quelle musicienne, quelle guitariste, quelle femme! Annie Clark a tout une présence sur scène et a vraiment un immense talent. Son solo de guitare était tout simplement spectaculaire, et exécuté les doigts dans le nez de surcroît! J’aime! L’élégante rockeuse a livré un autre de ses concerts magnifiques. Ravis d’y être!

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ST. VINCENT (photos Pat Beaudry)

Lion Babe était fort sexy, mais moins intéressante musicalement parlant. La fille bouge bien (ouf, très bien), mais autrement c’était plutôt ordinaire, malheureusement. Comme je disais à Caro avant de traverser tout le site pour aller voir cette miss à grande crinière, ça sera soit génial ou ordinaire. Bien que le groove y était, la magie, pour moi en tous cas, n’a pas opéré, autrement que pour le charisme de la dame. Mais ho, on parle de musique ici, pas de jolies femmes.

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LION BABE (photo Pierre Bourgault)

Je suis revenu à temps pour attraper quelques Smirnoff Ice dans la section VIP et de l’eau – essentiel quand tu sais boire – et me placer bien en avant dans la section média, TOUT en avant de la scène devant les quelque 15,000 personnes massées devant la scène. Milky Chance achevait son show devant les fans en délire. C’est un des avantages de travailler fort toute l’année (et dans mon cas depuis 25 ans), à parler, à faire écouter, à promouvoir la musique de qualité : tu peux voir les concerts en avant.

La formule de ce band m’apparaît s’épuiser, comme le chanteur Clemens Rehbein qui a l’air un peu fatigué. Pour moi, l’heure de gloire de ces deux Allemands, que j’apprécie pourtant, achève.

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MILKY CHANCE (photo Pat Beaudry)

« Allez Benoîîît!! » a crié un gars avec une casquette des Whalers de Hartford quand Ben Harper est arrivé sur scène. Allait-on entendre le Ben rock ou le Ben folk? Dans un grand festival extérieur comme Osheaga, c’est tentant pour les musiciens de jouer des « crowd pleasers ». Mais Ben est arrivé seul sur scène, avec son sourire et son chapeau de feutre et a joué de la slide guitar. Très beau moment de réel musicianship, ce qui manque parfois cruellement dans ces grands rassemblements. Ça commence vraiment bien.

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BEN HARPER (photo Pat Beaudry)

L’espace « média / VIP » en avant de la scène est un drôle d’endroit. Oui, on est super bien placés pour écouter un concert, apprécier le savoir-faire des musiciens. Pour ça, rien à y redire. Mais lorsqu’on regarde autour de soi, il y a plein de monde bien différent :
• une fille début vingtaine en kit moulant avec des chats,
• un gars avec un chapeau de plage qui connaît visiblement l’art de Ben Harper,
• un autre avec un chapeau de paille… brandé Banque TD,
• une pitoune de 45 ans trop maquillée qui prend des selfies avec un beau sourire, en faisant attention de bien cadrer Harper, vingt pieds plus loin, en train de chanter.
• un homme dans la soixantaine avec une chemise remplie de pommes surtout vertes, mais avec quelques rouges, à côté d’un autre avec une chemise noir et blanc, fleurie.
• une jolie brune avec un magnifique sourire (et des dents impeccables),
• un bambin de 4 ans sur les épaules de son papa, portant bien sûr un casque antibruit.
• un gars qui a l’air d’une vedette, mais donc je n’ai aucune idée qui c’est, avec un coat de jeans… et des jeans. Il fait 30 dehors man, ton look ne vaut jamais ton confort. Sa blonde est allée lui chercher des bières. Hot de même.

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Chemises VIP (photo Nico Pelletier)

Parlons-en de Ben. Ce concert voulait réunir son (excellent) band original, les Innocent Criminals, qu’on n’a plus revus après 2008. Si mon souvenir était plus que merveilleux de leurs performances au milieu des années 90, j’ai trouvé le bassiste Juan Nelson, le batteur Oliver Charles, le percussionniste Leon Mobley, le claviériste Jason Yates et le guitariste Michael Ward plutôt, comment dire, mous. Peu enthousiastes. Ça a pris un solo de basse de Nelson pour qu’ils enchaînent ensuite sur Motherless Child et fassent finalement décoller le show (un peu).

