Le groupe français Grand Blanc a fait paraître la semaine dernière, sur étiquette Entreprise (Moodoïd fait aussi partie cette maison de disques), un premier maxi de quatre titres, « Grand Blanc EP ». La musique de cette formation cold wave est sombre et cafardeuse, tirant plus sur le gris que le blanc. C’est toutefois un genre de cafard dont on ne se lasse pas.

Degré zéro ouvre les hostilités et nous initie au chant hypnotique de Camille Delvecchio. Les thématiques sombres et les textures synthétiques de cette musique austère sont aussi évidentes dès les premiers instants. Les paroles glacent d’ailleurs le sang et donnent le ton de cette expérience totale qui interpelle tous les sens : « Dans la nuit noire, noire, le cœur comme mon frigo, il n’y a plus rien à boire dans mon cœur comme mon frigo ». La pièce la plus percutante du EP est certainement Samedi la nuit, chantée cette fois par Benoît David. Les sonorités sont ici un peu plus métalliques et industrielles. La voix du chanteur rappelle quelque peu Bashung ou Cantat, avec une touche de folie à la Bérurier Noir. On entend aussi une forte influence des pionniers du post-punk Joy Division. Presque suffocante, la musique est aussi intense que l’ambiance créée par les paroles.

En comparaison aux deux premières chansons, L’homme serpent est presque joyeuse. La voix féminine reprend la tête en déclamant un texte d’inspiration animiste sur une mélodie envoûtante. Benoît David chante finalement la ténébreuse Petites frappes. Environ au milieu de cette pièce, un mur de son envahit l’espace sonore, comme un grand vent glacial qui nous enveloppe et qui aspire presque la voix du chanteur. L’effet est saisissant et inquiétant à la fois. Les thèmes explorés rappellent encore certaines pièces de Bérurier Noir : « Arrache-toi loin des cages, oublie les bêtes, oublie les brutes, tu es juste sauvage ».

Cette première publication officielle de ce quatuor originaire de Metz, au nord-est de la France, est donc très prometteuse. Sans être foncièrement originales, l’esthétique sonore et la poésie urbaine sont fort bien construites et franchement convaincantes. Grand Blanc n’est évidemment pas le premier groupe à se risquer à faire de la cold wave façon Joy Division et The Cure, mais combiner musique et textes d’une telle manière ne se fait pas très souvent. On a hâte à un album complet!
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GRAND BLANC
Grand Blanc EP
(Entreprise, 2014)

-Genre : cold wave
-Sur la même vague que Joy Division, The Cure, Kraftwerk

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GRAND BLANC : Vent glacial venu de France
Originalité75%
Authenticité85%
Accessibilité80%
Direction artistique90%
Qualité musicale90%
Textes90%
85%Overall Score
Reader Rating: (2 Votes)
87%

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Benoit Bergeron
Blogueur - RREVERB
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d’heures d’écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.