Réunion inattendue que celle du groupe Chocolat. Alors que certaines reformations ont lieu surtout pour l’argent, on sent qu’avec Chocolat, c’est le plaisir qui l’a emporté! Le plaisir d’un groupe d’amis qui se retrouvent et jamment ensemble. « Tss tss » est paru la semaine dernière et nous offre un garage-rock psychédélique à l’état brut, comme on en retrouve peu au Québec.

C’est donc un retour surprenant de la part du groupe qui nous avait offert un EP en 2007 et le très bon « Piano élégant » en 2008. Jimmy Hunt, le chanteur et guitariste du groupe, avait ensuite lancé une carrière solo couronnée de succès, avec son génial deuxième album, « Maladie d’amour », qui a tout récemment remporté deux Félix (Album de l’année – alternatif et Album de l’année – choix de la critique). Il faut croire que Jimmy Hunt avait envie de retourner à l’anonymat d’un groupe et de renouer avec ses camarades. La formation originale est presque intacte, avec le batteur Brian Hinderland, le claviériste Martin Chouinard et le bassiste Ysaël Pépin. Seul Emmanuel Éthier (complice de Jimmy et réalisateur de son dernier disque solo) remplace Dale McDonald aux guitares et aux claviers.

« Tss tss » a été enregistré au mythique studio Victor, mais dans un format plutôt inhabituel pour aujourd’hui : ils ont joué live, placés en ovale dans le studio, et sans séparation entre la voix et les instruments. L’étape du mixage a été sûrement très complexe, mais le résultat est très convaincant. L’album s’ouvre avec la déroutante Burn Out, sur laquelle figurent plusieurs des caractéristiques principales du disque : guitares lourdes, rythmique propulsive, claviers bien présents et voix enfouie dans le mix (elle est même fortement traitée sur cette chanson). L’inquiétante et lubrique Méfiez-vous du Boogaloo nous ramène ensuite dans l’univers du Jimmy Hunt qu’on connaît. Sur la chanson-titre, les synthés dominent, avec un excellent motif à la guitare électrique.

La planante Mèche est une des pièces les plus réussies du disque, menée par la guitare et la voix de Jimmy Hunt. La superbe Interlude poursuit l’ambiance plutôt spatiale et nous guide vers la dernière portion de l’album. Durant plus de cinq minutes chacune, les trois dernières chansons du disque poussent encore plus loin l’approche garage-rock psychédélique, allant vers de grandes envolées flirtant avec le prog-rock. L’excellente Fantôme est délicieusement chaotique, long jam où Jimmy ne fait que sporadiquement répéter le titre de la pièce, alors que Apocalypse a un tempo beaucoup plus agité, mais est encore une pièce quasi instrumentale très dense. Gobekli Tepe débute très sereinement, puis se conclut avec un autre jam.

Derrière ce wall of shit (l’expression est de Jimmy, pour caricaturer le Wall of sound de Phil Spector), les très bonnes compositions de Jimmy Hunt donnent une direction et une efficacité à l’album. Même si ce n’est pas nécessairement l’objectif recherché, on a parfois l’impression que « Tss tss » est une version plus dure et plus sale de « Maladie d’amour ». Mais on ne s’en plaint pas, loin de là! La réalisation d’Emmanuel Éthier est également à souligner : chaque élément est à la bonne place. Les paroles sont parfois difficiles à bien entendre, mais on peut présumer que l’essentiel ici est la musique. Et c’est d’ailleurs avec ce garage-rock psychédélique que cet album de Chocolat s’inscrit de manière distinctive dans la scène musicale québécoise.

choco
CHOCOLAT
Tss tss
(Grosse Boîte, 2014)

-Genre : garage-rock psychédélique
-Dans le même genre que Tame Impala, Unknown Mortal Orchestra, les premiers albums de Pink Floyd

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CHOCOLAT : Du Jimmy Hunt en plus sale
Originalité80%
AUTHENTICITÉ 80%
Accessibilité70%
DIRECTION ARTISTIQUE90%
QUALITÉ MUSICALE85%
textes75%
80%Overall Score
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Benoit Bergeron
Blogueur - RREVERB
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d’heures d’écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.