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BEN HARPER & THE INNOCENT CRIMINALS (photo Nico Pelletier)

Harper a jammé un peu plus fort sur Ground On Down… mais ça faisait déjà 25 mins que le show était commencé, mon Benoît. Quand on parle d’un effort de 60 minutes… Eh bien, il faut que tes meilleurs joueurs se présentent à la game, et donnent leur 110%… Harper aurait passé un mauvais quart d’heure à l’Antichambre… Mais bon, on a eu droit à de vieilles chansons comme Burn One Down et ça a senti le joint dans l’espace média comme dans la foule.

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INTERPOL (photo Pat Beaudry)

Comme le show ne m’allume pas plus que ça, je déménage vers l’autre scène mitoyenne tout de suite pour bien me positionner. Je passe backstage pour me retrouver devant où jouera Interpol, mais, à ma grande consternation, on ne me laisse pas entrer dans l’espace identique de l’autre côté. C’est donc avec le peuple (je blague ici, ça ne me dérange pas du tout, au contraire!!) que j’écouterai les New-yorkais. Et s’ils font un concert ordinaire, j’irai me chercher à manger… Il tombe quelques gouttes de pluie, mais rien d’inquiétant.

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oh-ho… Le ciel devient menaçant, alors qu’INTERPOL joue (photo Nico Pelletier)

Interpol n’avait pas l’air plus motivé que ça. Il s’est mis à pleuvoir pas mal plus fort. J’avais faim. Direction hot dog japonais. Et là. LÀ LÀ, il a plu. Une averse à te décourager la vie. Mais moi, j’avais retrouvé Simon et Cynthia et on a attendu dans l’interminable file d’attente nos hot dogs japonais (que l’astucieuse Cynthia avait déjà), en jasant de stratégies de médias sociaux. Interpol a eu le temps de finir. La pluie aussi. Cynthia est partie de son bord, Simon et moi avons été rejoints par Caro et Nadine, et sans cette dernière occupée à pas-jaser-avec-Herbie-Moreau dans l’espace VIP, on s’est massés devant la scène de la rivière pour se laisser bercer par la magie de Patrick Watson.

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PATRICK WATSON (photo: Nico Pelletier)

Il n’était pas venu seul l’ami Patrick! En plus de son band habituel (Robbie Kuster, Mishka Stein, Joe Grass), se sont joints François Lafontaine, les choristes Lisa Iwanycki Moore et Marie-Pierre Arthur, le choeur Les Voies Ferrées, six cuivres et autant de cordes! Près d’une trentaine de musiciens pour un concert unique, dans lequel tous étaient vraiment investis (ah, que ça paraît quand des musiciens ont pas envie de jouer!). Patrick Watson a viré son tour de chant en tour de magie. Grandiose et inspirant!

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PATRICK WATSON chantant devant une caméra GoPro (photo Nico Pelletier)

Moment cocasse lors du concert de Watson… celui-ci se met à chanter doucement très près d’un micro où est accroché une petite caméra GoPro. Celle-ci diffuse son image en méga gros plan sur les écrans géants! Plus intime que ça…

Il y a toujours un moment dans Osheaga où tu te dis, bah, allons voir ailleurs. Au lieu de voir Weezer avec la foule, on a décidé d’aller essayer les bands qui jouaient sur les « petites » scènes dans le coin vallée, arbres et verte. L’artiste pop Kygo avec sa pop mince s’est payée des feux d’artifices, et on a vite retraité vers la petite scène des Arbres où jouait Nothing, un band hard rock capable de monter le son, où on a retrouvé Eric. On devait être 20 quand le band a commencé à jouer… Même le ballon de plage n’a pas rebondi. Il s’est écrasé entre Eric et moi. Personne n’a bronché et il est resté dans la bouette. Ça voulait tout dire. Nothing a quand même jeté la sauce sans réserve, les guitares grichaient à force d’être tellement fortes, enterrant le chanteur, ce qui est une bonne chose puisqu’il faussait beaucoup. Eric est parti après une toune (mais en fait, il est allé s’asseoir sur une chaise transat plus loin derrière). Simon et moi après la deuxième. J’aime les murs de son avec des guitares qui arrachent les oreilles, mais un chanteur qui fausse, c’est intolérable.

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NOTHING (photo Pierre Bourgault)

Avant Caribou, on a bougé des hanches au son de la pop-80 d’Ariane Moffatt, toujours aussi enthousiaste et rayonnante. Incroyable comme ses nouvelles chansons sonnent comme celles des artistes d’il y a 30 ans. La basse bondissante, les synthés synthétiques… Ariane nous a même servi une chanson très rarement reprise: In the Air Tonight, de Phil Collins. La foule a beaucoup apprécié, même si j’ai entendu des “I don’t understand a word she’s saying”. Ce n’était pas dû à la sono ni à la prononciation de la chanteuse, mais au gars unilingue anglophone qui s’est retrouvé là.

