Avant de se faire connaître sous le nom de scène Father John Misty, Josh Tillman a fait de la musique sous le nom de J. Tillman. Il a aussi été batteur avec le groupe post-rock Saxon Shore et la formation indie-folk Fleet Foxes. C’est en 2012 qu’il a adopté son nouveau nom d’emprunt et qu’il a fait paraître l’excellent « Fear Fun ». Il revient cette semaine avec un autre grand cru, le superbe « I Love You, Honeybear ». Toujours influencé par l’esthétique musicale des années 70, l’Américain de 33 ans chante son bonheur amoureux, tout en gardant une plume acerbe et cynique.

La somptueuse chanson-titre ouvre l’album de brillante manière. Father John Misty fait les choses en grand, avec de magnifiques arrangements de cordes et un mur de son à la Phil Spector. Cette pièce mêle habilement amour et problèmes sociaux : « The future can’t be real. I barely know how long a moment is, Unless we’re naked getting high on the mattress, While the global market crashes ». La luxuriante Chateau Lobby #4 (in C for Two Virgins), chanson d’amour délicieusement dynamique, est une des meilleures pièces de l’album; le solo de trompette est ravissant. True Affection détonne ensuite énormément du reste de l’album, avec ses sonorités électroniques. Le résultat est cependant plus ou moins réussi.

La superbe ballade The Night Josh Tillman Came To Our Apartment a des paroles pour le moins excentriques : « I found her naked with her best friend in the tub. And we sang Silent Night in three parts which was fun, Until she said that she sounds just like Sarah Vaughan ». Avec une sonorité des années 70 (dans le bon sens), When You’re Smiling And Astride Me est géniale : « There’s no need to fear me, Darling, I love you as you are when you’re alone ». On retrouve des influences country sur Nothing Good Ever Happens At The Goddamn Thirsty Crow, alors que Strange Encounter est très décontracté, avec de jolies harmonies vocales qui rappellent The Beach Boys.

Sur la menaçante et intense The Ideal Husband, Father John Misty montre un côté un peu moins joyeux de lui. Menée par un doux piano, Bored In The USA est une cinglante réflexion sur l’état des choses chez l’Oncle Sam. Sur fond de rires en canne, Misty déclame ces paroles : « They gave me useless education, And a sub-prime loan on a craftsman home, Keep my prescriptions filled ». La splendide Holy Shit débute avec seulement une guitare acoustique, et, à mi-chemin, il y a un étonnant crescendo orchestral évoquant vaguement A Day In The Life, des Beatles. Ses pensées sur l’amour font réfléchir : « Oh, and love is just an institution based on human frailty. What’s your paradise gotta do with Adam and Eve? Maybe love is just an economy based on resource scarcity, But I fail to see what that’s gotta do with you and me ». La dépouillée et intimiste I Went To The Store One Day conclue finalement l’album sur une note très honnête : « For love to find us of all people, I never thought it’d be so simple ».

Father John Misty nous livre ainsi un album sensationnel, qui se veut à la fois touchant, drôle, honnête et intelligent. Sa femme Emma est une figure récurrente et immanquable de l’album. On est toutefois loin d’un album d’amour traditionnel : sa façon de parler des émotions et de la passion qui y sont rattachées est très originale. Musicalement, les chansons ont une base folk, mais sont judicieusement construites, parfois grandement orchestrées, mais plus souvent restreintes. Les morceaux de l’album vont donc chercher un bel équilibre entre beauté et passion, et entre amour et cynisme.
Father John Misty sera par ailleurs en spectacle au Théâtre Corona, accompagné de sept musiciens, le 16 février prochain. À ne pas manquer!

Father John Misty I Love You, Honeybear
FATHER JOHN MISTY
I Love You, Honeybear
(Sub Pop Records, 2015)

-Genre : Indie-folk
-Dans le même genre que Fleet Foxes, Iron & Wine, Nick Drake et Shearwater

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FATHER JOHN MISTY : D'amour et de cynisme
Originalité85%
Authenticité95%
Accessibilité85%
Direction artistique95%
Qualité musicale90%
Textes90%
90%Overall Score
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Benoit Bergeron
Blogueur - RREVERB
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d’heures d’écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.