On ne peut certes pas accuser Hôtel Morphée de faire du surplace et de refaire deux fois le même album. Au son porté par les violons de leurs deux EP de 2009 et 2010 ont succédé des sonorités plus rythmiques et diversifiées sur leur premier album complet paru l’année dernière. « Rêve américain », lancé cette semaine, se distingue de ces projets antérieurs.

C’est d’ailleurs frappant dès le début de l’album, où nous sommes exposés à deux des constantes du disque, c’est-à-dire un propos cru et un son qui s’est durci, mais qui devient du coup plus pop-rock et plus accessible. Les arrangements sont tout aussi imaginatifs, mais le son est moins dense que sur l’album précédent. L’intensité est prenante et on sent que ce disque a été conçu pour être reproduit sur scène par le quatuor. La réalisation de Philippe Brault est par ailleurs très bonne.

La chanson-titre ouvre le bal avec des textures électroniques à l’avant-plan et nous plonge dans un univers de paranoïa, de violence, de passion et de folie. Voici donc le rêve américain tel que conçu par Laurence Nerbonne, la parolière et chanteuse du groupe : « J’ai rêvé que l’on se tuait, et ensuite que l’on se manquait ». De la distorsion emporte finalement sa voix à la fin de la pièce. Psycholove explore plus avant les thématiques angoissantes qui animent l’album. Cette chanson un peu moins réussie nous fait entendre une guitare pleine de distorsion, ce qui diffère des motifs arpégés au son clair auxquels le groupe nous avait habitués.

Deux des chansons les plus accrocheuses suivent – elles sont d’ailleurs les deux premiers extraits radio. Des milliers de gens débute avec un motif de batterie et enchaîne avec des sons électroniques et une guitare très lourde. Dernier jour est totalement séduisante, avec un irrésistible motif à la basse, un élégant jeu de guitare, un rythme de batterie entraînant et les cordes qui jouent une mélodie envoûtante. Avec une sublime réalisation, cette chanson avait d’ailleurs suscité un engouement dès sa sortie au début de l’été.

Les arrangements sont recherchés sur Tucson et Monroe est morte, où il y a un bel équilibre entre violons, guitare, basse et batterie. Soigne-moi et l’excellente Petite mort explorent les thèmes de la passion et du sexe de façon très directe : « Prends-moi, je suis à toi, toi et moi c’est comme un porno ». Les maisons explosent a un rythme constant qui devient peu à peu obsédant, Nerbonne répétant ses lignes avec insistance, puis avec exaltation. Hôtel est la plus belle chanson du disque, à écouter à tête reposée avec une bonne paire d’écouteurs afin de bien entendre les arrangements recherchés. Je reviendrai est une parodie plus ou moins réussie des tenants du rêve américain qui abusent sans honte du très postmoderne auto-tune.

Loin du moribond rock commercial, Hôtel Morphée a confectionné un deuxième album pop-rock de qualité en deux ans. Cet opus ne plaira peut-être pas aux fans de la première heure, mais l’évolution du groupe et la constante réinvention de son esthétique sonore sont épatantes : on a déjà hâte au prochain album. Entre temps, prenons le temps de bien savourer celui-ci!
hm

HÔTEL MORPHÉE
Rêve américain
(Audiogram, 2014)

-Genre : pop-rock franco
-Dans le même genre que Salomé Leclerc, Radiohead

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HÔTEL MORPHÉE : En constante réinvention
Originalité85%
Authenticité85%
Accessibilité85%
Direction artistique85%
Qualité musicale90%
Textes80%
85%Overall Score
Reader Rating: (1 Vote)
94%

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Benoit Bergeron
Blogueur - RREVERB
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d'heures d'écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.