Jérôme Minière, a su, au cours des années, au fil de son excellente discographie d’une dizaine de disques déjà, s’imposer splendidement tant comme auteur-compositeur que comme artiste électronique. Deux disciplines qui, sous ses savants alliages, sont aujourd’hui plus reconnues comme faisant bon ménage. Un vrai précurseur en fait que j’ai visité avec le plus grand intérêt tout au long de sa faste carrière, tout en qualité, sous ses différents pseudonymes (tel Herri Kopter). Il faisait paraître, le mois dernier, un nouvel opus ayant pour titre, “Une île”. Pour moi, les œuvres musicales de Minière se présentent et se dégustent souvent comme de brillants recueils de nouvelles littéraires.

Un méli-mélo ici précisément de petites fresques musicales vivifiantes, mais hyper chargées de sens; où chaque morceau nous expose, de manières aiguisées, à de brefs instants et/ou anecdotes capturées avec brio, sous ton généralement de faux-semblant anodin, mais d’une grande finesse et sensibilité. À mon sens, une des forces de Minière c’est justement des écrits très ciselés et efficaces; une poésie de la vérité, mais toute en légèreté, qui est la marque de l’excellent auteur.

Sur “Une île”, la trame de fond qui unit tous les morceaux semble être la solitude contemporaine, ce sentiment de vide, dans un monde pourtant riche, lourd et bruyant. La dérive moderne d’âmes esseulées, mais sans jamais laisser loin derrière une joie de vivre et des lueurs d’espoir. Cette présentation des titres sous un clair-obscur hyperréaliste est l’une des marques de commerce de l’artiste, selon moi. L’album s’ouvre ainsi sur Je ne suis pas pressé, où le narrateur semble tenter de se convaincre que rien ne le hâte, mais le ton nous rappelle la course effrénée du monde actuel. Cela met la table pour le disque qui ne perdra pas de temps et, sans détour, sur Postmoderne, le second morceau, nous aurons droit à une énumération, sous forme quasi automatiste, de multiples lubies et tics des hommes d’aujourd’hui (tel “télécharger des milliers de chansons et ne jamais les écouter”)… Cela m’a bien fait sourire.

 

Sur L’amour ça s’apprend pas par cœur, le titre probablement le plus accessible du disque (et personnel?), Minière offre un morceau plus pop mais sans jamais trop s’éloigner de son style et de sa facture. “Des jours et des nuits, tu joueras à l’amour, sans en être maître, sans en avoir la recette… L’Amour ça s’apprend pas par cœur, ça change sans cesse de couleur…” En fait, de manière générale, sur l’album, la musique est présentée un peu en cassure avec le style habituel; l’artiste a ainsi opté pour des accords très pop et accessibles et a laissé les sonorités électroniques plus en plan cette fois-ci, exception faite de 1 ou 2 chansons (tel Thérapie avec son beat très “dance”). La guitare et la basse sont souvent plus au-devant, sur multiples titres, et cela se prête très bien au ton hop-la-vie aigre-doux du disque. En effet, nous avons plus affaire à des morceaux montés avec une structure plus conventionnelle qu’à des constructions sonores électroniques éclectiques. Mais ceci sied à la facture globale qui, à mon sens, semble mettre plus au-devant la richesse des propos et des textes.

“Une île” se veut un excellent disque qui, sous des parures aériennes, nous expose à de forts textes et morceaux dévoilant des sentiments on ne peut plus actuels et réalistes.  La vie “quel bric-à-brac” ou “tout va trop vite” en effet… MAIS chapeau à Jérôme Minière qui tâche de la dépeindre avec justesse, finesse et intelligence… Il arrive ainsi à nous faire prendre une pause, et à mieux ressentir et réfléchir le quotidien; c’est loin d’être anodin!

 

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JÉRÔME MINIÈRE
Une île
(La Tribu, 2015)

-Genre: Électro Pop Franco
-Un style bien à lui mais pas étranger aux Alain Bashung, Thomas Fersen et Bernard Lavilliers de ce monde.

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JÉRÔME MINIÈRE - Méli-mélo clair-obscur
Originalité75%
Authenticité90%
Accessibilité85%
Direction Artistique75%
Qualité Musicale75%
Textes90%
82%Overall Score
Reader Rating: (1 Vote)
73%

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About The Author

Martin Curadeau
Blogueur - RREVERB

L’écoute d’un disque est un instant privilégié de rencontre avec l’essence même d’un créateur. Maelstrom de sons, myriades d’émotions et petits morceaux d’âmes à l’état brut.

Bien que la musique dite émergente (tel le rock indé.) est au centre de ses intérêts, sa curiosité n’a pas de bornes et il ne résiste, pour ainsi dire, à aucun style. Être transporté, chaviré, surpris et envouté par des albums est un rendez-vous quotidien.