À chaque génération sa gang de musiciens vachement sympathiques, qui ne se prennent pas pour des autres et qui font une musique hyper riche, loin des objectifs commerciaux. Il y a eu Harmonium, Morse Code, Thomas Jensen et les Faux Monnayeurs, Caniche Hara-kiri… Chacun avait son angle, sa particularité. Voici la gang de Caltâr-Bateau.

Il y a une bonne dose d’humour et de surréalisme dans l’art du Caltâr. Les textes d’Alexandre Beauregard sont vraiment imagés. Sur la pièce titre de leur deuxième album, La bavure des possessions, on tombe sur des perles comme : « Les images de notre époque ne seront que des autoportraits / Des samouraïs entêtés entourés de têtes coupées / Petit rectangle intelligent / Guillotine de notre temps ». Pensez-y deux minutes, ce n’est pas si fou que ça.

Dans sa façon de livrer certains couples, Beauregard sonne vraiment comme Jean Leloup. Son influence se sent dans le débit, mais aussi dans l’imaginaire débridé.

 

Faut-il obligatoirement être un étudiant de Cégep qui grille ses cours au café étudiant pour apprécier le délire de Caltâr-Bateau? C’est sûr que ça aide d’être dans un état d’esprit ouvert au délire pour apprécier ce band. « Hey Lumière, qu’est-ce tu fais à soir? Viens me rejoindre sur mon divan, on va écouter du reggae, et on va fumer, heeey! / Aveugle-moi en me disant, que le bonheur est un chat blanc / Difficile à pogner, mais facile à tâcher, heeey ».

Mais pas que. Visiblement, ces sept musiciens ont une formation instrumentale assez poussée pour penser à créer une musique aussi riche autant au niveau de la composition que des arrangements. Big Nose Nag est un afro funk jazz syncopé dans l’tapis qui n’est pas donné à tout le monde de faire. D’autres morceaux, comme Personne ne le sait pas, sont plus proches de ce que font Yeasayer, avec un fort effet de bande, et un refrain entraînant.

Ce que j’aime particulièrement de “La bavure des possessions” est la richesse des arrangements. Pour le fun, ou parce que c’est ce que ces musiciens entendent, une clarinette apparait que pour quelques notes à la toute fin d’une chanson. Un autre morceau est constitué surtout du contraste guitare électrique et violons, avec quelques notes de piano. Un passage instrumental (Für Elizabeth) s’accroche à la fin d’un morceau alors qu’on croyait qu’il se terminait, tout en douceur… puis vire en sombre délire un peu plus grinçant, comme si le Pink Floyd époque Pompéi était venu hanter les doigts de ces sept musiciens.

calthar bateau photo 2015

Finalement, soulignons la présence vocale d’Alex Guimond qui sonne parfois un peu comme Marie-Pierre Arthur, et quelques invités comme Antoine Gratton, Benoît Paradis et Jesse Mac Cormack. Elle amène une belle dimension au délire collectif. L’album a été réalisé par Jean-Bruno Pinard (qui a également travaillé avec le duo folk montréalais Fire/Works).

Pour toutes ces raisons, je te recommande vivement le nouvel opus de Caltâr-Bateau à toi, le mélomane qui se plaint que tout est formaté et peu inspiré. Si t’es pas allumé par ces dix morceaux, on ne peut plus rien pour toi 😉

caltar bateau album

CALTÂR-BATEAU
Les bavures des possessions
(indépendant, 2015)

-Genre: folk rock élaboré
-Dans le même esprit que Tomas Jensen et les Faux Monneyeurs, Jean Leloup, Frank Zappa

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About The Author

Nicolas Pelletier

Mélomane invétéré et rédacteur agréé, Nicolas pratique la critique en mode olympique: il parle de tout, tout le temps, depuis 1991. Il a publié 6 000 critiques de disques et concerts dont 1100 chez emoragei magazine et 600 sur enMusique.ca, dont il a également été le rédacteur-en-chef de 2009 à 2014. Il publie “Les perles rares et grands crus de la musique” en 2013, et devient stratège numérique des radios de Bell Média en 2015, participant au lancement de la marque iHeartRadio au Canada en 2016.