Quelle banque de hits ambulants, ce Steve Miller! Le guitariste américain, ancienne gloire des années 70 débute son concert au Festival de Jazz en ce vendredi 26 juin avec des bombes que la plupart des artistes garderaient pour leur rappel: Jungle Love, Take the Money and Run et le plus « récent » de ses tubes, Abracadabra. S’en suit Space Cowboy, moins connue, mais quand même, un hit mineur qui lui valut son surnom, puis True Fine Love.

Mais bon dieu qu’un show avec un musicien de la trempe de Steve Miller, encore bien capable de faire danser, devrait être prévu dans une salle qui permet de bouger un peu! La salle Wilfrid-Pelletier est une belle grande salle à l’acoustique magnifique, mais elle étouffe toute envie de bouger. Quelques fans (féminines) ne s’empêchent pas, et dansent dans l’allée, ou carrément à leur siège, quitte à bloquer la vue du passif monsieur assis derrière elle. Le concert de Steve Miller aurait pu décoller davantage au Métropolis.

Célébrant le 40e anniversaire de l’album « The Joker » un peu en retard (il est paru en 1973…), Miller nous a remercié de l’avoir rendu l’album #1 aux États-Unis alors que sa carrière ne s’en allait nulle part, ayant lancé le dernier disque de son contrat. De cet album, il nous a servi Sugar Baby, un rock assez standard, puis un rock funk Shu Ba Da Du Ma Ma Ma Ma, inspiré par Santana et sa section rythmique. Ces deux morceaux étaient de typiques airs de Steve Miller, reconnaissable avec ce son Fender bien tranchant et sa voix matte. Il a fallu qu’il troque sa fidèle guitare pour une acoustique et un harmonica pour nous servir un boogie-woogie vraiment différent de ses hits archiconnus.

Miller, maintenant âgé de 71 ans (et qui en fait 20 de moins!), a vraiment changé l’ambiance de la soirée lorsqu’il s’est retrouvé seul avec le public avec sa seule guitare acoustique: Jet Airline est devenue méconnaissable, Wild Mountain Honey, dédiée à un ami disparu, puis The Gangster of Love après qu’il nous eut expliqué comment il avait débuté dans la musique, à l’âge de 12 ans, avec son grand frère et son pote Boz Scaggs!

Le groupe rejoint le sympathique et volubile musicien et se donne un petit swing country avec un autre hit: Dance, Dance, Dance. Steve Miller n’est pas un virtuose de la guitare, mais il en joue très bien: chacune des notes qu’il joue est juste, bien exécutée et chaque phrasé tellement fluide que c’en est académique. C’est comme ça que ça devrait être fait pour « sonner comme on s’attend que ça sonne ».

D’autres méga hits ont suivi: l’inévitable Joker, Fly Like an Eagle, devenue un long jam, puis sa Serenade, Nobody Loves You, Rock’n Me.… Il les a toutes jouées, sans avoir l’air blasé ni sonner vieillot.

Steve Miller est le type qui a eu du succès (beaucoup de succès!) en écrivant les chansons les plus simples et les plus efficaces qui soient. Chaque moment est bien composé, avec des paroles qui vont droit au but, quitte à paraître simples. La langue anglaise permet ce genre de rock efficace. Il a fallu que quelqu’un écrive toutes ces chansons célèbres et ces airs mémorables, et c’est tombé sur Steve Miller qui s’en est chargé, entre 1973 et 1978.

Un concert prévisible, certes, mais joué avec entrain et passion par un musicien habile et fort sympathique. Il aura fait plaisir à ses nombreux fans, la plupart grisonnants, et aux amateurs de rock de qualité.

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Nicolas Pelletier

Mélomane invétéré et rédacteur agréé, Nicolas pratique la critique en mode olympique: il parle de tout, tout le temps, depuis 1991. Il a publié 6 000 critiques de disques et concerts dont 1100 chez emoragei magazine et 600 sur enMusique.ca, dont il a également été le rédacteur-en-chef de 2009 à 2014. Il publie “Les perles rares et grands crus de la musique” en 2013, et devient stratège numérique des radios de Bell Média en 2015, participant au lancement de la marque iHeartRadio au Canada en 2016.