Depuis son arrivée dans le paysage musical québécois en 1992, tout le monde voue un immense respect à Daniel Bélanger, à sa grande habileté pour écrire des chansons à la fois accrocheuses musicalement et magnifiques au niveau des textes. Le gars a une intelligence musicale, et beaucoup de coeur. Ça se sent. Il est du calibre des Francis Cabrel, CharlÉlie Couture, capable d’élever le niveau de façon magistrale le temps d’un couplet, d’un arpège ou de quelques vers bien tournés. Dès Sèche tes pleurs ou Sortez-moi de moi, on a su qu’un grand débarquait dans notre univers.

À chaque album de sa carrière, Daniel Bélanger nous amène toujours dans un autre univers, dans une autre facette de sa personnalité, quitte à perdre des fans en cours de route. « L’échec du matériel » est un album où la spiritualité de l’homme est mise en valeur (sur la superbe La fin de l’homme, notamment, magnifique chanson folk par-dessus le marché). Bélanger la confronte à la froideur des entreprises, sur des airs rock entraînants (Fermeture définitive) ou lors de pièces plus expérimentales (l’essai Plus).

 

J’ai réécouté cet album paru en 2007 cette semaine alors que je viens coup sur coup d’assister à une captivante conférence de l’auteur et philosophe Eric-Emmanuel Schmitt, à Montréal pour présenter son dernier récit (qui n’est pas un roman), « La nuit de feu » dans lequel il raconte comment il a reçu la foi, il y a 25 ans, lors d’une expédition dans le désert algérien. Ma conjointe et moi, toujours intéressés par les questions de spiritualité, du sens de la vie et de la beauté avons beaucoup apprécié cette rencontre.

Puis, le surlendemain, nous étions avec nos enfants à l’autre bout du spectre de la philosophie humaine, au cœur de la science et de la métaphysique alors que nous écoutions les astrophysiciens déconstruire notre perception de la vie humaine en exposant plusieurs théories sur ce qu’est le temps dans un exposé où l’art et la science s’unissaient pour nous remettre en question. Fascinant weekend!

daniel belanger echec du materiel

Par hasard et parce que je m’amuse à replonger dans des œuvres que je sens majeures dans ma vaste discothèque (qui compte plus de 25,000 expressions artistiques musicales – couramment appelés « disques » ou « albums ») pour en partager les perles rares et les grands crus dans les pages de ce site, je tombe sur cet album de Daniel Bélanger dont j’avais gardé un bon souvenir.

Et voilà que je réentends des vers de La fin de l’homme d’une tout autre oreille, d’un tout nouvel angle. J’avais compris la première fois, mais je pige aujourd’hui toute la profondeur de la démarche de cet artiste qui n’a jamais joué la carte du star-system, bien qu’il soit l’un des plus grands de sa génération. IL remportera une deuxième fois dans sa carrière le Félix « auteur-compositeur » de l’année, en 2007 alors que « L’échec du matériel » sera élu album francophone de l’année aux JUNO Awards de 2008.

La poésie est là, tout autour,
fragile, fragile, fragile
et puis c’est fini
La beauté dispose
et n’a besoin de personne
Splendeur, grandeur,
hauteur autour de soi
fragile, fragile et solide à la fois
la fin de l’Homme
ne sera pas la fin du Monde

Après cette perle, Manière de parler relance le rythme avec d’autres réflexions sur le corps et l’âme. Plus loin, Fermeture définitive raconte sur un rock plus musclé que la moyenne de ce que fait Daniel Bélanger, la loi implacable des coupures de postes en entreprise. Un thème difficile à rocker, mais complètement réussi par le musicien québécois.

Vers la fin de l’album – le 6e de Bélanger -, l’auteur revient sur l’échec du matériel, parle de ses angoisses existentielles sur des accords folk bien montés. La tragique Je suis mort, morceau plus soul, joué au piano, termine cet album profond, mais pas vraiment gai, avant qu’une chanson plus vive, Sports et loisirs, ne ferme définitivement la marche. « Je n’ai jamais tué personne, que moi-même » chante-t-il avec entrain.

Je termine avec une admirable version de La fin de l’homme par deux grands talents de la scène québécoise actuelle, Ariane Moffatt et Salomé Leclerc.

 

DANIEL BÉLANGER
L’échec du matériel
(Audiogram, 2007)

-Genre : folk intelligent
-Dans le même genre que Francis Cabrel, CharlÉlie Couture, Salomé Leclerc

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Nicolas Pelletier

Mélomane invétéré et rédacteur agréé, Nicolas pratique la critique en mode olympique: il parle de tout, tout le temps, depuis 1991. Il a publié 6 000 critiques de disques et concerts dont 1100 chez emoragei magazine et 600 sur enMusique.ca, dont il a également été le rédacteur-en-chef de 2009 à 2014. Il publie “Les perles rares et grands crus de la musique” en 2013, et devient stratège numérique des radios de Bell Média en 2015, participant au lancement de la marque iHeartRadio au Canada en 2016.