Il faut toujours donner quelques écoutes à un nouvel album, que dis-je, à une nouvelle œuvre ! de Leslie Feist pour bien la découvrir. Malgré la charmante voix brisée, l’élégance des mélodies et la qualité des arrangements, on dirait que les premières écoutes sont ardues. Mais lorsqu’est atteinte la quatrième ou cinquième écoute, les choses changent et on est soudainement mais subtilement happé par les chansons une à une.

À la première écoute du troisième album et fort attendue suite du sublime « The Reminder » de 2007, seul le long slow de fin de soirée Caught a Long Wind est d’une accroche évidente ; le piano de Gonzales (brillante éminence grise de Feist) est joué avec un effet de sourdine, sacrifiant sa beauté pour laisser toute la place aux lamentations de la Canadienne d’Halifax. Cette chanson est du calibre du Wild is the Wind de Nina Simone ou des grands moments de l’émouvant Jimmy Scott. On y retrouve toute la sensibilité d’artistes comme Vic Chesnutt, à la différence que Feist profite d’un emballage plus travaillé.

« Metals » n’est sûrement pas un album pop. C’est beaucoup plus un album de chansons solides, fortes, intemporelles. Le filet de voix de l’ex-punk n’est pas si mince qu’il en a l’air. Feist se promène dans les aigus avec habileté et aplomb (A Commotion). Cette fille serait aussi charmante dans une version a cappella, mais Gonzales a ici choisi de lui donner un emballage assez gris, assez… métallique ! On n’y sent aucune chaleur, mais plutôt une ambiance mystérieuse, sophistiquée mais surtout pas électronique.

Tous les instruments entendus sur « Metals » sont acoustiques : beaucoup de violons (The Circle Married the Line), le piano de Gonzales étant l’instrument de base, pas toujours audible mais définitivement perceptible, et de discrètes percussions sont utilisées avec parcimonie et avec goût (Bittersweet Memories). Tout le reste de l’espace est occupé par la captivante voix de Feist, qui en profite pour multiplier et superposer les pistes, sans pour autant en faire un disque “vocal” comme l’ont fait Björk, ou Camille avec « Medülla » et « Le fil ». Il y a un peu de PJ Harvey et de Jane Birkin dans l’approche de Feist, même si les styles diffèrent.

Du doux groove pop qui charmait tant sur le premier opus (rappelez-vous Mushaboom, Brandy Alexander ou My Moon My Man), il reste des morceaux comme How Come You Never Go There, qui font groover lentement, de façon sensuelle.

À l’image des Bittersweet Memories qu’elle évoque en milieu de parcours, « Metals » n’est pas un album joyeux. Ce n’en n’est pas un triste pour autant. C’est un album d’une beauté froide et parfaite, comme si on avait transposé de l’acier inoxydable (stainless steal) en musique. Le grand blues lent Anti-Pioneer aurait pu déborder d’émotion, mais il est plutôt… glacial !

Magnifique et particulier.

FEIST
Metals
(Arts & Crafts, 2011)

– Genre : pop de qualité
– Dans le même genre que Keren Ann, Cat Power, Jane Birkin

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Cet article est paru originalement sur le site d’emoragei magazine, en 2011.

Lire la critique de cet album en anglais ici.

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Nicolas Pelletier
Fondateur et rédacteur en chef
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Mélomane invétéré et rédacteur agréé, Nicolas pratique la critique en mode olympique: il parle de tout, tout le temps, depuis 1991. Il a publié 4 500 critiques de disques et concerts dont 1100 chez emoragei magazine et 600 sur enMusique.ca, dont il a également été le rédacteur en chef de 2009 à 2014. Nicolas a publié "Les perles rares et les grands crus de la musique" en janvier 2013, un ouvrage de 1250 pages en deux tomes.