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ARIANE MOFFATT (photo Tim Snow)

C’est dire comme Osheaga n’est plus un festival alternatif comme il l’a déjà été. Avec son public de jeunes de 18-20 ans, tous très beaux et belles, minces et musclés comme dans les magazines, on est dans le m’as-tu-vu pas à peu près. Les selfies règnent.

On passe quand même du bon temps à Osheaga… Qu’il fasse beau ou qu’il pleuve, l’ambiance est sympa. C’est comme un grand camp de vacances où les jeunes se courent après, pendant que les parents ne regardent pas. Un p’tit joint, un p’tit rapprochement, un p’tit show, pour certains, ça semble presque accessoire. Mais c’est un tout… Être là garantit presque d’y voir quelque chose se passer.

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Bel endroit pour un rendez-vous romantique… (photo Nico Pelletier)

Les textos pleuvent entre les copains. On tente de se retrouver pour la finale. Caro pense nous rejoindre au show d’Ariane, mais Simon et moi attendons déjà Caribou. Nadine s’en vient, mais ira voir le quatuor dans le box VIP. C’est pas grave, on se reverra demain.

À quelques pas (infranchissables vu la densité de la foule), une exquise brunette danse au son de Caribou, s’abandonnant à leur musique assez enlevante et entraînante. Mais son copain l’ignore et ne regarde que le groupe, pourtant pas mal moins sexy. Le spectacle est ailleurs, pour qui sait regarder 😉

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CARIBOU (photo Pierre Bourgault)

Le retour est toujours un peu un moment stressant. Non pas parce que potentiellement dangereux, parce qu’à part un sac à dos d’Ontarien saoul et peu courtois dans le visage, il n’y a vraiment rien à craindre. Le problème, c’est l’engorgement dans l’unique sortie: la bouche de métro! Imaginez 45,000 jeunes qui ont fini leur soirée (celle à Osheaga du moins…) et qui veulent retourner sur l’île de Montréal. Ça fait un méchant tapon immobile, qui sent la sueur et l’agitation, alors qu’on a tous une journée de plusieurs heures de concerts dans le corps, restés debout pour 6 à 10 heures de suite.

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Les feux d’artifice, derrière le concert de Caribou (photo Tim Snow)

Avec mes 16 heures de voiture dans le corps de ma fin de vacances, j’ai décidé de couper ça court dans le concert de Caribou, très joli avec les feux d’artifice en arrière-plan, ceci dit, mais assez redondant avec ses motifs roulés en boucle trop longtemps.

Et quand la foule d’Osheaga retrouve celle des « gens normaux » dans le métro, le contraste est encore plus saisissant. Tous ces jeunes, beaux et festifs, joyeux, mais repus, confrontés aux rares travailleurs du soir, blasés et gris, le casque d’écoute solidement enfoncé sur la tête, les yeux hagards dans le vide ou sur leur fil Facebook.

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Les jeunes rentrent en métro (photo Nico Pelletier)

Plusieurs petites familles reviennent des feux d’artifice, où, parait-il, on rendait hommage à Madonna, ce qui a beaucoup épaté un homme à casquette et la chauffeuse de l’autobus qui me ramènera chez moi. Il continue à lui parler d’encodage et de filage « normal je suis technicien ». La chauffeuse est larguée et commence à se demander s’il va un jour s’arrêter de parler.

Pour ma part, le repos est le seul objectif, après avoir mis en ligne cet article, bien sûr. Parce que c’est ce qu’on fait, nous les médias, on rapporte ce qu’on a vu à Osheaga.

Ça continue demain.

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About The Author

Nicolas Pelletier

Mélomane invétéré et rédacteur agréé, Nicolas pratique la critique en mode olympique: il parle de tout, tout le temps, depuis 1991. Il a publié 6 000 critiques de disques et concerts dont 1100 chez emoragei magazine et 600 sur enMusique.ca, dont il a également été le rédacteur-en-chef de 2009 à 2014. Il publie “Les perles rares et grands crus de la musique” en 2013, et devient stratège numérique des radios de Bell Média en 2015, participant au lancement de la marque iHeartRadio au Canada en 2016.