Cet article est le troisième d’une série de quatre sur les albums rock du milieu des années 60 de Bob Dylan. Cliquez ici pour lire la deuxième partie.

À la recherche d’un groupe pour une série de spectacles aux États-Unis à l’automne 1965 et une éreintante tournée mondiale prévue de février à mai 1966, Bob Dylan a engagé un groupe de rhythm and blues inconnu qui se faisait appeler Levon and The Hawks. Il entrera en studio avec ces musiciens les 5 octobre, 30 novembre et 25 janvier. Levon Helm ne participera qu’à la première session, lui qui a quitté le groupe après quelques spectacles qui ne lui plaisaient pas. Dylan n’étant pas satisfait du résultat de ces sessions, il s’est déplacé vers Nashville avec son réalisateur Bob Johnston pour enregistrer ce qui allait devenir un des premiers albums doubles de l’histoire du rock : « Blonde on Blonde ».

Paru en mai 66, ce chef-d’œuvre est le disque le plus musicalement abouti de Dylan, avec des influences de blues, de folk, de country et de rock qui forment un tout homogène. À Nashville, il s’est entouré des meilleurs musiciens de studio, dont le batteur Kenny Buttrey et les guitaristes et bassistes Charlie McCoy et Joe South, en plus d’amener de New York l’organiste Al Kooper et le guitariste des Hawks, un certain Robbie Robertson. Entre deux spectacles, deux séries de sessions d’enregistrement (du 14 au 17 février et du 8 au 10 mars) ont suffi à boucler les 14 chansons et 73 minutes de cet album double.

bob dylan Barry Feinstein

Bob Dylan en Angleterre, photographié par Barry Feinstein

Le disque s’ouvre avec Rainy Day Woman #12 & 35, menée par un rythme constant et un apport important des cuivres et de l’harmonica. Le message subversif de la pièce revient périodiquement au refrain : « Everybody must get stoned ». Ce morceau a atteint la deuxième position du Billboard : surprenant que la chanson n’ait pas été censurée! Pledging My Time est un blues qui aurait pu venir de Chicago, avec les excellents motifs de Robertson et l’harmonica lancinant de Dylan. On enchaîne ensuite avec Visions Of Johanna, une des plus grandes réussites de Bob Dylan. L’ambiance musicale de la chanson, avec l’orgue planante, sert très bien les paroles imagées et souvent mystérieuses : « Inside the museums, infinity goes up on trial. Voices echo this is what salvation must be like after a while. But Mona Lisa musta had the highway blues, You can tell by the way she smiles ».

La chanson de rupture résignée One of Us Must Know (Sooner or Later) est la seule pièce du disque qui n’a pas été enregistrée à Nashville, étant bouclée à la session du 25 janvier. L’entraînante I Want You est assurément une des chansons les plus accrocheuses de tout le répertoire de Dylan. L’excellente Stuck Inside of Mobile with the Memphis Blues Again est musicalement superbe, alors que le texte est très métaphorique. Aux guitares perçantes, Leopard Skin Pill-Box Hat est une brillante satire du matérialisme : « You might think he loves you for your money, But I know what he really loves you for. It’s your brand new leopard-skin pill-box hat ». Explorant la vulnérabilité d’une femme (peut-être encore à propos d’Edie Sedgwick?), Just Like A Woman est une chanson magnifiquement bien construite aux paroles intelligentes : « She makes love just like a woman, yes, she does. And she aches just like a woman, but she breaks just like a little girl ».

Voici I Want You,  tiré d’un extrait de l’excellent film I’m Not There.

Most Likely You Go Your Way (And I’ll Go Mine) a un entraînant rythme de marche, alors que Temporary Like Achilles est plus lente et dominée par le piano. Avec un superbe motif à la guitare classique, 4th Time Around est une riposte à Norwegian Wood, des Beatles. Ce n’est un secret pour personne que John Lennon était un grand admirateur de Dylan, et cette pièce de « Rubber Soul » a utilisé une poésie similaire à celle de son maître. Dylan lui répond en élevant le niveau et termine avec un avertissement à Lennon :  « I never asked for your crutch. Now don’t ask for mine ». La légende veut que Lennon n’a jamais aimé cette chanson… L’album double se termine finalement avec l’épique Sad-Eyed Lady Of The Lowlands, écrite probablement pour sa femme, Sara Lownds. D’une durée de plus de 11 minutes, cette belle chanson d’amour conclut très bien ce chef-d’œuvre.

Les choses ont bougé très vite pour Bob Dylan en 1965 et pendant la première moitié de 1966 : trois excellents albums, le film Dont Look Back, la prestation controversée à Newport, un mariage, l’embauche des Hawks et une intense tournée mondiale. Pour passer à travers de tous ces engagements, Dylan a carburé aux amphétamines et poussé son corps et son esprit à la limite. Traité de Judas durant un spectacle en Angleterre, Dylan était épuisé au retour de sa tournée, mais devait reprendre la route quelques mois plus tard. Jusqu’à ce qu’un accident de moto change tout…

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Bob_Dylan_-_Blonde_on_Blonde

BOB DYLAN
Blonde On Blonde
(Columbia, 1966)

-Genre : folk-rock
-Dans le même genre que The Beatles, The Rolling Stones, Van Morrison

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BOB DYLAN voit double
originalité100%
authenticité90%
accessibilité85%
direction artistique100%
qualité musicale100%
textes100%
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Benoit Bergeron
Blogueur - RREVERB
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d’heures d’écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.