Cet article est le deuxième et dernier texte portant sur les deux premiers albums solo de John Lennon. Cliquez ici pour lire le premier.

Après un premier album solo plein de hargne, de confessions existentielles et marqué par la « thérapie primale », John Lennon commence tranquillement sa période d’activisme politique. Ce début des années 1970 dénote aussi une grande compétition entre les quatre ex-Beatles. Entre les poursuites, contre-poursuites et attaques gratuites (réelles ou non), chacun des quatre membres du Fab Four connaît d’immenses succès en solo : George avec son album triple « All Things Must Pass », Ringo avec It Don’t Come Easy et Paul avec l’album « Ram ». Crédité au nom de « Paul et Linda McCarntey », cet opus mettra John en colère, qui y verra plusieurs attaques à l’endroit de lui et de Yoko, notamment dans la chanson Too Many People : « You took your lucky break and broke it in two ».

Sur son deuxième album solo, « Imagine », on sent que John veut à son tour envahir les palmarès, pour ne pas se faire distancer par ses anciens collègues. Cet opus est ainsi partagé entre utopisme, idéalisme, réglage de comptes, confessions et introspection. Tout comme son prédécesseur, « Imagine » sera fait en collégialité. Lennon s’entourera de Ringo et de George, mais aussi de Klaus Voormann, du pianiste réputé Nicky Hopkins, du saxophoniste King Curtis et des batteurs Alan White, Jim Keltner et Jim Gordon. Toujours assisté de Phil Spector à la coréalisation, John enregistrera cet opus dans un studio installé dans son manoir anglais de Tittenhurst Park .

La pièce la plus connue du disque est certainement la chanson-titre, véritable hymne pour un monde meilleur. Dans cette utopie, John rêve qu’il n’y ait plus de frontière, de religion, de guerre et de famine, mais seulement une fraternité universelle. Musicalement très simple, cette pièce n’en est pas moins efficace, et a assuré l’immortalité à John. Jealous Guy est l’autre grand classique de l’album, rempli de vulnérabilité, d’insécurité et de sensibilité. L’interprétation de John est bien sentie, les arrangements de cordes servent bien la chanson, et le motif au piano et les sifflements sont irrésistibles. Pour la petite histoire, notons que cette pièce avait vu le jour après le séjour des Beatles en Inde, en 1968, sous le titre Child Of Nature. Lennon a finalement changé les paroles pour en faire Jealous Guy.


Imagine 00:00; Crippled Inside 03:03; Jealous Guy 06:52; It’s So Hard 11:07; I Don’t Want To Be A Soldier 13:35; Gimme Some Truth 19:43; Oh My Love 23:00; How Do You Sleep? 25:46; How? 31:21; Oh Yoko! 35:06

Directement inspirées par son amour pour Yoko, la délicate Oh My Love et l’entraînante Oh Yoko! sont deux des belles chansons d’amour de John. Pleine de questions (mais apportant peu de réponses) la très belle How? est plutôt représentative musicalement de plusieurs pièces sur l’album, avec le piano et les cordes à l’avant-plan. On entend donc un peu plus le Wall of sound typique de Phil Spector.

D’autres pièces ont une sonorité qui se démarquent quelque peu, dont l’excellente Crippled Inside, à l’ambiance country avec la guitare dobro de George Harrison et le piano honky-tonk de Hopkins. Placées en milieu d’album, It’s So Hard, I Don’t Wanna Be A Soldier et Gimme Some Truth sont un peu plus costaudes, tant au plan sonore que lyrique. Les deux dernières en particulier sont d’authentiques chants de protestation, Gimme Some Truth étant la plus réussie et la plus convaincante des deux.

Il y a finalement une pièce qui s’est retrouvée sur l’album, mais qui n’aurait peut-être pas dû y être (et même John l’aurait sûrement laissée de côté, avec quelques années de recul). How Do You Sleep? est une attaque gratuite, voire vicieuse, contre Paul. Manquant de subtilité, de finesse et de classe (même la musique, sorte de hard rock symphonique, est plutôt ordinaire), cette pièce est somme toute désolante, et se veut l’épisode le plus déplorable de toute la triste saga qui a entouré la dissolution des Beatles. Les propos que tient John sont navrants, et montrent finalement son côté rageur et impulsif, lui qui est un homme de contradictions. Heureusement, How Do You Sleep? est le seul faux pas de ce superbe album.

John Lennon by Tom Hanley

John Lennon et Yoko Ono, photographiés par Tom Hanley

Peu avant la sortie de l’album, en septembre 1971, John et Yoko s’établiront à New York. John en avait marre de l’Angleterre, de son conservatisme politique et social et des commentaires racistes à l’endroit de Yoko. Attiré depuis toujours par l’Amérique (ou par l’idée qu’il s’en faisait), il y demeurera jusqu’à sa mort, en décembre 1980. Fait en collaboration avec Yoko, son troisième album solo, « Some Time in New York City », sera beaucoup moins réussi. Plus politisé et circonscrit géographiquement que tous ses autres albums, cet opus l’écartera du succès populaire qu’il avait connu avec « Imagine ».

Même si « Imagine » est moins cohésif et structuré que « John Lennon/Plastic Ono Band », on peut tout de même qualifier cet album de chef-d’œuvre, et dire aussi qu’il s’agit du dernier grand album de John. Certaines de ses meilleures chansons s’y retrouvent, dont deux qui sont connues par des gens qui ne savent peut-être même pas qui est John Lennon! « John Lennon/Plastic Ono Band » et « Imagine » constituent donc les œuvres majeures de la carrière solo de ce grand artiste. Peu de musiciens peuvent se targuer d’avoir produit successivement deux albums d’une aussi grande qualité. Même s’il ne retrouvera jamais cet élan créatif (du moins pas pour un album complet), John Lennon aura tout de même laissé ces deux chefs-d’œuvre en héritage.

John Lennon imagine
JOHN LENNON
Imagine
(Apple, 1971)

-Genre : rock confessionnel
-Dans le même genre que Bob Dylan, Neil Young et Van Morrison

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JOHN LENNON, l'idéaliste impulsif
ORIGINALITÉ 90%
AUTHENTICITÉ 95%
ACCESSIBILITÉ 90%
DIRECTION ARTISTIQUE95%
QUALITÉ MUSICALE95%
TEXTES 90%
93%Overall Score
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Benoit Bergeron
Blogueur - RREVERB
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d’heures d’écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.