Le contexte était parfait. Un des derniers beaux samedis de l’été. Une soirée confortable, ni très chaude ni très fraiche, bien que la scène ait été installée sur les quais du Vieux-Port, endroit habituellement plus venteux. Derrière la scène, la ville illuminée, soulignant les joyaux architecturaux de Montréal : le Marché Bonsecours, la Tour de l’Horloge, quelques vieux édifices bien mis en valeur… La Place Jacques-Cartier grouille gentiment de touristes et de locaux qui savourent (peut-être une dernière fois?) les terrasses… Puis, cette belle foule très relax, venue communier la beauté au son des magnifiques envolées musicales du quatuor islandais Sigur Rós. J’espère que vous y étiez.

Sigur Rós a livré le concert parfait. À condition d’être capable de tenir plus de deux heures debout pour écouter une musique qui ne se danse pas. Il y avait bien quelques projections et décorations visuelles, mais honnêtement, beaucoup plus d’images (et de bien plus belles dans mon cas) étaient visibles en fermant les yeux et en se laissant porter par leur doux rock transcendant. Le public était tellement envouté que de retomber sur Terre pour applaudir la fin d’une pièce risquait presque de déranger l’ambiance.

 

Si les quatre Islandais donnent l’impression de jouer la carte de la simplicité sur disque, leur prestation scénique démontre toute l’extravagance de leurs explorations sonores et met en lumière le brillant travail de composition et de maîtrise instrumentale. Sigur Rós ne fait pas qu’utiliser les xylophones, pianos et effets de guitares spectaculaires (comme le fameux archet de violon sur guitare à effet – presque constant), non! Leurs morceaux ont visiblement été composés en prenant pour base de ces instruments et en utilisant leurs possibilités nouvelles, dans un cadre rock. Beaucoup plus que de simples arrangements originaux.

Un exemple. Jamais de mémoire de mélomane, n’avais-je vu une performance de piano à quatre mains, en dehors du contexte classique, bien sûr. Et pourtant, en voyant Jón Þór “Jónsi” Birgisson (principal chanteur et guitariste) et Kjartan “Kjarri” Sveinsson (claviériste) performer côte à côte, on sent qu’ils ont dû passer d’innombrables heures dans cette proximité musicale sur le même instrument avant d’accoucher de sa forme définitive. On pourrait parler des xylos, des flûtes, de l’archet (encore lui) sur la basse, et j’en passe.

Sigur Rós – peut-être encore plus dans ce cadre idyllique qu’était le Quai Édouard samedi soir – se permet d’aller allumer de magnifiques émotions au fond de chacun, pour peu qu’on s’y laisse emporter. Les aimants à émotions n’ont qu’à bien se tenir : c’est un vol plané au cœur de leurs sentiments que nous proposent ces brillants musiciens islandais.

Quelle magnifique soirée.

SIGUR RÓS, en concert au Quai Édouard, Vieux-Port de Montréal, le 20 septembre 2008

Texte initiallement paru sur emoragei magazine, le 21 septembre 2008

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Nicolas Pelletier

Mélomane invétéré et rédacteur agréé, Nicolas pratique la critique en mode olympique: il parle de tout, tout le temps, depuis 1991. Il a publié 6 000 critiques de disques et concerts dont 1100 chez emoragei magazine et 600 sur enMusique.ca, dont il a également été le rédacteur-en-chef de 2009 à 2014. Il publie “Les perles rares et grands crus de la musique” en 2013, et devient stratège numérique des radios de Bell Média en 2015, participant au lancement de la marque iHeartRadio au Canada en 2016.