Parmi les gens les plus passionnés par la musique, il y a ceux et celles qui travaillent dans l’industrie: chez les labels, les relationnistes de presse, les promoteurs de concerts, les gestionnaires de salles de concert, les journalistes culturels, etc. RREVERB propose une série d’entrevues avec les artisans passionnés de la musique.

Cette semaine, rencontrons…

GWENDOLINA GENEST

Quel est votre nom, quel est votre rôle dans l’entreprise musicale où vous travaillez, et depuis quand y œuvrez-vous? D’où êtes-vous et où vivez-vous maintenant?

Gwendolina Genest. Je suis coordonnatrice communication & marketing pour l’étiquette indépendante Analekta (Angèle Dubeau, Kent Nagano, etc.) depuis un an et demi. Ça fait dix ans que j’habite à Montréal et je suis originaire de France.

gwendolina genest retro

(photo Shanti Loiselle)

Quand avez-vous commencé à travailler dans l’industrie musicale?

Mon premier emploi au Québec a été réceptionniste chez GSI Musique, une maison de disques spécialisée dans les enregistrements sonores d’auteurs compositeurs et interprètes francophones. La belle époque où Robert Vinet était le président de GSI Musique. Venant juste de terminer ma maitrise en nouvelles technologies de l’information et de la communication, j’ai très vite commencé à effectuer des tâches qui dépassaient largement ce mandat et j’ai eu des responsabilités liées à la communication et au marketing numérique.

gsi musique

Ce fut une expérience très enrichissante, d’abord parce que j’ai découvert la culture musicale québécoise par le biais de grands artistes de leur catalogue tels que Jean-Pierre Ferland et Gilles Vigneault pour ne citer qu’eux. Également à l’époque, la directrice générale a entrepris de mettre ce catalogue disponible sur Internet.

Ainsi nous avons contacté iTunes, des agrégateurs de contenu tels que The Orchard et Believe, etc. Il a fallu numériser des dizaines d’albums, s’interroger sur les meilleures stratégies à adopter. Bref, c’était le début pour moi de nombreuses questions liées au rôle des maisons de disques dans l’industrie et les nouveaux modes de consommation de la musique.

Quand avez-vous commencé à aimer la musique?

Aucune idée… depuis toujours! J’ai eu la chance d’apprendre un peu le solfège et le piano au début de mon adolescence, mais là où j’excellais c’était dans écouter les autres en faire! J’ai toujours aussi beaucoup aimé danser. Ma première obsession musicale était la réalisation de mes cassettes de compilations à partir d’enregistrements radio.

gwnendolina genest

À 20 ans, quel était votre rêve?

Aucun! Mon grand dilemme c’était que tout ce qui m’intéressait correspondait à des branches où l’on me déconseillait de m’engager faute de moyens financiers ou manque d’emplois ! À l’époque je n’avais personne de mon entourage proche artiste ou dans ce domaine qui aurait pu me donner confiance comme c’est le cas aujourd’hui.

Néanmoins même si j’étais en nouvelle techno à l’université j’ai toujours choisi mes spécialisations, travaux et stages en lien avec l’art! (mon mémoire de maitrise porte sur l’art numérique et j’ai effectué mon stage au Centre Georges Pompidou) Et je n’ai jamais vraiment décroché de cette idée sans trop y croire!

SUR L’INDUSTRIE MUSICALE

En vivez-vous?

Oui. C’est ma principale source de revenus depuis maintenant dix ans.

Est-il encore possible aujourd’hui de gagner sa vie dans l’industrie musicale? Que faut-il faire pour y arriver?

Oui bien sûr, même si c’est un secteur où les parcours professionnels sont atypiques.

La constante je dirais, c’est d’être passionné, d’y voir même une vocation, car les salaires ne sont pas énormes et les équipes sont souvent petites donc on doit être multitâche. En résumé il faut être allumé, démerde et aussi un peu têtu quoi… Comme disait Guillaume d’Orange « Il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer! »

Quelle(s) rencontre(s) a(ont) été déterminante(s) dans votre carrière dans l’industrie musicale?

Mon embauche chez GSI Musique par la directrice générale Carmelle Pilon. Ensuite j’ai rencontré Jean-Robert Bisaillon qui par la suite m’a proposé de travailler avec lui chez Iconoclaste. C’est aussi là que j’ai rencontré Shanti Loiselle puis Chloé Legrand avec qui il y a eu un vrai travail d’équipe et d’échanges de compétences et de connaissances. J’ai eu de brèves expériences chez Dep/Universal Musique France et Musique Plus.

L’ironie a voulu que je commence à travailler là au moment où Mike Gauthier et Claude Rajotte ont été remerciés… J’ai vraiment eu la sensation d’être arrivée bien trop tard à cette place en ce qui a trait à la musique ahah! Et puis Vanessa Létourneau qui a travaillé plusieurs années chez Bonsound qui est devenue une amie très rapidement suite à notre première rencontre.

