Le québécois d’adoption Daran (ex-Daran et les chaises) fait paraître cette semaine son huitième album, « Le monde perdu ». Il abandonne momentanément le rock sur ce disque et se fait plaisir. Depuis 15 ans, il voulait produire un disque complètement folk, avec seulement sa voix, sa guitare et son harmonica. Voilà qui est maintenant chose faite, et le résultat est loin d’être déplaisant.

Cet opus a été enregistré dans son studio du Mile-End, et Pierre-Yves Lebert a écrit les paroles, sauf Le monde perdu, par Christophe Miossec, et L’exil, par Moran. « Le monde perdu » débute avec la très belle Gens du voyage. Un joli arpège à la guitare acoustique domine la pièce, avec la voix éraillée de Daran qui livre un texte sur les personnes sans domicile fixe, forcées à la sédentarité. Âgé de 55 ans, Daran a une voix qui vieillit très bien, toujours capable de puissance comme de sensibilité. Daran est justement très vulnérable dans le refrain de la magnifique Une sorte d’église : « Je veux te respirer, te vivre et vivre en toi, et croire qu’avant nous tout ça n’existait pas ». Sa voix fait aussi penser à l’occasion à Bertrand Cantat, comme sur Valentine’dead.

Le natif de Turin sort son harmonica et en tire de belles envolées folk, notamment sur les superbes Gentil et Mieux qu’en face. Sur la chanson-titre, il branche sa guitare électrique pour la seule fois de l’album et chante ces mots déchirants : « Je t’aimais bien mais je ne t’aime plus, Je n’y peux rien je ne l’ai pas cherché, je ne l’ai pas voulu. Je t’aimais bien mais je ne t’aime plus, Je ne sais même pas depuis combien de temps je n’y crois plus ». L’exil semble parler de son départ de sa France natale (en 2010) et de son lien aux personnes qu’il a laissées derrière : « Je me dis que si je t’envoyais des phrases assez jolies qui te parlent de l’ennui dans mon cœur d’immigrant, peut-être m’écrirais-tu un peu plus souvent ». Au texte insondable, Rien ne dit n’en est pas moins très touchante, tout comme Le bal des poulets, qui clôt l’album.

Même si ce disque est parfois aride, on sent que Jean-Jacques Daran s’est livré corps et âme. « Le monde perdu » ne confondra sûrement pas les sceptiques, mais réjouira les fans du chanteur. L’instrumentation dépouillée au possible et l’authenticité de Daran mettent en valeur les textes introspectifs. Il sera également intéressant de découvrir cet album en spectacle, dès janvier, alors que Daran compte intégrer les illustrations d’un dessinateur dans un film projeté durant la prestation! Cette démarche artistique sera sûrement très originale.

daran - le monde perdu
DARAN
Le monde perdu
(Le mouvement des marées, 2014)

-Genre : folk acoustique
-Dans le même genre que Bob Dylan, Nick Drake, Thomas Hellman

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DARAN : Dépouillé et introspectif
ORIGINALITÉ65%
authenticité90%
ACCESSIBILITÉ75%
direction artistique80%
qualité musicale80%
textes80%
78%Overall Score
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86%

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Benoit Bergeron
Blogueur - RREVERB
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d'heures d'écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.