L’un des groupes les plus importants de la scène hardcore, Fugazi, a toujours été un choix unanime pour sa qualité musicale et son intégrité. Les quatre gars de Washington DC ont suivi rigoureusement leurs convictions et ainsi gagné le respect des punks purs autant que des fans de rock rentre-dedans.

Beaucoup plus élaborée que la musique de leurs contemporains NOFX, Bad Religion ou Butthole Surfers, l’oeuvre de Fugazi regorge de subtilités que seuls des musiciens de haut niveau peuvent créer. Les effets de guitares grinçantes sur la pièce titre n’auraient pas pu être produits par des gars ne maîtrisant pas leurs instruments. Idem pour le jeu de batterie hyper inventif qui punch, mais jamais bêtement et de cette basse qui roule constamment, comme de la machinerie lourde.

Et jamais les punks, amateurs de rage brute ne pourront jamais rien reprocher à Guy Picciotto, Ian MacKaye, Joe Lally et Brendan Canty jusqu’à leur dernière tournée en 2002, le prix des billets était volontairement gardé très bas (5 ou 6$), remplissant leurs salles de fans déchaînés. Ils auraient facilement pu tripler le coût du billet que ça aurait été encore très acceptable et plein, mais les gars voulaient rester fidèles aux fans des débuts, reconnaissants.

Des jams organisés comme l’instrumentale Brendan #1 transmettent une énergie incomparable, reprise sans lever le pied par des locomotives comme Merchandise. Ce qui est fantastique avec les pièces de Fugazi est de constater à quel point chaque instrument est fulgurant. Qu’on se concentre à écouter l’une des deux guitares, la basse, la batterie ou le chant, tout est soigneusement exécuté. Et pourtant, dans le punk, on devrait s’attendre à une absence de structure. Mais voilà, Fugazi est punk dans l’âme. Ses cris du coeur sont authentiques et puissants (Blueprint) mais ses structures musicales sont bien carrées, bien callées dans une structure de blocs quatre fois répétés. La rigueur de l’exécution lui donne ce punch si apprécié. Une pièce comme Greed est le parfait mélange de la hargne absolue, au chant, et le parfait contrôle d’une musique allumée et fougueuse.

« Repeater » est l’un des albums les plus marquants de la scène hardcore du tournant des années 80 à 90. Au même moment sévissaient les Pixies, Red Hot Chili Peppers, Bad Religion. Quelques années plus tard allaient émerger des groupes un peu plus rock, mais tout aussi lourds, tels Pearl Jam, Alice in Chains et Nirvana, dont le succès sera beaucoup plus grand, amenant le grunge au stade de mode d’une époque.

Fugazi, quant à eux, poursuivra son exploration sonore avec des albums qui gagnèrent en recherche sonore mais perdirent en punch. L’œuvre, marquante, a été enregistrée par Don Zientara et Ted Niceley, qui était alors aux études en arts culinaires.

« Repeater » n’a jamais atteint les palmarès, mais le groupe en vendait plusieurs exemplaires lors de ses longues tournées. Plus de 300 000 copies auraient trouvé preneur, ce qui était beaucoup pour une production indépendante sans réelle distribution, à l’époque. Fugazi refusa les avances des majors et demeura chez Dischord. Finalement, plus de deux millions de copies furent vendues dans le monde.

Encore de nos jours, Fugazi refuse des sommes substantielles, offertes pour que le groupe se reforme à l’occasion d’un grand festival comme Coachella. Chaque membre continue sa route avec son propre projet. Plusieurs albums d’enregistrement « live » sont sortis, en format « payez ce qui vous semble juste », témoignant des milliers de concerts du groupe.

FUGAZI
Repeater
(Dischord, 1990)

-Genre: hardcore punk
-Dans le même genre que Bad Brains, The Pixies, Minor Threat, Butthole Surfers

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Nicolas Pelletier
Fondateur et rédacteur en chef
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Mélomane invétéré et rédacteur agréé, Nicolas pratique la critique en mode olympique: il parle de tout, tout le temps, depuis 1991. Il a publié 4 500 critiques de disques et concerts dont 1100 chez emoragei magazine et 600 sur enMusique.ca, dont il a également été le rédacteur en chef de 2009 à 2014. Nicolas a publié "Les perles rares et les grands crus de la musique" en janvier 2013, un ouvrage de 1250 pages en deux tomes.