C’est de moins en moins rare qu’un poète francophone me touche droit au cœur avec ses paroles. Après Philippe B, Stéphane Lafleur (Avec pas d’casque), Salomé Leclerc, Dany Placard et Benoit Pinette (Tire le coyote), voilà que Cédric Vieno, du Nouveau-Brunswick, s’ajoute à cette liste d’auteurs d’élite de la nouvelle génération.

Vieno a une grosse voix forte, dominante, et un accent d’ici incontournable. Il ne fait pas un produit local pour autant. Son propos est universel: les problèmes de cœur (Annie) contre lesquels il propose de s’acheter une van, de crisser son camp, mais aussi les beaux moments pas nécessairement longs, mais intenses (1 Seconde). Vieno a des amours dans le rétroviseur, la tête dans une valise, mais pense encore beaucoup à elle malgré lui. La superbe Toi est un petit bijou, non seulement parce qu’elle montre la faiblesse du cœur lorsqu’il est épris, mais aussi pour ses savoureuses références à de merveilleuses chansons:

Sur ta bouche faite en téflon
Je pose mes lèvres, mais ça colle pas
J’écoute Gainsbourg pis ça me surprend
Ya un album qui a fait sur toi
Ya même Kerouac qui jase de toi
Ça colle pas, mais ça fait rien

J’attends un train qui passera pas
Dans la cour et dans mon cœur
En fait yé d’jà passé une fois
Sur mon corps, et dans mes draps
T’es belle quand tu penses que tu l’es pas
J’en french une autre, mais j’parle à toi
Ça fait rien, ça va passer

Il me reste d’la chaleur sur mes doigts
Et trois cordes sur la Gibson
Ça te fera sourire je crois
Ya même Dylan qui parle de toi
Girl of the North, c’t’écrit pour toi
J’en french une autre…

Et la guitare (Gibson à 3 cordes?) déchire le ciel sous un rythme lent, mais appuyé. Voilà Vieno et ses potes partis pour six bonnes minutes de jam sur ces quelques accords, tels Neil Young et ses Crazy Horse, portant l’accent sur chaque note, faisant vibrer leurs instruments avec un mal à l’âme, un sourire en coin et une dose d’espoir à la fois. Lorsqu’il chante The Collection of Marie Claire, il sonne comme son auteur Daniel Lanois, sans forcer, sans perdre sa personnalité à lui.

« Malheureusement » (notez les guillemets), les clips ci-dessus sont tous en format acoustique et ne permettent pas d’apprécier le jeu souvent électrique de Vieno sur son deuxième album « Maquiller l’âne ». Sur disque, cet aspect amène une toute autre dimension qui le distingue des auteurs auteurs-compositeurs-interprètes québécois, qui le rapproche de Neil Young et Daniel Lanois et l’éloigne des nombreux gars (aussi talentueux) qui émergent sur la scène d’ici depuis quelques années. Ça le rend encore plus unique.

Sur cet album, Vieno est entouré de Pascal Lejeune (basse, harmonica, lapsteel, claviers, percussions, guitare, cigar box, voix et réalisation), Danny Bourgeois (percussions), Christien Belliveau (basse, guitares, pedal steel, banjo), Mico Roy (guitares), Isabelle Thériault (accordéon, voix) et Chloé Breault (voix). Après l’École nationale de la chanson de Granby, le Festival en chanson de Petite-Vallée et le Festival international de la chanson de Granby, Vieno avait lancé un premier album “NorthShore Love Stories” puis tourné dans l’est du Canada.

CÉDRIC VIENO
Maquiller l’âne
(indépendant, 2014)

-Genre: folk électrique
-Dans la même veine que Salomé Leclerc, Avec pas d’casque, Daniel Lanois

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About The Author

Nicolas Pelletier

Mélomane invétéré et rédacteur agréé, Nicolas pratique la critique en mode olympique: il parle de tout, tout le temps, depuis 1991. Il a publié 6 000 critiques de disques et concerts dont 1100 chez emoragei magazine et 600 sur enMusique.ca, dont il a également été le rédacteur-en-chef de 2009 à 2014. Il publie “Les perles rares et grands crus de la musique” en 2013, et devient stratège numérique des radios de Bell Média en 2015, participant au lancement de la marque iHeartRadio au Canada en 2016.