Émile Proulx-Cloutier présentait hier soir la 120e représentation de son spectacle « Aimer les monstres », en support à cet album paru en 2013 et réalisé par Philippe Brault. En ce troisième soir des Francofolies, un Gésù bondé a pu constater que le comédien, scénariste, réalisateur et auteur-compositeur-interprète de 32 ans est en parfaite maîtrise de son répertoire. Le fils des acteurs Danielle Proulx et Raymond Cloutier s’est également révélé très à l’aise sur scène, nous livrant de longs et inspirés monologues sur une multitude de sujets. Le fil conducteur de sa musique, de ses textes et de sa poésie est certainement la grande humanité qui l’habite. Très imagées et évocatrices, ses chansons se déploient tels des courts-métrages observant la réalité qui nous entoure.

Pour ce spectacle très bien rodé, Proulx-Cloutier était entouré du contrebassiste Mathieu Désy, du batteur Pascal Racine-Venne et de Benoit Rocheleau aux cuivres et autres instruments. Notons aussi que Désy jouait souvent la contrebasse à l’aide d’un archet, dans les aiguës, ce qui donnait une sonorité semblable à un violoncelle : l’effet était superbe! La complicité était évidente entre les quatre musiciens. Proulx-Cloutier était évidemment à l’avant-scène, et ses musiciens l’appuyaient de manière exemplaire, lui laissant toute la place lors de ses monologues et de ses interventions bien rythmées. On se doit de souligner que la présentation de ses musiciens a été grandement originale. Proulx-Cloutier avait composé une ode pour chaque musicien, en plus d’une pour le technicien de son et l’éclairagiste (qui avaient fait un très bon travail également).

Émile Proulx-Cloutier aime donc beaucoup jouer avec les mots. Sa capacité à donner un rythme dynamique à ses textes est sensationnelle, et rappelle Loco Locass à certains moments : il s’appuie souvent sur le dernier mot d’un vers pour débuter la ligne suivante avec un mot consonant. Comme Biz et ses collègues, Proulx-Cloutier est aussi très engagé. Vers la fin du spectacle, il y est allé d’un monologue contre les « éteigneurs », ces démoralisateurs qui disent que les mouvements sociaux et la contestation ne serviraient à rien. Il a enchaîné avec Race de monde, une pièce engagée qu’il livre comme un rap au débit effréné.

Le moment fort du spectacle a cependant été une version réactualisée et en partie traduite de Mommy, le classique de Pauline Julien, écrit par Gilles Richer et Marc Gélinas. Devenue Maman, cette pièce, à l’origine une science-fiction mêlée d’un cri d’alarme, a été adaptée afin de décrire la réalité du génocide culturel des Autochtones. Ce sujet était justement d’actualité, et Kevin, un ami d’Émile de la communauté algonquine de Kitcisakik, en Abitibi, était présent. Le chanteur était visiblement ému, et a livré une interprétation poignante et émouvante qu’on aimerait beaucoup réécouter sur disque. Seul au piano, Proulx-Cloutier a aussi offert des magnifiques prestations de Mayday (en rappel), Les cités grises (rejoint par ses musiciens pour un superbe crescendo), Aimer les monstres et Le tambour de la dernière chance. Certaines chansons avaient beaucoup d’intensité rock, notamment Votre cochon se couche et Le grillon et la luciole. On a aussi eu droit à quelques nouveautés, qui étaient très bonnes.

Même si on peut voir en lui un croisement entre Pierre Lapointe, Richard Desjardins et Pierre Flynn, Émile Proulx-Cloutier a une forte personnalité artistique. Son charisme et son aisance sur scène étaient évidents : on était décidément en présence d’un artiste complet. Son jeu au piano était plus qu’adéquat (il a aussi joué de l’accordéon), et même s’il n’avait pas toujours la note juste, l’émotion véhiculée par sa voix était juste. Comme il nous l’a d’ailleurs rappelé à plusieurs reprises, la poésie est partout. À l’entendre nous raconter ses histoires de monstres et d’humains, on n’a pas de difficulté à le croire.

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Benoit Bergeron
Blogueur - RREVERB
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d'heures d'écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.