Peu d’artistes arrivent à exploiter la folie, la belle folie, dans cette zone à cheval entre les ritournelles enfantines et la frénésie cérébrale. On peut nommer Björk, Diane Dufresne à une certaine époque et le Hubert-Félix Thiéfaine des premières années.

Camille a une magnifique voix qui charme sur des chansons mignonnes comme L’Étourderie, mais l’ampleur de son talent et de ses délires se déploie sur des morceaux plus expérimentaux comme elle nous avait fait goûter sur son brillant album concept Le Fil en 2005.

 

On retrouve d’ailleurs son jeu de voix multiples sur la pièce titre, Ilo Veyou. Petit bijou mélodique qui donne la pleine mesure de sa versatile voix, Pleasure est le morceau spécial de l’album, le classique instantané, qui, curieusement, est une variation sur le même thème que la géniale Ta douleur, sur Le Fil. On se rappelle que ce long-jeu avait mis la chanteuse parisienne de 33 ans sur la carte

Ici, c’est le mantra Allez, allez, allez qui fait sourire et le chant a capella Aujourd’hui livré avec une fébrilité qui ne se feint pas. Probablement la meilleure chanson de nouvelle maman venant de donner vie qu’il ait été donné d’entendre.

Émouvant, authentique et tellement brut, tellement naturel qu’il semble expérimental. Tellement proche des émotions, en fait, que c’en est troublant. Camille utilise souvent la répétition pour creuser dans sa tête, pour fouiller le fond de son âme. Sur She Was (parce qu’il y a quelques chansons en anglais, livrées sans accent), ses “go” tannent à première vue, mais à l’écoute attentive, on se sent pénétrer bien au creux de son affliction. Pourtant, elle n’a pas à hurler, mais le résultat rappelle le Mother de Lennon. Vif, douloureux, entier.

 

Sur son 5e opus en carrière, celle qui a été choriste chez Jean-Louis Murat, Magic Malik et chanteuse principale chez Nouvelle Vague essaye de nouveaux genres. On a un jazz sympa sur Mars is no fun, une ode celtique sur Le Berger, une délicate et habile performance vocale à la Bobby McFerrin sur Bubble Lady et, encore plus typé, un pastiche d’Édith Piaf sur La France, qu’on croirait avoir été enregistré il y a cinquante ans! Un bel exercice de styles d’une des plus intéressantes artistes francophones.

Quelques-uns des meilleurs délires de Camille ont été regroupés dans cette playlist.

 

Camille Ilo Veyou

CAMILLE
Ilo veyou
(Virgin EMI, 2011)

Genre.: chanson expérimentale
Dans le même délire que Marie-Jo Thério, Hubert Félix Thiéfaine, Björk et Jorane

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Nicolas Pelletier

Mélomane invétéré et rédacteur agréé, Nicolas pratique la critique en mode olympique: il parle de tout, tout le temps, depuis 1991. Il a publié 6 000 critiques de disques et concerts dont 1100 chez emoragei magazine et 600 sur enMusique.ca, dont il a également été le rédacteur-en-chef de 2009 à 2014. Il publie “Les perles rares et grands crus de la musique” en 2013, et devient stratège numérique des radios de Bell Média en 2015, participant au lancement de la marque iHeartRadio au Canada en 2016.