Le groupe québécois Eugène et le cheval a fait paraître son deuxième album en septembre dernier, intitulé « Pertes de mémoire et autres mécanismes de défense ». Inspiré par Eugène Ionesco, maître de l’absurde, le duo formé de Pierre-Paul Giroux et Philippe St-Denis fait un pop-rock aux influences électro et psychédéliques. Les textes baignent dans un univers surréaliste et parfois étrange. Les ambiances musicales créées servent bien cet imaginaire débridé.

Le duo s’est enrichi de trois membres pour cet opus, soit Guillaume Alix, Maxime St-Denis et José Major. Guillaume Chartrain a fait le mixage de l’album, qui a été composé et enregistré presque simultanément. Dès la première pièce du disque, La mémoire, on constate que le mixage laisse sciemment peu de place à la voix de Pierre-Paul Giroux. Une esthétique lo-fi qui vogue entre les années 80 et 90 est de mise sur cette chanson (et sur une bonne partie du disque). Foam est aussi très bien construite, avec un clavier qui se balance de gauche à droite et de droite à gauche. Sur La ruche, le propos est franchement déroutant : « Je suis né à la fabrique cent-soixante-quatre, Où les gens comme moi sont faits à la chaîne ». Et plus loin : « Depuis que la ruche s’est vidée, depuis que les piqures sont apparues sur mes bras. Depuis que les animaux ont commencé à me bouffer, À me bouffer, la tête ». Les claviers dominent la très bonne Invincible, alors qu’une guitare pleine de distorsion et une batterie très active sont en avant-plan sur Clémentine.

Voici le clip pour Invincible, et l’album en entier peut être écouté sur la page bandcamp du groupe.

La meilleure chansons du disque est sans contredit La capsule. Petit bijou pop-rock rempli de sonorités électro, cette pièce débute comme un rêve éveillé, puis s’active peu à peu. Le texte semble comparer une vie dans une capsule futuriste à celle d’un humain du début du 21e siècle qui fait du surplace : « Ils ne me diront pas que je sers à rien. Je fais ce que je peux, Je n’y pense pas ». On embarque cependant moins dans Les gorilles et Le verre. Cette dernière est par moments un peu trop chargée, sinon brouillonne. Les fraises conclue ensuite l’album de manière très métaphorique, voire étrange : « Les céréales de l’esprit feront tomber les murs dans nos têtes ».

Un peu difficile d’approche et parfois inégal, « Pertes de mémoire et autres mécanismes de défense » réussit tout de même un bel amalgame entre le rock alternatif lo-fi des années 90 et la musique à synthétiseurs des années 80. Les progressions lentes et les textes absurdes n’attireront pas non plus un large public, mais qui voudra y prêter une oreille attentive découvrira des mélodies accrocheuses et des chansons généralement bien construites.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA
EUGÈNE ET LE CHEVAL
Pertes de mémoire et autres mécanismes de défense
(Indépendant, 2014)

-Genre : indie-rock pyschédélique
-Dans le même genre que Navet Confit, L’Indice et The Flaming Lips

Lien vers l’achat en ligne (iTunes)
Lien vers la page Facebook de l’artiste
Lien vers la chaîne YouTube de l’artiste

EUGÈNE ET LE CHEVAL : Surréaliste et éclaté
ORIGINALITÉ 70%
AUTHENTICITÉ 75%
ACCESSIBILITÉ 70%
DIRECTION ARTISTIQUE85%
QUALITÉ MUSICALE80%
textes75%
76%Overall Score
Reader Rating: (1 Vote)
95%

Réagissez à cet article / Comment this article

commentaires / comments

About The Author

Benoit Bergeron
Blogueur - RREVERB
Google+

Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d’heures d’écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.