Gwendolina, Isabelle Ouimet et Chloé Legrand

Gwendolina, Santi Loiselle et Chloé Legrand

Qu’aimez-vous dans votre emploi / occupation actuelle?

Je dois dire qu’à part quelques moments d’exception ce sont des emplois qui m’ont toujours fait me lever le matin ahah! D’une manière plus générale j’ai toujours aimé suivre la carrière des artistes, comment leur musique et leur univers évoluent et surtout voir le bonheur qu’ils apportent à leurs fans et donc ma petite contribution dans cette affaire-là.

Également, comme tu le sais, l’industrie est confrontée à de grands défis et je trouve ça très intéressant de suivre tout ça. L’industrie de la musique a été en première ligne de cette vague Internet et je pense que oui cela a apporté beaucoup de difficultés, mais aussi beaucoup d’opportunités! Quand on y réfléchit, ça n’a jamais été facile de faire ou de vivre de la musique même avant Internet.

Que changeriez-vous de l’industrie musicale d’aujourd’hui?

Le fait que les majors constituent un oligopole. Je trouve que l’industrie de la musique au Québec est très dynamique et pleine de ressources et notamment la force des labels indépendants. J’avais cru comprendre que les Québécois avaient repris en main cette industrie, car elle avait été délaissée par les majors qui ne s’intéressaient qu’au marché anglophone pour l’Amérique du Nord. Quoi qu’il en soit c’est très précieux!

Évidemment, il y a aussi la question de la répartition des revenus… vaste sujet à suivre!

Quel grand rêve n’avez-vous pas encore accompli?

Dans ce domaine, je dirais programmatrice musicale pour une série ou un film… Il me semble que je triperais vraiment beaucoup!

Le vinyle, la cassette, le CD ou le numérique?

Le numérique. Je suis trop fascinée par tout ce qu’il me permet d’écouter et de découvrir. La technique me permet d’oublier la technique au profit de la musique!…

SUR LES ARTISTES ET LA MUSIQUE

Vos styles de musique préférés? Est-ce que ç’a toujours été le cas dans votre vie?

J’aime surtout le indie, le rock et ses dérivés, la musique électronique, la chanson française et la musique du monde. Les affaires plus obscures et expérimentales peuvent m’intéresser.

J’ai eu une passe plus reggae, dub et funk (grâce à un ancien chum).

Sur une île déserte, vous emmèneriez ces 5 albums (pas plus).

Argh. Je n’aime vraiment pas ce genre de question ça me fait mal!

C’est IMPOSSIBLE et très frustrant. Donc voici…

Le temps des gitans – Goran Brogovic
The Dark Side of The Moon – Pink Floyd
Nevermind – Nirvana
Gainsbourg – Histoire de Mélody Nelson
Ennio Moricone – Il était une fois dans l’ouest

Playlist!

 

Quel est l’artiste le plus sympathique que vous ayez rencontré?

M ! Matthieu Chedid. Il est venu plusieurs fois à Montréal pour la tournée de son album “Îl” et j’ai vraiment passé de très bonnes soirées avec lui et ses acolytes.

M et Gwen

M et Gwen

Qu’est-ce qui rend un artiste désagréable? Pouvez-vous raconter une situation qui vous est arrivée où il y avait malaise?

Mes anecdotes les plus croustillantes ne sont pas racontables ahah!

Je n’ai pas rencontré d’artistes désagréables et j’ai plutôt des anecdotes drôles. Peut-être une petite très légère…

Ça faisait deux mois que j’étais au Québec (2006) et je m’occupais de la table de presse pour un show d’un des artistes du label pour qui je travaillais. Une fille de Star Académie a été très vexée que je ne la reconnaisse pas! j’ai dû lui redemander une deuxième fois son prénom à cause du bruit et j’ai cru qu’elle allait m’insulter! Ma collègue québécoise à côté qui avait saisi toute la situation a trouvé ça très amusant…

StarAcademie2003

Star Academie 2003

Quel artiste brillant aurait dû percer davantage, selon vous?

Beaucoup d’artistes. Très peu vivent exclusivement de leur musique, donc le calcul est rapide…

Qui aimeriez-vous rencontrer?

Ils sont déjà morts ahah. Sérieusement, beaucoup de personnes, autant de l’avant que de l’arrière-scène.

Merci Gwendolina!

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analekta

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About The Author

Nicolas Pelletier
Fondateur et rédacteur en chef
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Mélomane invétéré et rédacteur agréé, Nicolas pratique la critique en mode olympique: il parle de tout, tout le temps, depuis 1991. Il a publié 4 500 critiques de disques et concerts dont 1100 chez emoragei magazine et 600 sur enMusique.ca, dont il a également été le rédacteur en chef de 2009 à 2014. Nicolas a publié "Les perles rares et les grands crus de la musique" en janvier 2013, un ouvrage de 1250 pages en deux tomes.