Cet article est le premier d’une série de trois sur les trois albums de David Bowie parus en 1976 et 1977.

Du troubadour folk au curieux androgyne, David Bowie semblait changer d’identité, au début des années 70, comme il changeait de coupe de cheveux. Après avoir « tué » Ziggy en 1973, Bowie s’est installé aux États-Unis. Le plastic soul de « Young Americans », en 1975, lui a permis de conquérir le marché américain, avec Fame (co-écrite par John Lennon) qui a atteint le sommet du palmarès Billboard. Affaibli physiquement, paranoïaque et accro à la cocaïne, Bowie continuait tout de même à tourner et à composer sans arrêt.
Filmé en 1974, l’excellent documentaire Cracked Actor, de la BBC, nous montre un Bowie en très mauvais état.

Bowie a débuté sa carrière d’acteur à l’été 75, avec une participation au film de science-fiction The Man Who Fell To Earth. Dirigé par Nicolas Roeg, il jouait un extra-terrestre du nom de Thomas Jerome Newton. De retour du tournage, il s’est présenté à un studio de Hollywood pour réaliser un de ses albums les plus originaux à ce jour. À mi-chemin entre le funk-soul de « Young Americans » et les expérimentations révolutionnaires de « Low », « Station To Station » est certes un album de transition. Parfois sous-estimé et assurément moins connu que « Ziggy Stardust », ce n’en est pas moins un chef-d’œuvre qui inaugure une nouvelle phase dans sa musique, plus proche de la sensibilité de l’avant-garde européenne.

Plus long morceau du répertoire de Bowie, l’épique chanson-titre ouvre le disque. Il introduit ici un nouveau personnage : « The return of the Thin White Duke, throwing darts in lovers’ eyes ». Le Thin White Duke sera le dernier alter ego de Bowie, certainement inspiré de son rôle dans The Man Who Fell to Earth (la photo de la pochette est d’ailleurs tirée de ce film). Il sera aussi presque plus controversé que Ziggy, avec ses commentaires ambigus sur Hitler et les nazis… Sur cette pièce, on entend par ailleurs la rythmique motorik, empruntée aux groupes allemands d’avant-garde comme Kraftwerk, Neu! et Can. Le début de la chanson est très particulier, alors qu’on entend un train au loin, puis il y a un passage instrumental de quelques minutes. À mi-chemin, le rythme accélère et devient effréné. Bowie y va de cette phrase candide : « It’s not the side-effects of the cocaine, I’m thinking that it must be love ». Exténué par sa vie américaine autodestructrice, Bowie semble annoncer son retour en Europe : « The European cannon is here, yes it’s here ». Un grand chef-d’œuvre!

00:00 Station to Station
10:08 Golden Years
14:09 Word on a Wing
20:08 TVC-15
25:39 Stay
31:51 Wild Is the Wind

Le funk-soul du tube Golden Years est quelque peu une anomalie sur ce disque. Tout d’abord proposée à Elvis, qui l’aurait refusée, cette pièce n’en est pas moins excellente. Le piano de Roy Bittan (du E Street Band de Bruce Springsteen) est à l’avant-plan sur la superbe Word On A Wing. Cette pièce est difficile à concevoir autrement que comme un cri de désespoir d’un toxicomane en quête de spiritualité : « Lord, Lord, Lord, my prayer flies like a word on a wing, and I’m trying hard to fit among your scheme of things ».

La surréaliste TVC 15 est inspirée d’une soirée passée avec Iggy Pop, alors que ce dernier hallucinait que la télévision avalait sa copine : « Send back my dream test baby, she’s my main feature ». À la fois hard rock, funk et soul, Stay est une déroutante chanson menée par les guitares de Carlos Alomar et Earl Slick. Bowie offre une magnifique prestation vocale sur Wild Is The Wind, chantée entre autres par Nina Simone. Bowie aimait bien tester ses capacités d’interprète en réactualisant des pièces, connues ou non. La vulnérabilité et la puissance de sa voix sont impressionnantes.

Surmené, Bowie avait tout de même une tournée de près de quatre mois au début de l’année 1976, alors que « Station To Station » était paru le 23 janvier. Au cours de cette tournée, il a amené avec lui son ami Iggy Pop, fraîchement sorti d’un séjour en clinique psychiatrique afin de traiter son addiction à l’héroïne et de se remettre de la dissolution des Stooges (Bowie avait d’ailleurs co-réalisé « Raw Power »). Consommant toujours plus de cocaïne, David Bowie devait lui aussi changer son mode de vie. Après une série de spectacles en Europe, Bowie et Pop ont donc décidé de s’installer là-bas. En moins d’un an, il en résultera quatre des meilleurs albums des années 70.

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david bowie station to station

DAVID BOWIE
Station To Station
(RCA, 1976)

-Genre : Rock d’avant-garde/Funk-soul
-Dans le même genre que Can, Kraftwerk, Neu! et Roxy Music

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DAVID BOWIE : Une transition quasi parfaite
ORIGINALITÉ 95%
AUTHENTICITÉ 95%
ACCESSIBILITÉ 90%
DIRECTION ARTISTIQUE95%
QUALITÉ MUSICALE100%
textes90%
94%Overall Score
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Benoit Bergeron
Blogueur - RREVERB
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d'heures d'écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.