Jusque-là, Donovan Leitch était un chanteur folk typique. « England’s response to Bob Dylan » l’avait-on rapidement catalogué au début de sa carrière. De la pression, vous dites? Les chansons pacifistes du jeune homme originaire de Maryhill, Glasgow en Écosse, résonnaient chez les hippies (The Universal Soldier) comme chez les idéalistes qui s’émerveillaient devant les petites choses de la vie (Catch The Wind, ou Colours), ce que la société de l’époque semblait avoir oublié, les deux pieds bien embourbés dans la guerre du Viet Nam.

Le merveilleux mélodiste (Mellow Yellow, c’est aussi lui!) à la voix d’or qu’est Donovan flaire le changement sociétal et musical qui s’organise dans la seconde moitié des années 60: il accompagne les Beatles lors de leur voyage en Inde en 1968, et l’album qui s’en suit sera bien plus riche, musicalement, que ses prédécesseurs.

Le disque « The Hurdy Gurdy Man » débute en plein psychédélisme assumé avec la chanson titre de l’album, qui deviendra l’une des chansons phare de son répertoire. Un jeune guitariste « session man » déjà expérimenté lui donne du mordant avec de longs sons stridents. Il s’appelle Jimmy Page. Encore aujourd’hui, il existe plusieurs versions de l’histoire autour des musiciens ayant joué en studio avec Donovan à ce moment-là. L’arrangeur et bassiste sur la chanson, John Paul Jones (futur Led Zeppelin lui aussi) évoque plutôt un certain Alan Parker à la guitare.

Ils ont finalement (re)joué ensemble, sur scène, en 2011, la pièce Sunshine Superman (qui ne figure pas sur l’album dont on parle aujourd’hui, par contre).

Quoi qu’il en soit, la chanson est très originale pour l’époque, Donovan aurait même eu l’intention de la donner à Jimi Hendrix, de loin le musicien le plus innovateur du moment, mais le réalisateur Mickie Most, flairant le succès, insista pour que Donovan la garde dans son répertoire.

L’autre gros tube sur cet album est la douce Jennifer Juniper, qui aurait bien pu être signée McCartney tellement le type de mélodie ressemble à celles de Sir Paul. On peut y trouver des liens avec les toutes premières chansons de David Bowie alors qu’il s’appelait encore Davy Jones. Rappelez-vous le Laughing Gnome et autres curiosités typiques de la variété britannique des innocentes sixties.

Les pièces méconnues de cet album méritent d’être découvertes: West Indian Lady – malgré son titre – est livrée sur des rythmes de bossa-nova brésilienne, alors que Get Thy Bearing est beaucoup plus jazz funk, qui devait mener vers de plus longs jams en concert. Presque un demi-siècle plus tard, cette chanson n’a pas vieilli d’un iota et est toujours aussi entraînante. Hi, It’s Been a Long Time a été créée dans le même moule que les tubes des Kinks à la même époque, à la différence que son texte flatte les premières féministes dans le sens du poil. Moins transcendante aujourd’hui, il n’en demeure pas moins que le public féminin de Donovan – nombreux puisqu’il est mignon – a dû apprécier.

Le musicien, qui n’a que 22 ans, conserve son petit côté contemplatif sur la ballade A Sunny Day qui porte bien son titre, tellement elle transmet l’impression d’être une belle marche dans un parc. Une carte postale. The Entertainment of a Shy Girl est une délicate séduction à l’anglaise dans laquelle le troubadour peint le tableau : on voit presque la jeune timide rougir et se tortiller sur sa chaise alors que le jeune homme lui offre moult galanteries, sans arrières pensées (ou très utopiques s’il y en a). C’est vraiment les valeurs hippies à leur plus pure expression.

Dans cette entrevue pour le magazine Rolling Stone en 2012, peu de temps après qu’il ait été intronisé au Rock’n’Roll Hall of Fame, Donovan raconte sa technique de picking de guitare et comment il l’a montrée à John Lennon, Paul McCartney et George Harrison alors qu’ils étaient tous en Inde en 1968. C’est grâce à cette nouvelle technique que les 3 Beatles auraient écrit Dear Prudence, Blackbird, While My Guitar Gently Weeps

En plus d’être un très intéressant recueil de chansons signées par un talentueux mélodiste au sommet de sa gloire, « The Hurdy Gurdy Man » est un voyage dans le temps très bien articulé : on se sent replongés en pleine ambiance « peace » des années 60, avec l’élégance anglaise en prime.

DONOVAN
Hurdy Gurdy Man
(Epic Records, 1968)

-Genre: pop psychédélique
-Dans le même style que The Beatles, 13th Floor Elevator, The Byrds

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Nicolas Pelletier

Mélomane invétéré et rédacteur agréé, Nicolas pratique la critique en mode olympique: il parle de tout, tout le temps, depuis 1991. Il a publié 6 000 critiques de disques et concerts dont 1100 chez emoragei magazine et 600 sur enMusique.ca, dont il a également été le rédacteur-en-chef de 2009 à 2014. Il publie “Les perles rares et grands crus de la musique” en 2013, et devient stratège numérique des radios de Bell Média en 2015, participant au lancement de la marque iHeartRadio au Canada en 2016.