Cet article est le premier d’une série de deux sur les deux premiers albums solo de John Lennon.

La fin des Beatles n’a pas été rose : l’acrimonie, les suspicions et les accusations ont fait rage de toutes parts. Dès 1968, John Lennon avait amorcé sa distanciation des trois autres Beatles. Il avait participé au programme « The Rolling Stones Rock and Roll Circus », fait paraître deux albums de musique expérimentale avec sa femme Yoko Ono (les deux « Unfinished Music »), l’album enregistré en spectacle « Live Peace in Toronto 1969 ». Trois singles avaient aussi vu le jour : Give Peace A Chance (enregistrée le 1er juin 1969, lors du bed-in à Montréal), Cold Turkey et Instant Karma!. John avait annoncé aux autres Beatles son intention de quitter le groupe en septembre 1969, mais c’est Paul McCartney qui révélera au public la séparation du groupe le 10 avril 1970.

Exténué et étouffé par le succès du groupe qu’il a fondé en 1957, John Lennon avait vraiment besoin d’un renouveau, sur les plans musical, spirituel, émotionnel et affectif. Pour ce faire, il s’est envolé pour Los Angeles afin de faire une « thérapie primale », méthode d’inspiration freudienne développée par le psychothérapeute américain Arthur Janov. Lennon n’a jamais pu terminer la thérapie, en raison de l’expiration de son visa. Les quatre mois passés à faire ressortir les traumatismes enfouis de son enfance ont tout de même fourni beaucoup de matériel à Lennon. Son premier album solo, « John Lennon/Plastic Ono Band », sera d’une introspection et d’une recherche de vérité jusqu’alors inégalées dans le monde du rock.

Le propos de l’album est tour à tour personnel et politique, les deux se recoupant parfois. Les chansons personnelles sont les plus nombreuses, et les plus intimes sont au début et à la fin du disque. Les cloches se font résonner au début de Mother, et on se sent plongé dans l’ambiance suffocante de la thérapie de John. Ses cris de douleur contre sa mère et son père qui l’ont abandonné sont émouvants, voire troublants, alors qu’il répète ceci : « Mama don’t go, Daddy come home ». Avec une qualité sonore volontairement semblable à un démo, My Mummy’s Dead conclue l’album, avec John qui chante cette courte pièce presque comme une comptine : « I can’t explain, So much pain, I could never show it ».

Mother 0:00; Hold On 5:36; I Found Out 7:29; Working Class Hero 11:06; Isolation 14:56; Remember 17:49; Love 22:25; Well Well Well 25:49; Look At Me 31:48; God 34:42; My Mummy’s Dead 38:52

L’autre chanson marquante du disque est certainement God, à la musique lente, digne d’un bon gospel. Mais John est nihiliste et refuse toutes les idéologies, les religions et les idoles qui ont pu lui être servies dans la dernière décennie. La liste des choses et des personnes dans lesquelles il ne croit plus est longue : la Bible, Hitler, Kennedy, Elvis, Dylan et… les Beatles. Il croit seulement en lui et en Yoko. Avec ce chef-d’œuvre, John Lennon tourne la page sur cette époque qui aura marqué la musique populaire, sur cette folle décennie à laquelle il aura participé plus que quiconque. La fragilité et la vulnérabilité dans sa voix sont superbes lorsqu’il chante ses mots : « I was the Walrus, But now I’m John. And so dear friends, You just have to carry on, The dream is over ».

Ailleurs, Working Class Hero est un autre classique où John est très cynique, critiquant le capitalisme et les différences entre les classes sociales (c’est aussi une remise en question de sa propre éducation petite-bourgeoise). Lennon est seul à la guitare, faisant sa meilleure imitation de Dylan. Sur quelques autres pièces, Lennon est très rageur, avec sa guitare électrique et sa voix qui crient. C’est le cas de Well Well Well, à l’énergie proto-punk et jouée en power trio avec Ringo Starr et Klaus Voormann. I Found Out et Remember ont aussi beaucoup de mordant.

John Lennon in the studio

John Lennon en studio

D’autres chansons sur l’album montrent le côté serein de John Lennon, et également son amour pour sa femme. Il veut la rassurer sur la très belle Hold On, alors que sur la splendide Love, la voix de John semble venir d’ailleurs. C’est d’ailleurs une des constantes de l’album : la voix de Lennon est souvent traitée de plusieurs manières différentes. C’est bien connu que John Lennon n’aimait pas sa voix et demandait souvent de la camoufler et de la modifier d’une façon ou d’une autre. Phil Spector, qui est coréalisateur de l’album, a suivi les instructions de John, et le résultat est souvent très intéressant.

« John Lennon/Plastic Ono Band » pousse donc beaucoup plus loin le désespoir de John Lennon, déjà entendu notamment sur Help!, I’m So Tired, Julia et Cold Turkey. Il défonce aussi le moule des singer-songwriter, qui en était à ses premiers balbutiements à l’époque. On sent tout au long de l’album que John effectue une implacable recherche de sens et de vérité. Lennon en a assez des apparences trompeuses et de l’hypocrisie qui ont marqué ses années avec les Beatles. Cette quête l’amène à produire les meilleures chansons de toute sa carrière. Un peu moins brutal au premier abord, son deuxième album solo démontrera tout de même sa fragilité et ses faiblesses.

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John Lennon; Plastic Ono Band

JOHN LENNON
John Lennon/Plastic Ono Band
(Apple, 1970)

-Genre : rock confessionnel
-Dans le même genre que Bob Dylan, Neil Young et Van Morrison

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JOHN LENNON : La vérité, seulement la vérité
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Benoit Bergeron
Blogueur - RREVERB
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d’heures d’écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.