Au premier contact de “Pan”, le nouvel album de Fanny Bloom, j’avoue avoir été un peu déstabilisé. Pas tant stupéfié, mais plutôt, ayant eu la vague impression que j’étais loin d’être le public cible naturel de ce genre de musique. J’ai été pourtant admirateur de La Patère Rose, au tout début. Témoin auditif très avenant aussi au premier disque solo de Fanny, “Apprentie guerrière”, qui portait encore les marques évidentes d’une musique indépendante. Ici et maintenant, sur ce nouvel opus, n’ayons pas peur des mots, Bloom a fait le choix clair de la pop, pur et simplement. C’est ainsi donc une surprise, oui, mais après le choc, le tout a plutôt pris le sens d’un cadeau inattendu.

 

Choisir d’assumer la pop et de laisser le monde alternatif est toujours malaisé pour un artiste. En effet, la musique populaire est trop souvent synonyme de facilité, de répétition et de qualité assez variable. Fanny nous présente ici une musique très accostable, mais aussi franche, ressentie, adroite, céleste et gourmande à souhait. Et, si le son est grand public, le rendu est accompagné de résonances et d’arrangements très riches, un peu «world» mêmes par moments, n’étant pas sans évoquer (au vol) les excursions pop d’un Peter Gabriel. Ainsi, depuis ma deuxième visite des onze chaudes et torrides plages du disque, je dois dire que l’album me trotte dans le ciboulot pas à peu près. Étonnement!

 

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C’est avec une voix sublime, presque angélique que Fanny nous invite à entrer dans le monde de “Pan”. En effet, sur Blanc, le premier titre, la chanteuse nous offre un chant sexy et senti après une introduction de piano sur des harmonies on ne peut plus “eighties”. Danse nous transporte aussi dans le passé, à 100%, quelque part, disons en 1984, avec un “lead trance” classique, mais efficace. Une ritournelle pop servant bien son titre avec un rythme des plus accrocheurs. Le tout accompagné d’un thème qui sera pas mal le leitmotiv du reste du disque; rancœur, peine ou désir à l’endroit d’un garçon égocentrique (ou absent). De la pop sublime et dégourdie. “Rapiécer que le silence des trous noirs.” Aucune complaisance ici!

 

 

On enchaine avec un chœur africain en ouverture sur Piscine. Des «Yeah Yeah Yeah», encore tout en légèreté; «Bébé laisse-moi t’aimer jusqu’à la mort, dans la piscine des beaux jours.» C’est la poursuite de l’escapade, en terres «années ‘80», vraiment kitsch, mais si empreinte de joie de vivre que, finalement, il n’y a rien à redire de négatif. Le tout se poursuit dans la même veine alliant perspicacité et enchantement. Mes coups de cœur; Sammy Sammy avec de la flute en introduction, un refrain aigre doux, un son encore «trance» et de la réverbération à en revendre. Aussi la pièce Pan qui a donné son titre à l’album; quel sensuel morceau, exquis et délicat, malgré la robustesse du son. L’album se déploie avec une sensibilité féerique, toujours à fleur de peau.

 

Ce pop que je pensais peut-être un peu trop «sucré» pour moi est, au final, tellement accrocheur et généreux que je me suis totalement laissé séduire. “Pan” est bien meilleur que 90% de ce qui se trouve sur le marché, dans le genre, ici et ailleurs. La musique est solide, la production ingénieuse. Ce qui me fait estimer ces chansons ce sont aussi les textes qui, bien que légers, sont extrêmement ciselés, authentiques et vifs. Ce sera, je l’espère, l’album de la consécration pour l’artiste. “Pan” est un disque intelligent, suave et aérien! Bloom y est câline et tout en fraicheur, mais jamais simpliste. Au lieu de faire tourner de la bouillie américaine, trop souvent tiède, artisans de la radio, de grâce servez plus de ceci! Je serais plus en paix avec l’univers si les rares fois que je syntonise, aux heures de retour à la maison, j’entendais Fanny en boucle, 30 fois par jour s’il le faut. Et il le faut!

 

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FANNY BLOOM
Pan
(Dare to Care Records, 2014)

-Genre: Pop, Electro, Dance
-Dans la même famille que Marie-Pier Arthur, Lykke Li, Lady Gaga

Lien vers l’achat en ligne (iTunes)
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FANNY BLOOM – Le choix et la consécration
Originalité80%
Authenticité90%
Accessibilité95%
Direction Artistique90%
Qualité Musicale85%
Textes80%
87%Overall Score
Reader Rating: (5 Votes)
77%

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About The Author

Martin Curadeau
Blogueur - RREVERB

L’écoute d’un disque est un instant privilégié de rencontre avec l’essence même d’un créateur. Maelstrom de sons, myriades d’émotions et petits morceaux d’âmes à l’état brut.

Bien que la musique dite émergente (tel le rock indé.) est au centre de ses intérêts, sa curiosité n’a pas de bornes et il ne résiste, pour ainsi dire, à aucun style. Être transporté, chaviré, surpris et envouté par des albums est un rendez-vous quotidien.