Christine and the Queens me tient sous son enchantement depuis un bon moment, bien avant la sortie de l’album, “Chaleur humaine”. Mon tout premier contact avec l’univers lyrique androgyne de la chanteuse s’est produit l’an dernier; j’étais tombé, par hasard, sur la féerique pièce Nuit 17 à 52, dans les nouveautés sur iTunes et fut immédiatement et complètement stupéfié par la fraîcheur de cette artiste. Vous dire combien de fois j’ai pu écouter cet habile morceau dans les mois qui suivirent!

On a beau avoir entendu des milliers de fois des artistes nous exprimer le tourbillon du choc amoureux et la lancinante douleur des ruptures; ici et là, nous croisons, de temps à autre et heureusement, de nouvelles voix sachant emprunter l’avenue de l’audace et de l’originalité avec virtuosité pour le faire. Quel texte singulier ici, et sur un fond électro minimaliste, mais, à la fois, tellement efficace! Une production léchée et irréprochable, qui se poursuit sur le premier album de la chanteuse de 26 ans.

En effet, si plusieurs artistes naviguent de manière un peu ressassée et bonbon sur ce renouveau mouvement électro-pop, il est définitivement plutôt question ici d’une créatrice en tout point; des textes hautement recherchés et une approche artistique très élégante. Le contenu est parachevé et «class», on sent que beaucoup d’efforts et de contrôle maniaque (pour notre grand bonheur) sont employés afin de générer tout un microcosme singulier aux alentours de la chanteuse.

La Nantaise, née Héloïse Letissier, avoue vouer un culte depuis l’enfance à Michael Jackson. Son album a ainsi cette marque indélébile et flagrante du style glamour des années 80. Il y a une suavité immense qui émerge de cette musique à la fois mélancolique et éthérée. Mais il n’est pas question pour l’artiste de faire dans le volontairement excentrique ou ténébreux, car c’est à une pop assez accessible que nous avons affaire. Mais du type de très haute qualité et tout en subtilités.

Sur It la jeune artiste ouvertement bisexuelle ne lésine pas et nous montre d’entrée de jeu qui porte le pantalon (je paraphrase, en partie, puisqu’elle affirme elle-même ne porter que ça). L’album s’ouvre ainsi sur un rythme électro très convaincant et ces paroles, dans la langue de Shakespeare; “There’s nothing we can do to make her change her mind, she’s a man now!” Il est à noter que, tout au long du disque, Christine passe du français à l’anglais, selon l’humeur. C’est une reine après tout!

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Elle persiste ainsi avec Saint Claude, l’un des plus imposants titres de l’album à mon sens. Un rythme encore une fois très assidu, mais avec des synthés vaporeux qui accompagnent un refrain, ici encore en anglais. C’est sur un échantillonnage de souffle court que la troisième pièce s’annonce; on est ici sur le titre Christine accompagné d’une basse bien lourde et une ligne de synthés à 100% «made in the 80’s». “Je fais tout mon make-up au mercurochrome”. Et le tourbillon ne s’essouffle jamais du reste de l’album! On croirait entendre la musique de Depeche Mode sur Science fiction. Mais pas question d’émule puisque la voix de Christine lui est propre. Sinon qu’elle nous remémore un peu Camille pour le style de tonalités inédites.

Un autre temps fort de l’album, la chaude pièce Half Ladies qui ne tombe jamais dans la guimauve ni le cliché malgré le propos: “Si je ne veux pas être une grande fille, je serai un petit garçon”. Il y’a plusieurs années, une autre grande dame de la chanson de l’hexagone l’entonnait aussi, sans contrefaçon. Héloïse n’est pas Mylène, et vice-versa, mais je n’ai pas perçue une énergie aussi caractéristique et intense chez une artiste pop depuis au moins aussi longtemps.

Après les onze pièces, on en redemanderait déjà. Pourquoi faire dans l’élitisme, en musique, quand la pop arrive à être aussi maligne, inventive et à la fois accessible! L’album est déjà consacré or en France et on a récemment assisté à la bénédiction de l’artiste aux Victoires. Au Québec en contrepartie, elle est plutôt méconnue. Faites-vous le joyeux plaisir de vous offrir ce savoureux et ardent album, humain plus qu’humain! Mmmm, longue vie et mes hommages à la nouvelle reine!

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CHRISTINE AND THE QUEENS
Chaleur humaine
(Because Music, 2014)

-Genre: Électro-Pop, Alternatif
-Trônant dignement auprès des St. Vincent, Goldfrapp, Imogen Heap

Lien vers l’achat en ligne (iTunes)
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CHRISTINE AND THE QUEENS - Souveraine emprise...
Originalité85%
Authenticité90%
Accessibilité90%
Direction Artistique90%
Qualité Musicale85%
Textes90%
88%Overall Score
Reader Rating: (2 Votes)
85%

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Martin Curadeau
Blogueur - RREVERB

L'écoute d'un disque est un instant privilégié de rencontre avec l'essence même d'un créateur. Maelstrom de sons, myriades d'émotions et petits morceaux d'âmes à l'état brut. Bien que la musique dite émergente (tel le rock indé.) est au centre de ses intérêts, sa curiosité n'a pas de bornes et il ne résiste, pour ainsi dire, à aucun style. Être transporté, chaviré, surpris et envouté par des albums est un rendez-vous quotidien.