“Au matin, j’ai re-repris la route, le coffre pour mémoire…”

Avec autant de disciples attroupés hier soir, l’expiation par les flammes à bel et bien eue lieu. Dans le cadre de leur visite pour les Francofolies 2016, Feu! Chatterton ont, en effet, incendié le Club Soda de leur incandescente vitalité. Forts de l’accueil d’une foule comblant la quasi-totalité de la salle, nombreux étaient venus saluer le groupe qui s’attire de plus en plus de notoriété ici.

Armés d’une mixture savante, décapante et inaccoutumée d’un rock féroce et moderne, d’un romantisme brutal et de vers d’une beauté et d’un lyrisme d’exception; le tout leur assure une situation unique dans l’horizon musical contemporain. Et, à voir et entendre la réponse endiablée de la meute présente hier soir, ce petit je ne sais quoi trouve un écho considérable ici, au Québec.

 

“Oh Oh mais où suis-je? Et qui sont ces gens?”

D’entrée de jeu, c’est la pièce Ophélie, qui entame aussi leur excellent premier album “Ici le jour (à tout enseveli)”, qui a donné le ton au concert; une performance qui est en effet restée, bien que visitée par des moments plus cajoleurs, à un niveau de dynamisme sans répit. Il s’agissait de leur deuxième visite dans le cadre des Francos de Montréal. L’an dernier, en concert extérieur gratuit, cette fois-ci, en salle, devant un public déjà conquis qui les attendait, médusé, électrisé et ravi. Arthur Teboul, chanteur et fier dandy, prestance et allure d’un autre siècle, nous a, tour à tour, susuré, craché et raconté son art singulier avec un entrain dément.

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Ce rock, qui est le leur, est de plus en plus rare et inusité en France (et ici); il arbore en effet plutôt une parenté au “Brit rock”. Non seulement cela, mais, cette ferveur dans les textes, avec ses petits brins d’histoires, tels des carnets hautement évoquant, ainsi qu’un style très littéraire sont quasi inexistants du paysage musical, point final. C’est le tiraillement entre la modernité d’un rock émérite et la poésie riche d’une autre époque (digne de Grands comme Brel) qui rend l’attrait pour ce groupe si intense. C’est aussi cette singularité qui me fait décliner, sans hésitation, que Feu! Chatterton est l’une des formations les plus intéressantes de l’univers musical actuel.

 

“Que dis-tu, de prendre le large…”

Un concert d’un peu moins d’une heure et demie, livré avec une frénésie qui n’a pas flanché une seule seconde. Une performance, sans temps morts, tout feu tout flamme qui m’a totalement jeté à terre. Pas moins de deux rappels, pour le grand plaisir d’une foule qui les aurait certainement accompagnés pour bien plus longtemps. Ce fut un grand moment et l’une des meilleures performances que j’ai vu, en salle, des dix dernières années. Le feu est pris, mesdames et messieurs, il n’est pas près de s’éteindre… Haut, les braséros de ce rock furieux et le crépitement de ce verbe foisonnant… Quel groupe!

 

 

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Martin Curadeau
Blogueur - RREVERB

L'écoute d'un disque est un instant privilégié de rencontre avec l'essence même d'un créateur. Maelstrom de sons, myriades d'émotions et petits morceaux d'âmes à l'état brut. Bien que la musique dite émergente (tel le rock indé.) est au centre de ses intérêts, sa curiosité n'a pas de bornes et il ne résiste, pour ainsi dire, à aucun style. Être transporté, chaviré, surpris et envouté par des albums est un rendez-vous quotidien.