Cet article est le premier de cinq faisant la rétrospective complète de la discographie de David Bowie.

Comme vous le savez sûrement, David Bowie est décédé le 10 janvier dernier, deux jours après son 69e anniversaire, qui coïncidait également avec la sortie de son 25e album studio en carrière. Le cancer qui l’a emporté (au foie, selon les informations qui circulent) était inconnu du grand public, et cette nouvelle a pris tout le monde par surprise.

Comme tous les fans de Bowie, j’ai été grandement attristé par le décès de cet artiste de génie. J’ai pensé écrire un billet sur ce qu’a pu représenter Bowie pour moi et ses millions de fans dans le monde entier. Mais ce genre de texte a sûrement déjà été écrit des dizaines ou des centaines de fois. Alors j’ai trouvé une façon différente et, je l’espère, originale de rendre hommage à cet artiste innovateur. Je vais retracer l’entièreté de son parcours discographique, de « David Bowie », paru en 1967, jusqu’à « Blackstar », sorti en 2016. Je vais sélectionner une chanson significative par album, soit parce que cette pièce est un chef-d’œuvre, parce qu’elle a pu inspirer tel ou tel groupe ou tout simplement parce qu’elle m’allume encore après des dizaines ou des centaines d’écoutes.

J’ai scindé le tout en cinq articles, qui peuvent également recouper certains des moments charnières du parcours artistique de l’Anglais. Le premier article couvre les albums parus de 1967 à 1971, soit du jeune Bowie jusqu’à « Hunky Dory », premier chef-d’œuvre du maître. Le deuxième texte relate la période allant de 1972 à 1975. On passe de la fameuse androgynie de « Ziggy Stardust » au plastic soul de « Young Americans ». Le troisième article regroupe les albums sortis entre 1976 et 1980. Cette période voit Bowie épouser l’avant-garde européenne avec son personnage du Thin White Duke, puis avec sa « trilogie berlinoise ». L’âge d’or de Bowie prend fin en 1980 avec « Scary Monsters (And Super Creeps) ». Le quatrième article couvre la période s’étalant de 1983 à 1997. Bowie prend un tournant pop très réussi avec « Let’s Dance », mais perd de vue ce qui avait fait son succès et s’enlise dans une pop générique, avant de redevenir pertinent au courant des années 90. Le dernier papier retrace les 17 dernières années de Bowie, alors qu’il accepte son héritage et renoue avec son passé. Les dernières années de sa vie seront finalement une renaissance artistique.
J’ai assemblé une liste de lecture pour chaque article, comprenant les pièces discutées dans le texte même. Dans le dernier article, j’ai rassemblé toutes les chansons, les 25, dans une longue liste de lecture qui peut ainsi donner un aperçu exhaustif de la longue et fructueuse vie artistique de David Bowie.

david-bowie 1968

David Bowie en 1968

« David Bowie » – Please Mr. Gravedigger
Éponyme, le premier album de Bowie est souvent considéré comme une anomalie dans sa discographie. Il détonne en effet du lot, et pâlit en comparaison de certains autres albums parus en 1967 (il a d’ailleurs été disponible le même jour que  « Sgt. Pepper » des Beatles).
À cette époque, Bowie tentait d’émuler la musique théâtrale, influencée par le music-hall, du comédien et chanteur Anthony Newley. Mais pour le jeune de 20 ans qu’était Bowie, c’est tout de même un bon album. Rubber Band et Love You Till Tuesday sont les chansons les plus accrocheuses du disque, mais je choisis ici Please Mr. Gravedigger. La théâtralité et le côté moqueur de Bowie sont en évidence sur cette pièce à l’ambiance sombre. Bowie chante ce morceau a capella, avec une voix intentionnellement congestionnée. Seuls quelques effets sonores servent de fond musical.

« Space Oddity » – Cygnet Committee
Bowie prend vraiment ses aises et commence à trouver son style avec son deuxième disque. Il s’entoure déjà très bien, avec le claviériste Rick Wakeman et le réalisateur Tony Visconti (ce sera le premier de 13 albums réalisés pour Bowie). La chanson-titre est son premier tube, et aussi une de ses pièces les plus connues. Bien que j’adore Space Oddity, je choisis plutôt sur cet album Cygnet Committee. D’une durée de près de 10 minutes, ce morceau est un des meilleurs textes de Bowie, et assurément l’un de ses premiers chef-d’œuvre. Il décrit sa désillusion face au mouvement hippie, et pousse un puissant et convaincant cri d’humanité. Atmosphérique et proche d’un folk-rock progressif, l’accompagnement musical gagne en intensité à mesure que la pièce avance.

« The Man Who Sold The World » – All The Madmen
Bowie se fait moins folk ici, et opte plutôt pour un rock lourd. C’est sur cet album qu’il débute une collaboration fructueuse avec le guitariste Mick Ronson. La chanson-titre est ici encore la plus connue, grâce entre autres à Nirvana (dans les années 90,les fans de Bowie pensaient d’ailleurs que ce dernier reprenait une chanson de Nirvana quand il la jouait en spectacle, alors que c’était plutôt l’inverse!). Mais le morceau qui m’a le plus marqué sur cet album est All The Madmen. La musique comme les paroles sont schizophréniques, remettant en question certaines normes sociales, dont la folie et le conformisme. La dystopie nietzschéenne de Bowie le pousse à imaginer que les seules personnes toujours saines d’esprit sont celles qui peuplent les asiles d’aliénés. La finale est particulièrement étrange, alors que Bowie répète cette phrase : « Zane zane zane, ouvrez le chien ».

« Hunky Dory » – Life On Mars?
Sorti en 1971, « Hunky Dory » est le premier grand chef-d’œuvre de Bowie, le premier qui est excellent du début à la fin. C’est aussi un album de transition, qui semble mener à terme et perfectionner les approches et les expérimentations des trois premiers albums. Bowie s’allie par ailleurs à un nouveau réalisateur, en la personne de Ken Scott (il collaborera aussi avec Bowie sur les trois prochains disques).
Choisir une chanson sur ce disque est ardu, tant les classiques abondent. J’ai hésité entre Changes, The Bewlay Brothers, Quicksand et Life On Mars?, mais j’ai finalement opté pour cette dernière. Le piano de Rick Wakeman porte cette superbe chanson, aux paroles cinématiques et légèrement surréalistes : « It’s on America’s tortured brow, That Mickey Mouse has grown up a cow. Now the workers have struck for fame, ‘Cause Lennon’s on sale again ».
La pochette de l’album montre un Bowie à l’allure androgyne, avec une pose influencée par Marlene Dietrich. Le prochain personnage de Bowie poussera l’androgynie encore plus loin…

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david-bowie 1970

David Bowie en 1970

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Benoit Bergeron
Blogueur - RREVERB
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d’heures d’écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.